Feuille de route n° 5
Lectures correspondant à la FDR N°5 :
Jean 12,37- 13,38 Le lavement des pieds, le dernier repas de Jésus :
(Devillers ch. 4 p. 55-67, L’Evangile du Fils envoyé, et p. 117-123, Mon Père et votre père)
Zumstein p.74-92, Un Evangile pour la vie, 2 Les trois étapes de l’Envoyé, 3 Appelés à croire en lui
Chers amis,
Je vous propose de lire le petit recueil d’enseignements (12,44-50), qui clôt le chapitre 12, mais aussi toute la première partie de l’évangile de Jean (chapitres 1 à 12), récapitulant les deux thèmes majeurs, le lien de Jésus l’Envoyé avec le Père, et corrélativement, la foi et le jugement du monde.
Ensuite nous ouvrirons ensemble le chapitre 13 qui est le premier temps de la passion ou plutôt de la « glorification » de Jésus annoncée en 12, 27-30.
C’est précisément sur ce point de la figure et du rôle de l’Envoyé que nous reprenons la lecture de Jean Zumstein, chapitre 3, 2-Les trois étapes de l’Envoyé.
1-Je reviens d’abord sur les quelques pages qui précèdent où Zumstein déployait l’envoi du Fils, comme manifestation visible de la présence et de l’œuvre du Père (p.67-74).
Cette œuvre, c’est l’amour de Dieu pour le monde et pour chaque être humain qui s’inscrit dans notre histoire. Ainsi chacun peut quitter les ténèbres et accéder à la lumière ; et J. Zumstein conclut : « l’amour de Dieu, c’est l’offre d’une vie accomplie ». C’est immense,… mais pour moi, cela reste insuffisant… car il faudrait dire que toute vie et la vie de tous doit être accomplie !
C’est peut-être ce que J. Zumstein vise en montrant qu’il s’agit alors de déplacer l’image surplombante d’un jugement final, pour une autre façon de vivre le jugement, pour chacun ici et maintenant, dans chacun de ses choix : accueillir ou non la Parole du Christ, croire ou ne pas croire, et j’aimerais ajouter : aimer ou ne pas aimer, espérer ou ne pas espérer (même si c’est un peu trop paulinien !).
Le fait est alors que le « péché du monde » (son refus de croire, d’aimer, d’espérer) est dévoilé. Au risque d’un dualisme dangereux, que Zumstein évite en affirmant qu’il n’est pas une fatalité, que le monde est révélé « pour être sauvé »
Non seulement ce dualisme n’est pas une fatalité, mais je crois qu’il est faux, car le texte de Jean est clair : « Dieu a tant aimé le monde… » (3, 16), « je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour sauver le monde (12,47). Ce monde est pécheur mais il est aimé.
2- J. Zumstein parcourt alors les trois étapes de l’Envoyé.
Elles structurent, dit-il, la narration johannique
Et il affronte d’abord la question si difficile et glissante de la « préexistence du Christ » :
D’abord, il était avec Dieu (p.75-76) : ces deux pages sont essentielles, car elles mettent en cause et déconstruisent toutes les représentations temporelles de la « pré-existence ». Nous ne pouvons parler de Dieu qu’avec des images inadaptées, liées aux catégories de nos représentations que sont l’espace et le temps, auxquelles Dieu échappe absolument.
J’ajouterais volontiers que, pour moi, il n’y a aucun sens à parler d’un « avant » (« pré-) dans l’éternité de Dieu qui ne connaît pas le temps ! Une pré-existence qui, note JZ, n’est jamais décrite, jamais racontée ; elle est simplement évoquée, présupposée (c’est encore plus net chez Paul en Phl 2, 6 et Gal 4,4).
Elle est là non pour évoquer un passé, mais pour éclairer un récit celui de l’incarnation dans le temps et dans l’histoire ; elle est là pour dire l’identité de celui qui parle et agit dans l’histoire : il révèle l’agir de Dieu dans notre temps.
Ensuite il a accompli son œuvre (p.77-81)
J. Zumstein reprend alors les différents aspects de la vie et de l’enseignement de Jésus :
ses actes qui font signe, qu’il ne faut pas appeler « récits de miracle », car les Synoptiques ne parlent pas de « miracles », mais d’ « actes de puissance » et Jean de « signes ». Ils font signe vers l’identité de celui qui les accomplit, c’est-à-dire la personne de Jésus en qui Dieu révèle sa présence et les dons faits à l’humanité : pain de vie, lumière, vie en abondance dite « vie éternelle ».
ses discours révélateurs : les grands discours des chapitres 14 à 17, les déclarations en « Je suis » (auto-désignation de Dieu en Isaïe 43 à 45).
Et l’excellente question que soulève J. Zumstein résume bien un certain malaise du lecteur : mais qu’a-t-il donc vu auprès du Père, et quelle est cette parole qui est celle du Père, et qu’il vient nous « dire » ?
une parole autre surgie dans le temps : 4 remarques pour la comprendre ?
Les négations par lesquelles J.Zumstein commence sont très éclairantes, elles écartent ce à quoi nous essayons toujours de réduire la parole de Dieu. Or la parole de Dieu est toujours autre, elle est justement ce qui vient d’ailleurs, ce qui est irréductible à toute autre parole : elle défatalise l’histoire, elle ouvre sur une liberté absolument nouvelle.
Dieu se manifeste dans le monde comme un événement historique : la présence de Dieu n’a d’autre visage que cet homme-là, Jésus de Nazareth, un Juif de Haute Galilée sous Auguste et Tibère.
La Parole de Dieu est exclusive, seul Jésus l’incarne.
Elle répond à la soif de vivre de chaque être humain, elle offre à chacun la vie en plénitude : une existence humaine atteignant sa vérité, touchant à la paix et à la joie.
J’aimerais ajouter : parce qu’elle est en relation avec les autres et potentiellement, tous les autres.
Enfin il est remonté vers le Père (p. 82-85)
La mort de Jésus manifeste que sa mission achevée, il retourne vers le Père, auquel il appartient.
Quel est le sens de cette mort ?
Je trouve difficiles les essais d’explication de J. Zumstein autour de la mort en croix du Christ : il montre qu’il s’agit du terme et de l’accomplissement de sa mission de révélation, puisqu’elle est aussi le lieu de sa « glorification » en tant que Fils.
Effectivement dans l’évangile de Jean, le thème de l’heure recouvre ce moment de la croix qui est la manifestation ultime de la présence de Dieu auprès du Fils, dans sa glorification.
Pour Jean, la croix n’est plus le lieu de l’abaissement ultime, mais le lieu de l’élévation du Christ.
J. Zumstein montre bien que, dans le récit johannique de la passion, tout est mis en œuvre pour que Jésus apparaisse comme victorieux du mal et de la mort, et maître souverain de la vie.
D’un bout à l’autre, Jésus domine la scène, il juge le monde, porte sa croix, et révèle que sa mission a été menée à bien.
C’est de la croix que naît l’Eglise : sur la croix, Jésus transpose son rôle de Fils sur le disciple bien-aimé (l’Eglise) qui accueillera chez lui Marie, la mère selon la chair.
Les deux signes « sacrements » qui fondent cette Eglise sont signifiés par le sang et l’eau sortis de la poitrine du crucifié : le baptême et la foi, le don de la vie lié à la mort du Christ, et la relation avec lui définitive par la foi.
3- Appelés à croire en lui (p. 85-87)
En reprenant le contexte d’écriture de l’évangile, Zumstein rappelle qu’il est écrit pour une deuxième et une troisième génération de chrétiens qui n’ont pas connu Jésus.
Dès lors la foi se constitue et peut se transmettre « dans la mesure où il est fait mémoire de la destinée historique du Révélateur ». Je le dirai autrement : ne jamais séparer le Christ de la foi du Jésus de l’histoire.
Comme les Juifs vivent de la mémoire de l’Exode racontée dans le livre et toujours actualisée, les chrétiens vivent de la parole de Jésus dont témoigne l’Evangile. Dès lors JZ peut dire : « recevoir la parole qui rend témoignage à Jésus et croire au Christ sont une seule et même chose ».
L’évangile est donc écrit pour que la foi puisse toujours naître et se transmettre au contact de la mémoire qui énonce la parole vivante.
Cette Parole vivante, c’est le Christ dont l’Esprit rend la présence actuelle (p. 87-88).
Zumstein aborde alors une figure essentielle de l’évangile qui apparaît dans les discours d’adieux de Jésus (ch. 14-15-16), car elle est liée à son départ : l’Esprit saint, appelé chez Jean « Paraclet ».
En grec classique, il s’agit souvent de l’avocat de la défense, avec son double rôle d’assistance et de représentation. Auprès des croyants et dans le monde, le Paraclet « tient lieu » du Christ ; JZ parle d’un second Christ.
Il est essentiel de dire avec Zumstein que l’Esprit n’apporte pas d’enseignements nouveaux, il propose quotidiennement ce que l’évangile permet et promet de vivre : une relation avec le Christ vivant.
Mais ici, il faut ajouter, je crois, que l’Esprit, s’il n’apporte rien d’entièrement nouveau, apporte à chacun, dans l’époque, la culture et le milieu où il vit, le Christ qui est chemin, vérité, vie.
Et il offre de se mettre en route à nouveaux frais sur le chemin qu’est le Christ, toujours nouveau, toujours à découvrir, pour avancer vers une vérité, toujours partiellement atteinte.
C’est dire que le Paraclet assiste les croyants dans l’appropriation personnelle de leur foi, dans l’expression nouvelle qu’ils ont à forger pour que leur époque la reçoive comme un témoignage vivant. Il ne s’agit jamais de répéter, car nous lisons le texte selon et par l’Esprit et non selon la lettre !
La source qui étanche notre soif (p.89-90)
Zumstein propose alors une réflexion anthropologique pour comprendre comment la foi peut répondre au désir de tout être humain. Elle répond à la soif de vivre, à l’aspiration profonde des humains à une vie plus intense, plus pleine, plus durable, plus achevée. Et elle dénonce, de ce fait même, les fausses représentations que les humains se font toujours de cette vie et les entreprises illusoires pour mettre la main sur elle.
La « vie » ne peut qu’être reçue de celui qui en est le créateur et le maître : Dieu, qui se dit et se donne dans le Christ incarné, vivant avec nous.
Une existence en rupture
En rupture avec le monde et ses illusions ? Zumstein va préciser de quelle rupture il s’agit :
Il l’appelle « une conversion de l’intelligence », « un renversement copernicien » dans la façon d’appréhender et d’évaluer le monde, ses réussites et ses échecs.
Il s’agit de comprendre le monde et l’existence humaine à partir d’une Parole qui lui est extérieure, dit autrement à partir du regard même de Dieu, qui est celui du Christ.
La foi devient « un savoir pratique, qui permet de s’orienter dans la vie, à renouveler chaque jour dans la décision sans cesse reprise de la foi ».
Pas de plus grand amour (p. 92).
L’agir dans la foi nous renvoie au lavement des pieds (que nous allons lire maintenant), où Jésus se fait serviteur pour que d’autres vivent et où il invite ses disciples à se faire serviteur à leur tour, dans un amour qui engage toute la vie, jusqu’à la mort elle-même.
Ouvrons l’évangile : Jean 13
1Avant la fête de la Pâque, Jésus sachant que son heure était venue, l'heure de passer de ce monde au Père, lui, qui avait aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu'à la fin.
2Au cours d'un repas, alors que déjà le diable avait jeté au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, la pensée de le livrer, 3sachant que le Père a remis toutes choses entre ses mains, qu'il est sorti de Dieu et qu'il va vers Dieu, 4Jésus se lève de table, dépose son vêtement et prend un linge dont il se ceint. 5Il verse ensuite de l'eau dans un bassin et commence à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint.
6Il arrive ainsi à Simon-Pierre qui lui dit : « Toi, Seigneur, me laver les pieds ! » 7Jésus lui répond : « Ce que je fais, tu ne peux le savoir à présent, mais par la suite tu comprendras. » 8Pierre lui dit : « Me laver les pieds à moi ! Jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu ne peux pas avoir part avec moi. » 9Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, non pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » 10Jésus lui dit : « Celui qui s'est baigné n'a nul besoin d'être lavé, car il est entièrement pur : et vous, vous êtes purs, mais non pas tous. » 11Il savait en effet qui allait le livrer ; et c'est pourquoi il dit : « Vous n'êtes pas tous purs. »
12Lorsqu'il eut achevé de leur laver les pieds, Jésus prit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que j'ai fait pour vous ? 13Vous m'appelez “le Maître et le Seigneur” et vous dites bien, car je le suis. 14Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; 15car c'est un exemple que je vous ai donné : ce que j'ai fait pour vous, faites-le, vous aussi. 16En vérité, en vérité, je vous le dis, un serviteur n'est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l'envoie. 17Sachant cela, vous serez heureux si du moins vous le mettez en pratique.
18Je ne parle pas pour vous tous ; je connais ceux que j'ai choisis. Mais qu'ainsi s'accomplisse l'Ecriture : Celui qui mangeait le pain avec moi, contre moi a levé le talon. 19Je vous le dis à présent, avant que l'événement n'arrive, afin que, lorsqu'il arrivera, vous croyiez que Je Suis. 20En vérité, en vérité, je vous le dis, recevoir celui que j'enverrai, c'est me recevoir moi-même, et me recevoir c'est aussi recevoir celui qui m'a envoyé. »
21Ayant ainsi parlé, Jésus fut troublé intérieurement et il déclara solennellement : « En vérité, en vérité, je vous le dis, l'un d'entre vous va me livrer. » 22Les disciples se regardaient les uns les autres, se demandant de qui il parlait. 23Un des disciples, celui-là même que Jésus aimait, se trouvait à côté de lui. 24Simon-Pierre lui fit signe : « Demande de qui il parle. » 25Se penchant alors vers la poitrine de Jésus, le disciple lui dit : « Seigneur, qui est-ce ? » 26Jésus répondit : « C'est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper. » Sur ce, Jésus prit la bouchée qu'il avait trempée et il la donna à Judas Iscariote, fils de Simon. 27C'est à ce moment, alors qu'il lui avait offert cette bouchée, que Satan entra en Judas. Jésus lui dit alors : « Ce que tu as à faire, fais-le vite. » 28Aucun de ceux qui se trouvaient là ne comprit pourquoi il avait dit cela. 29Comme Judas tenait la bourse, quelques-uns pensèrent que Jésus lui avait dit d'acheter ce qui était nécessaire pour la fête, ou encore de donner quelque chose aux pauvres. 30Quant à Judas, ayant pris la bouchée, il sortit immédiatement : il faisait nuit.
31Dès que Judas fut sorti, Jésus dit : « Maintenant, le Fils de l'homme a été glorifié, et Dieu a été glorifié par lui ; 32Dieu le glorifiera en lui-même, et c'est bientôt qu'il le glorifiera. 33Mes petits enfants, je ne suis plus avec vous que pour peu de temps. Vous me chercherez et comme j'ai dit aux autorités juives : “Là où je vais, vous ne pouvez venir”, à vous aussi maintenant je le dis.
34« Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. 35A ceci, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l'amour que vous aurez les uns pour les autres. »
36Simon-Pierre lui dit : « Seigneur, où vas-tu ? » Jésus lui répondit : « Là où je vais, tu ne peux me suivre maintenant, mais tu me suivras plus tard. » 37« Seigneur, lui répondit Pierre, pourquoi ne puis-je te suivre tout de suite ? Je donnerai ma vie pour toi ! » 38Jésus répondit : « Donner ta vie pour moi ! En vérité, en vérité, je te le dis, trois fois tu m'auras renié avant qu'un coq ne se mette à chanter. »
Quelques remarques à propos de ce texte
On dit parfois que Jean remplace « le dernier repas de Jésus » par le récit du « lavement des pieds ».
Ce qui est faux ; c’est le partage du pain et du vin institutionnalisé dans les communautés chrétiennes (pétriniennes et pauliniennes ?) qui est remplacé ou figuré autrement par le lavement des pieds ; le repas d’adieu vient ensuite (v. 13 : « il se remit à table », littéralement « il s’allongea de nouveau »).
v. 1 Le premier verset est un titre solennel, tout à fait étonnant qui ouvre un nouveau chapitre de la mission de Jésus, la venue de l’heure, annoncée d’ailleurs en 12,23.
Le moment précisé, avant la fête de la Pâque est lourd de référence à la tradition juive. On trouve la même solennité en Exode 12, 1, celle qui ouvre une prescription liturgique !
Au sujet du passage « du monde à son Père », voir 16,28.
jusqu’à la fin : je préfère traduire ainsi le terme telos, qui signifie le but visé, la fin qu’on atteint.
v. 2 La prise de possession de Judas l’Iscariote par Satan, déjà traditionnelle, se retrouve en Luc 22,3.
Elle ne charge pas un disciple particulier mais situe la mort de Jésus dans un combat contre la force du mal, que Jean appelle couramment « le diable » (voyez 8,44) ou encore « le prince de ce monde » (12,25). Chaque être humain en est le lieu.
Voir v. 27.
v. 3 le Père a remis toutes choses entre ses mains : il n’y a donc aucun dessein prémédité du Père, qu’une liberté entière laissée à Jésus.
v. 4 Le vocabulaire grec est choisi avec soin : il se lève, verbe qui sert aussi à dire la résurrection ;
il dépose son vêtement, écho imagé à 10,18 : « moi je dépose ma vie… personne ne me la prend, mais je la dépose de moi-même »
v. 5 Quelqu’un a déjà accompli un geste semblable, Marie de Béthanie en 12,3, un geste qu’à nouveau les disciples (et notamment Pierre) n’arrivent pas à comprendre !
v. 11 « Vous n’êtes pas tous purs » : mais Jésus a lavé les pieds de Judas avec les autres !
Il me semble que cette scène ne « remplace » pas le dernier repas de Jésus, elle en est une autre expression, une équivalence… Reste qu’il faut le comprendre…
v. 12 comprenez-vous : chez Jean, la foi passe par l’intelligence des signes ; comprendre, c’est voir au-delà du visible ; mais on apprend au v. 17 que comprendre, c’est aussi « faire ».
v. 17 heureux : voir les Béatitudes en Mt 5
v. 18 je connais ceux que j’ai choisis : une façon de manifester que Jésus reste entièrement maître des événements jusqu’au bout. C’est dire aussi, puisqu’il connaît Judas (et les autres) que Jésus n’est pas intervenu pour interrompre le cours de la trahison.
v. 19 afin que, quand cela arrivera, vous croyiez que Je suis : Une définition du « croire » ?
v. 21-30 Trois disciples, trois types différents de relation à Jésus.
L’expression : l’un de vous me livrera sera reprise plusieurs fois sous la forme « celui qui me livre » (18,5. 30 ; 19,11.16).
v.23 vers la poitrine de Jésus… : même expression qu’en 1,18
celui que Jésus aimait : c’est la première fois que cette expression apparaît pour désigner ce disciple (mais voir 11,3), intermédiaire entre Pierre et Jésus.
Ce qui se joue entre Jésus et Judas dans ce passage (v. 21-30) a fait couler beaucoup d’encre. Jean nous a suffisamment habitué à un langage profondément symbolique (la vérité au-delà des apparences qui en sont une partie), pour que nous abandonnions le terrain psychologique, et la factualité des faits.
Le v. 27 dit ce qu’il en est : le combat assumé de Jésus avec Satan. Le combat contre la nuit (v. 30).
Et le constat que certains êtres humains (et peut-être tous, à un moment ou à un autre) peuvent basculer dans la nuit. Jamais de façon définitive : le prologue avait annoncé que la ténèbre n’arrêterait pas la lumière (1,5).
v. 31-35Un premier enseignement (discours) de Jésus qui se poursuit jusqu’en 14,31 (« levez-vous, partons d’ici »). Déjà un discours d’adieu.
v. 31-32 : Pourquoi : « Dès que Juda fut sorti… » ? Une façon de dire que l’heure des ténèbres aura une fin ? (car il ne s’agit pas de l’homme Judas, mais de la nuit qui s’oppose à la lumière de Dieu dans laquelle Jésus ne cesse de vivre)…
On peut interroger la succession des temps dans ces deux versets : glorification au passé ou au futur ? Si on tient à un axe du temps, on peut penser à la glorification « passée » de l’Envoyé qui était avec Dieu, à sa glorification présente par la voix du Père en, 12,23 et 28, et à la glorification « future » de Jésus sur la croix. Je préfère penser que Jean projette sur un axe pseudo-temporel l’échange constant et le don mutuel permanent entre Jésus -le Fils de l’homme- et le Père : si la gloire est le rayonnement de la présence divine, la relation permanente à l’autre, on comprend que cet échange soit dit en termes de gloire, de toujours à toujours.
v. 34-35 : voir v.2 (« il les aima jusqu’à la fin) ; plusieurs fois repris dans les chapitres suivants, ce thème de l’agapè (amour mutuel dans la communauté) sera encore plus largement orchestré dans la première lettre de Jean.
v. 36-38 Pierre. Je donnerai ma vie pour toi : j’ai modifié la traduction de la TOB ; en fait il faudrait traduire « je déposerai ma vie pour toi », car le verbe est le même qu’au v. 4 et en 10,18.
ma vie : ici, mon souffle de vie (psychè), il s’agit de la vie physique et biologique.
Le verset 38 : tu donneras ta vie pour moi ? Faut-il mettre un point d’interrogation ? Affirmation ou interrogation ironique ? Les manuscrits anciens sont rarement accentués ; le plus ancien le P66 a ici un point qui équivaut à notre point-virgule.
Il faut lire aussitôt les versets 14,1-4.