Lectures correspondant à la FDR N°4 :
Jean 11, Jésus et Lazare
(L. Devillers ch. 7 et 8, p. 93-113 Jésus et le monde juif ; l’Esprit qui donne vie)
J. Zumstein p. 59-66 : Pour mieux croire : symboles, malentendus, ironie
J. Zumstein p. 67- 74 : Chapitre 3, Un évangile pour la vie. 1- L’envoi du Fils
Chers amis,
Nous poursuivrons la lecture de Jean Zumstein sur une quinzaine de pages, avant de plonger dans le texte majeur de Jean 11, Jésus, Lazare et ses sœurs Marthe et Marie.
Remarques sur J. Zumstein p.59 à 66
Vous avez probablement déjà lu ces pages, mais je les évoque tout de même rapidement, car elles sont intéressantes pour aborder le texte de Jean 11.
Zumstein rappelle d’abord fermement sa thèse, largement partagée, sur le but de l’évangile de Jean : « une passion pour une saisie plus profonde, mieux structurée et plus signifiante de la foi chrétienne », et « une saisie plus exacte de la personne de Jésus ».
Il s’agit bien de faire évoluer une foi fragilisée, secouée par les attaques extérieures et intérieures et de l’ancrer plus profondément.
J.Z. s’attache alors à en analyser les moyens littéraires.
1- Les discours d’adieux (Jean ch. 13 à 17) ou comment croire à un absent. Ces discours tentent de répondre à la question : qu’en est-il de la foi pascale après Pâques ? (p. 61-62).°
Nous lirons plus tard un petit passage de ces trois longs discours qui déploient le mystère de Jésus en creusant en spirale, toujours plus profond, mais en revenant inlassablement sur les mêmes affirmations (14 ; 15-16 ; 17). D’une phrase, J. Zumstein les résume : les disciples doivent comprendre comment vivre dès à présent d’une vie éternelle, aux prises avec les difficultés de l’histoire, avec l’accompagnement de celui qui, parti vers le Père, ne cesse d’être présent par son Esprit.
2- Des signaux vont faciliter la compréhension du texte (p.62-66) :
Des symboles qui aident à comprendre :
L’un des plus caractéristiques est le jeu d’opposition entre le jour et la nuit, la lumière et les ténèbres :
ainsi lorsque Juda sort, « c’était la nuit » (13,30 ; voir aussi 3,2 et 19,29). Une autre est la gestion du temps : la noce à Cana a lieu le « troisième jour » (après au moins trois « lendemain » !) ; Jésus est condamné le jour de la Préparation à la 6ème heure, l’heure où on immole les agneaux pour la Pâque etc…
Les symboles sont très souvent tirés de la réalité matérielle : les noces, l’eau vive, le pain, le berger, la porte, la vigne, la lumière, le chemin…Des éléments nécessaires à la vie, qui sans perdre leur ancrage concret, deviennent signe d’une vie nouvelle : l’eau jaillissante est signe de l’Esprit (4,14 ; 7,38) ; le pain est partage d’une vie nouvelle, le verbe « demeurer avec » ou « demeurer en » évoque une dimension d’éternité, etc.
Les malentendus pédagogiques :
La mécompréhension s’installe entre Jésus et ses interlocuteurs : j’avais dit que Nicodème jouait le rôle de « l’idiot de service », et c’est vrai que plusieurs malentendus sont assez grossiers, l’interlocuteur servant uniquement à provoquer « un surcroît d’explication ou un sursaut de réflexion ». C’est clair aussi pour la femme de Samarie, mais au chapitre 7, les malentendus prennent un sens plus dramatique ; autour de la question de Jésus : « pourquoi cherchez-vous à me faire mourir ? », autour de l’origine de Jésus : « le Messie pourrait-il venir de Galilée ? », et de son départ : « Où faut-il qu’il aille, pour que nous ne le trouvions plus ? Va-t-il enseigner aux Grecs ? »
Ils sont constants aussi autour de l’idée du sommeil/mort de Lazare au chapitre 11 !
Derrière l’ironie le vrai message
Evidemment, seul le lecteur « qui sait » (d’accord avec l’auteur) peut percevoir l’ironie, ce décalage entre le sens littéral et le sens effectif. Elle est constante et parfois soulignée par une voix « off ».
Un personnage prononce une parole qui le dépasse infiniment sans qu’il s’en rende compte.
Ainsi, au chapitre 11, Caïphe s’adresse aux membres du Sanhédrin : « ne comprenez-vous pas qu’il convient qu’un seul homme meure pour le peuple et que toute la nation ne périsse pas » (11,50), tandis que le commentaire de l’évangéliste précise : « il ne dit pas cela de lui-même, mais étant grand-prêtre de l’année, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation, et pas pour la nation seulement mais pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés » (11,51-52).
Même ironie évidemment dans la signification de l’écriteau : « Jésus de Nazareth, roi des Juifs », etc.
Vous êtes déjà et vous serez encore plus attentifs à tous ces « signaux » du texte !
J’ajoute le double sens des mots : ainsi Pilate semble « s’asseoir » sur la tribune pour juger Jésus, mais en même temps, on peut comprendre qu’il « fait asseoir Jésus », qui devient alors le juge de la fin des temps (19,13) ; tandis que la foule qui crie « à mort » (littéralement : « enlève, supprime ») crie en même temps « élève », car la croix chez Jean est bien l’élévation dans la gloire (19,15),
Je termine en soulignant la qualité des « symboles » chez Jean, qui permet d’éviter toute méprise et crainte que la lecture « symbolique » ne dérape :
- leur diversité : ils disent ce qui est impossible à cerner par le langage humain, impossible à définir parfaitement ; Jésus est et n’est pas eau vive, pain, berger, porte, lumière ….mais ces symboles qui donnent à penser ouvrent un espace poétique et suggestif, pour la méditation.
- Ils interdisent une dualité radicale : ils empêchent d’opposer le matériel et le spirituel ; en effet ils situent le spirituel au cœur de l’expérience la plus concrète et la plus quotidienne : l’eau, le pain, le vin, reçus dans la foi font goûter à une autre réalité. Et les ténèbres ne sont ténèbres que d’être traversées par la lumière qui les fait disparaître, etc.
Remarques sur J. Zumstein, p. 67-74 Un évangile pour la vie 1-L’envoi du Fils
Nous entrons dans ce point central de l’évangile selon Jean, de tous les évangiles d’ailleurs, l’approche de la question : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? Et nous lisons les premières réflexions dans cette immense question, que l’on appelle savamment « christologie ».
Pour Jean, Jésus est d’abord l’Envoyé de Dieu. Au sens fort du terme envoyé, dont Zumstein déploie la signification dans les pages 67 à 69. Autrement dit, le plénipotentiaire, ou encore l’ambassadeur, le représentant ayant tout pouvoir.
J’ajoute qu’il y a deux verbes pour dire cet envoi (des verbes donc, il s’agit toujours d’une action) : le verbe apostellô (celui de l’apostolat) employé environ 20 fois, et le verbe pempô (celui des « pompes » ou processions), employé environ 40 fois ; ce dernier verbe suppose un envoi équipé ou même accompagné. Dieu équipe et même accompagne le Fils dans sa mission…
Toute la difficulté, évidemment, réside dans l’«identité » et la « différence » entre l’envoyé et de celui qui l’envoie (p.68).
Pour Jésus, elle est plus grande encore, car il s’agit d’articuler le mystère insondable du Dieu invisible (« Personne n’a jamais vu Dieu » 1,18), et la visibilité de son représentant (son égal ?) : « Qui m’a vu a vu le Père » (14,9). « Jésus Christ et la représentation incarnée d’un Dieu qui n’appartient pas à notre monde… Il est la Présence de l’Insaisissable ». Paradoxe au cœur de la foi johannique … et chrétienne !
Deux avancées dans ce paradoxe : Il est l’amour à l’œuvre dans l’histoire ; un amour qui libère du jugement ici et maintenant (p. 70 et 71-72).
L’amour d’abord, un mot dont nous avons appris à nous méfier. Mais un amour qui se rend perceptible dans la vie et la mort de Jésus de Nazareth.
Par lui, se trouve solidement installée la présence active et libératrice de Dieu dans le monde…
Je reste un peu sur ma faim avec ce dernier paragraphe de la page 70 ; un peu trop abstrait ?
Ou plutôt, je me dis qu’il renvoie aux grandes rencontres de l’évangile, par exemple l’aveugle-né, bien sûr Lazare, mais peut-être plus concrètement encore aux récits d’actes de puissance des évangiles synoptiques, dont on comprend mieux la nécessité
« Accéder à une vie pleine et paisible, placée sous le signe de la liberté ». Je vous laisse discuter, Certes, mais n’est-ce pas un peu court ? Peut-être le chapitre 11 permettra de comprendre mieux…
Le jugement enfin. Je suis toujours sidérée par la proximité de Paul et de Jean, qui n’ont probablement jamais lu leurs textes respectifs. Au cri de triomphe de Paul : « pas de condamnation pour ceux qui sont en Jésus Christ » (Rm 8,1), répond l’affirmation de Jean : « qui croit en lui n’est pas jugé » (Jn 3,18).
Pour Jean (comme pour Paul), Jésus fait converger vers lui toutes les attentes et promesses de Dieu dans l’Ecriture, toutes les grandes figures de ce que nous appelons l’Ancien Testament (p.71). En ce sens il est bien le libérateur ultime et définitif, qui offre à chaque croyant une liberté nouvelle, liberté intérieure bien sûr, mais liberté surtout de vivre et d’agir sans crainte.
Le jugement n’est pas à attendre dans un hors-temps ou dans un autre monde. Il est à chaque instant la décision de chaque être humain devant la proposition du Christ sur sa vie. Une proposition de liberté et de don de soi sans crainte.
Là encore, il me semble qu’il faudrait compléter avec l’enseignement des discours et surtout celui des lettres, qui est l’enseignement de l’amour du frère et du prochain dont Paul faisait le résumé et le condensé de toute la Loi… il est vrai que pour « aimer son prochain comme soi-même », il faut d’abord être libéré, c’est-à-dire accepter de se regarder lucidement et de se savoir aimé…malgré tout !
Un pas encore : c’est alors que le monde est dévoilé. Là encore, on pense au début de la lettre aux Romains, dans lequel, à la lumière du don de Dieu en Jésus Christ, les ombres opaques du monde apparaissent plus sombres encore. La venue du Christ dévoile ce qui est inscrit au cœur de l’être humain. Faut-il, avec Jean, comme avec Paul, considérer que le monde (et l’être humain mondain) apparaît alors comme esclave des ténèbres, du mensonge et de la mort ?
Le journal de 7h ou de 20h certains jours nous en convaincrait volontiers !
Mais cela n’est tenable que parce que nous croyons que « le dernier mot de Dieu » est de contester définitivement ces ténèbres du monde, pour les traverser par la promesse de la vie, et d’éclairer enfin « ceux qui marchent dans les ténèbres et l’ombre de la mort pour conduire leur pas au chemin de la paix » !
Lecture de Jean 11
1Il y avait un homme malade ; c'était Lazare de Béthanie, le village de Marie et de sa sœur Marthe. 2Il s'agit de cette même Marie qui avait oint le Seigneur d'une huile parfumée et lui avait essuyé les pieds avec ses cheveux ; c'était son frère Lazare qui était malade. 3Les sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
4Dès qu'il l'apprit, Jésus dit : « Cette maladie n'aboutira pas à la mort, elle servira à la gloire de Dieu : c'est par elle que le Fils de Dieu doit être glorifié. » 5Or Jésus aimait Marthe et sa sœur et Lazare. 6Cependant, alors qu'il savait Lazare malade, il demeura deux jours encore à l'endroit où il se trouvait. 7Après quoi seulement, il dit aux disciples : « Retournons en Judée. » 8Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment encore les autorités juives cherchaient à te lapider ; et tu veux retourner là-bas ? » 9Jésus répondit : « N'y a-t-il pas douze heures de jour ? Si quelqu'un marche de jour, il ne trébuche pas parce qu'il voit la lumière de ce monde ; 10mais si quelqu'un marche de nuit, il trébuche parce que la lumière n'est pas en lui. »
11Après avoir prononcé ces paroles, il ajouta : « Notre ami Lazare s'est endormi, mais je vais aller le réveiller. » 12Les disciples lui dirent donc : « Seigneur, s'il s'est endormi, il sera sauvé. » 13En fait, Jésus avait voulu parler de la mort de Lazare, alors qu'ils se figuraient, eux, qu'il parlait de l'assoupissement du sommeil. 14Jésus leur dit alors ouvertement : « Lazare est mort, 15et je suis heureux pour vous de n'avoir pas été là, afin que vous croyiez. Mais allons à lui ! » 16Alors Thomas, celui que l'on appelle Didyme, dit aux autres disciples : « Allons, nous aussi, et nous mourrons avec lui. »
17A son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau ; il y était depuis quatre jours déjà. 18Comme Béthanie est distante de Jérusalem d'environ quinze stades, 19beaucoup d'habitants de la Judée étaient venus chez Marthe et Marie pour les consoler au sujet de leur frère. 20Lorsque Marthe apprit que Jésus arrivait, elle alla au-devant de lui, tandis que Marie était assise dans la maison. 21Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. 22Mais maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera. » 23Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » 24– « Je sais, répondit-elle, qu'il ressuscitera lors de la résurrection, au dernier jour. » 25Jésus lui dit : « Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; 26et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » 27– « Oui, Seigneur, répondit-elle, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. »
28Là-dessus, elle partit appeler sa sœur Marie et lui dit tout bas : « Le Maître est là et il t'appelle. » 29A ces mots, Marie se leva immédiatement et alla vers lui. 30Jésus, en effet, n'était pas encore entré dans le village ; il se trouvait toujours à l'endroit où Marthe l'avait rencontré. 31Les Judéens étaient avec Marie dans la maison et ils cherchaient à la consoler. Ils la virent se lever soudain pour sortir, ils la suivirent : ils se figuraient qu'elle se rendait au tombeau pour s'y lamenter. 32Lorsque Marie parvint à l'endroit où se trouvait Jésus, dès qu'elle le vit, elle tomba à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » 33Lorsqu'il les vit se lamenter, elle et les Judéens qui l'accompagnaient, Jésus frémit intérieurement et il se troubla. 34Il dit : « Où l'avez-vous déposé ? » Ils répondirent : « Seigneur, viens voir. » 35Alors Jésus pleura ; 36et les Judéens disaient : « Voyez comme il l'aimait ! » 37Mais quelques-uns d'entre eux dirent : « Celui qui a ouvert les yeux de l'aveugle n'a pas été capable d'empêcher Lazare de mourir. »
38Alors, à nouveau, Jésus frémit intérieurement et il s'en fut au tombeau ; c'était une grotte dont une pierre recouvrait l'entrée. 39Jésus dit alors : « Enlevez cette pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il doit déjà sentir… Il y a en effet quatre jours… » 40Mais Jésus lui répondit : « Ne t'ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » 41On ôta donc la pierre. Alors, Jésus leva les yeux et dit : « Père, je te rends grâce de ce que tu m'as exaucé. 42Certes, je savais bien que tu m'exauces toujours, mais j'ai parlé à cause de cette foule qui m'entoure, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé. » 43Ayant ainsi parlé, il cria d'une voix forte : « Lazare, sors ! » 44Et celui qui avait été mort sortit, les pieds et les mains attachés par des bandes, et le visage enveloppé d'un linge. Jésus dit aux gens : « Déliez-le et laissez-le aller ! »
45Beaucoup de ces Judéens qui étaient venus auprès de Marie et qui avaient vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui. 46Mais d'autres s'en allèrent trouver les Pharisiens et leur racontèrent ce que Jésus avait fait. 47Les grands prêtres et les Pharisiens réunirent alors un conseil et dirent : « Que faisons-nous ? Cet homme opère beaucoup de signes. 48Si nous le laissons continuer ainsi, tous croiront en lui, les Romains interviendront et ils détruiront et notre saint Lieu et notre nation. » 49L'un d'entre eux, Caïphe, qui était Grand Prêtre en cette année-là, dit : « Vous n'y comprenez rien 50et vous ne percevez même pas que c'est votre avantage qu'un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière. » 51Ce n'est pas de lui-même qu'il prononça ces paroles, mais, comme il était Grand Prêtre en cette année-là, il fit cette prophétie qu'il fallait que Jésus meure pour la nation 52et non seulement pour elle, mais pour réunir dans l'unité les enfants de Dieu qui sont dispersés. 53C'est ce jour-là donc qu'ils décidèrent de le faire périr. 54De son côté, Jésus ne circulait plus ouvertement à portée des autorités juives : il se retira dans la région proche du désert, dans une ville nommée Ephraïm, où il séjourna avec ses disciples.
Pour la lecture :
Ce chapitre met en scène la confrontation de Jésus à la mort, et il annonce bien sûr par-là la mort de Jésus lui-même. Dès lors, il invite le lecteur à se situer en face de la mort, comme ont à le faire aussi les sœurs de Lazare, Marthe et Marie.
Enfin il conduit ce lecteur à préciser et à déplacer la foi qu’il professe, qui est foi en la résurrection, celle-ci prenant un sens nouveau dans la personne même de Jésus.
Je vous propose de faire d’abord un plan du texte, par blocs, en vous appuyant sur les lieux et les déplacements.
Jésus se trouve d’abord au-delà du Jourdain, là où Jean baptisait (10,40-42). Après son séjour à Béthanie, il repartira vers le désert (Ephraïm) en 11,53.
L’ordre des deux blocs centraux (17-37 et 38-44) pose la question typiquement johannique de l’articulation du « voir » et du « croire », ou du « croire » et du « voir ».
Versets 1-16
La présentation de Lazare : pour situer Lazare, quel est le repère connu pour le lecteur et la communauté johannique (v. 1-2 et 5) ? Vous noterez que la scène de l’onction à Béthanie évoquée ici n’a lieu que plus tard, en 12,1-8.
Par ailleurs, la tradition lucanienne confirme que Jésus, lorsqu’il montait à Jérusalem, logeait à Béthanie chez les deux sœurs Marthe et Marie (Lc 10,38-42 ; voir Mc 11,1. 12).
Enfin, l’expression deux fois reprise : « celui que tu aimes », « Jésus aimait » (v. 2. 5) a été rapprochée de ce qui sera dit du « disciple bien aimé » : « celui que Jésus aimait » (13,23 ; 19,26 ; 20,2 ; 21,7.20.)
v. 6 : deux jours, et le troisième seulement, Jésus se met en route : « allons en Judée, à nouveau ».
v. 7-9 : pour cet enseignement un peu codé sur la lumière et la nuit, voyez 1,5 ; 8,12 ; 9,4s. ; 12,35. Lumière extérieure ou lumière intérieure ? De quelle lumière s’agit-il ?
v. 11-16 : en grec le verbe « dormir » (koimaô)s’emploie de façon courante comme métaphore de la mort) ; c’est sur cette racine qu’est formé le mot « cimetière » (koimètèrion), le lieu où dorment les morts. Le malentendu ici est encore une fois presque « grossier » !
v.15 : « je me réjouis pour vous de ne pas avoir été là, afin que vous croyiez » : S’agit-il de croire sans voir ou de voir pour croire ?
Versets 17-37
Insistance sur la date de la mort : « le quatrième jour » (v. 17 et 39) ; voir v. 6.
Regardez de près le parallèle entre les rencontres de chacune des deux sœurs avec Jésus (v.20-27 et 29-33) ; leur place respective dit probablement leur rôle dans la première communauté johannique, et les figures qu’elles incarnent ensuite, dans le repas du chapitre 12.
Le dialogue entre Jésus et Marthe (v. 21-37) : quelles représentations de la « résurrection » sont en jeu ?
Ce sont les trois seuls emplois des mots « ressusciter et résurrection » dans ce récit.
Marthe professe la foi juive, venue des Pharisiens, en la résurrection à la fin des temps (v. 24), voir Daniel 12, 1-2.
Jésus décale la résurrection finale à sa propre personne et à sa propre vie (v.25) ?
Il faut mettre l’expression « celui qui vient dans le monde » (v.27) en relation avec 1,9 (et 6,14), car elle dit l’identité messianique de l’Envoyé de Dieu.
Le bref dialogue entre Jésus et Marie se situe sur un autre registre, à définir (v. 31-35).
Les deux verbes « se lever » employés en 29 et 31 sont les verbes utilisés métaphoriquement dès la Septante pour la résurrection.
« Voyez comme il l’aimait » : écho à 1,3 et 5.
L’émotion très forte de Jésus, sa peine et sa révolte devant la mort de son ami ( v. 35 et 38) a été corrigée et atténuée dans quelques manuscrits anciens, notamment dans l’un des tout premiers papyrus que nous ayons (vers 230 ap. J.C.) : une vision très idéalisée et stoïcienne de la divinité de Jésus la rendait insupportable !
Versets 38-44
v.39 et 40 : Pourquoi quatre jours ?
Lucidité et réalisme de Marthe vs « si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ». Que faut-il croire pour voir ?
v.42 Que révèle la prière de Jésus de sa relation au Père ? Quelle vie affirme-t-elle ?
Une résurrection spectaculaire est-elle nécessaire pour que « cette foule » (les humains) croient en cette relation, et en la vie qu’elle offre ?
v. 44 Comparer la description du « mort » avec la découverte du tombeau vide en 20,7.
Le vocabulaire de la résurrection est absent. Il est seulement question de « délier » celui qui est mort, et de le « laisser aller ». A méditer.
Versets 45-53
v. 45-46 L’entourage de Marthe et Marie apparaît à plusieurs reprises pour accompagner et conforter les deux sœurs, sous le terme : les Juifs (v. 19. 31. 36. 45).
La TOB traduit avec justesse : les Judéens, les habitants de Judée, Béthanie étant à quelques kilomètres à peine de Jérusalem. En 54, il est traduit : « les autorités juives ».
A nouveau le lien est fait entre « voir » et « croire » (v. 45).
v. 47 La question posée par les autorités juives (grands-prêtres et Pharisiens) est essentiellement politique ; la crainte du pouvoir romain, inquiété par des mouvements de foule d’inspiration messianique (voir 6,15), peut se muer en répression féroce.
Notez la conclusion de Caïphe le grand-prêtre, dont la signification est évidemment double (ironie johannique). Jésus mourra bien en faveur de son peuple, et beaucoup plus : « pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés » (v. 52).
Ce qui est souligné ici, c’est bien l’ignorance profonde de ceux qui veulent la mort de Jésus, incapables de comprendre le sens des « signes » qu’il pose.
La décision de le tuer est donc explicitement politique ; elle s’inscrit néanmoins dans le dessein de Dieu qui dépasse largement le jeu politique de l’empire romain.