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Thèmes / Lecture accompagnée de l'Evangile de Jean / Notes à Feuille de route n° 5 (Jean Ch. 13)

Notes à Feuille de route n° 5 (Jean Ch. 13)

Année 2025/2026- Forum Jean 

Jean Zumstein, L’apprentissage de la foi. A la découverte de l’évangile de Jean et de ses lecteurs.

Feuille de route n° 5                                                             22 février au 25 mars 2026

Période :
22 février 2026 - 26 mars 2026
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Chers amis,
Je vous signale quelques fils de discussion très intéressants que vous pouvez aller regarder sur le forum. Lien pour accéder au forum :
 https://baptises.fr/forums/lecture-accompagnee-de-levangile-de-jean/vos-questions-vos-remarques Et je reprends ici de façon rapide les principaux points d’attention du chapitre 13 que nous avons lu ce mois-ci.

1- D’abord l’ouverture solennelle : elle met en scène la Pâque juive, cadre de la révélation ultime de Jésus, son « heure » ; avec un jeu de mot certain sur le sens du mot Pâque en hébreu (« passer »). Cette heure est le passage de Jésus de ce monde au Père, peut-être plus encore, le moment où il fait passer ce monde dans la vie et le monde du Père ; un monde qui est celui de « l’amour jusqu’à l’extrême ».
Il s’agit bien d’un repas (v. 2) comme chez les Synoptiques et avec le mot qui désignera ensuite le « repas du Seigneur », mais Jean ne précise pas qu’il s’agit d’un repas pascal, pas plus qu’il ne donnera les paroles de Jésus sur le pain et la coupe.
Deux éléments principaux vont éclairer ce passage du monde au Père : le lavement des pieds des disciples, les discours de Jésus après le repas. Les deux signes majeurs que Jésus laisse à ses disciples, le service et l’enseignement.
Cela ne signifie pas que Jean « remplace » les paroles de Jésus sur le pain et sur la coupe. Mais il en dénie le caractère obligatoire et quelque peu « magique », pour en donner l’équivalent incarné dans le quotidien (le service ) et l’interprétation révélatoire (les discours).

Le lavement des pieds : la liberté absolue de Jésus devant la perspective de son arrestation et de sa mort est fermement affirmée : « le Père a tout donné entre ses mains » (v. 3) ; une liberté qui va entrer dans le combat contre la force du mal, le diable.
La signification du geste est donnée d’emblée par l’expression « il se lève et dépose son vêtement » (v. 4), expression qui fait écho au « déposer sa vie » de la parabole du bon berger en 10, 15. Le passage commence par  le don de la vie jusqu’au bout.
Le geste même du lavement des pieds nous est étranger, mais il était bien connu dans une civilisation de la marche à pied sur des chemins empoussiérés. Il était assuré par les esclaves et plutôt par des esclaves non juifs, tant il était humiliant. La symbolique d’un geste d’amour et de respect extrême semble pourtant déjà connue.
La réaction de Pierre est double : d’abord elle est celle, traditionnelle, du refus d’un Messie humilié ; mais ensuite elle touche la question difficile de la purification et de la pureté. Pierre imagine probablement un rite de purification étendu à tout le corps (baptême ?), quand Jésus précise ce qu’est la pureté bien au-delà des gestes rituels : avoir part avec lui. Autrement dit accepter et accueillir un Seigneur humilié, serviteur, et entrer dans la vie de service qui est la sienne.
Avoir part avec lui commence ici par changer l’image que l’on se fait de Dieu et de son envoyé (v. 19-20). Et se poursuit dans le service mutuel sans prérogative à l’intérieur de la communauté (« vous devez vous laver les pieds les uns les autres), et au-dehors. Il n’est d’autre béatitude que de vivre ce service (« en faisant cela » v. 17).

2- Le repas. Jean n’a pas de récit de Gethsémani (mont des Oliviers), mais il fait à plusieurs reprises mention du trouble intérieur de Jésus, un trouble violent de l’esprit, voir 11,33 ; 12,27 et 18,11.
Un « trio » se met en place : Jésus, le disciple bien-aimé, Judas. C’est la première fois dans l’évangile de Jean que l’expression « le disciple que Jésus aimait » apparaît aussi explicitement (mais voir 11,3). « Il était couché dans le sein de Jésus » dit littéralement le v .23 : il est dommage pour des raisons de fausse pudeur, de supprimer l’écho très clair avec 1,18 : « le fils unique qui est dans le sein du Père ».
Le lien d’intimité entre Jésus et le Père se reflète dans le lien d’intimité entre Jésus et le disciple par excellence !
La scène étrange de la bouchée donnée à Judas est la mise en œuvre du Psaume 41,10 cité un peu avant au v. 18. Elle vient « remplacer » les paroles de l’institution chez les Synoptiques : au don de la vie manifestée par le repas partagé, Judas participe ; et c’est Satan le diviseur qui prend alors le pouvoir en lui. Jean rappelle ainsi que nul, si proche de Jésus soit-il, ne peut se prétendre à l’abri de l’emprise du mal et de la trahison : Pierre en sera un autre exemple : lui qui se dit prêt à « déposer sa vie pour Jésus », reniera (v. 37-38).

Que reste-t-il alors pour le disciple désemparé ?
« Maintenant » (v. 31) : il reste aux disciples que la glorification de Dieu et du Fils ont déjà lieu, dans l’humble service de l’autre, et qu’ils n’ont qu’à y entrer. En mettant en œuvre le commandement de l’amour mutuel, « comme je vous ai aimés ». Ce « comme » qui unit l’amour du Père et du Fils et aussi bien celui des disciples au Christ et des disciples entre eux, va être le sujet des trois discours qui suivent.
Un « comme » qui va conduire Jésus et un jour les disciples jusqu’à la croix. Une croix dont ils savent désormais qu’elle est le lieu de la Pâque, le passage de ce monde en Dieu et dans sa gloire.

 

 

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