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Thèmes / Lecture accompagnée de l'Evangile de Jean / Forum Evangile selon Jean Feuille de route n°6

Forum Evangile selon Jean Feuille de route n°6

Feuille de route n° 6 26 mars au 29 avril 2026 Lectures correspondant à la FDR N°6 Jean 18,1 à 19,16, notamment le dialogue avec Pilate 18,8 -19,16 J. Zumstein p. 93 à p. 104
Période :
26 février 2026 - 29 avril 2026
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La conclusion de J. Zumstein, p. 93 à 104
Jean et Jésus

1-Une double question ou une question de méthode ?
J’ai été heureuse de voir que J. Zumstein corrigeait aussitôt sa proposition : quel lien existe-t-il entre le Jésus de l’histoire et l’image qu’en donne le 4ème évangile ?
Car le « Jésus de l’histoire » est précisément une construction intellectuelle, un travail d’historien, à partir des éléments que fournissent les quatre évangiles, dont celui de Jean, plus les lettres de Paul, et la connaissance du judaïsme du 1er siècle ! Nécessairement le Jésus de l’évangile de Jean aura contribué à l’image que nous nous faisons du Jésus de l’histoire.
La question est plutôt : quelle interprétation Jean donne-t-il de l’événement Jésus ? et cette interprétation est-elle pertinente (par rapport à ce que nous savons par ailleurs de Jésus et de son milieu) ? On voit que la question est délicate et que nous devons toujours rester conscients de la distance que la multiplicité des interprétations construit entre nous et le « Jésus de l’histoire », alors même que nous n’avons pas d’autre moyen de l’atteindre !
J. Zumstein reformule son propos :
Il veut tenter d’abord de présenter le projet du Jésus historique (je resterai prudente)
Ensuite vérifier dans quelle mesure l’interprétation qu’en donne Jean est cohérente avec ce projet.

2-Le message de Jésus, la venue du Règne
C’est aux évangiles synoptiques et notamment à Marc que J. Zumstein fait alors appel.
Le centre du message de Jésus : le Règne (Royaume, Royauté) est proche (Mc 1,15). L’illustrent immédiatement les paraboles du Règne (chez Marc 4, mais aussi chez Matthieu et Luc), et le discours sur la montagne (chez Matthieu 5-7, et Luc 6). C’est donc de Dieu et de son image qu’il s’agit.

Un changement de paradigme : Jésus refuse une vision nationaliste du Règne ; il n’inscrit pas le Règne dans la suite de l’histoire d’Israël mais dans le cadre de la création (ce serait à préciser) ; il ne le situe pas à la fin des temps mais dans le présent de sa venue au sein de la création.

Le premier changement est celui de la conception du temps : le Règne n’est plus à attendre dans un au-delà de la fin et du jugement, mais il vient pénétrer le présent, l’éclairer et le transformer (transfigurer). Selon la nouveauté radicale qui est celle de Dieu, et non selon les attentes humaines et les messianismes quels qu’ils soient!
 
Le second changement c’est que la venue du Règne est au bénéfice de tous les humains : le mal et la maladie sont combattus, les exclus réintégrés, l’être humain restauré dans sa pleine dignité.
C’est aussi un renversement de toutes les valeurs : l’autorité désormais est celle du serviteur.

Un troisième aspect du Règne est le pardon inconditionnel des péchés ; dit autrement la relation « juste » avec Dieu est rétablie, l’humanité replacée dans le flux de la bénédiction divine, qui veut son bonheur.
Enfin le Règne est lié à la  personne même de Jésus : paradoxe absolu, Dieu se donne un visage à travers un homme singulier. Jésus se comprend lui-même comme l’envoyé de Dieu chargé de sa pleine autorité !

3- Jean, interprète de Jésus
Déplacement d’accent et surtout de point de vue : Jean est un théologien post-pascal, comme tous les évangélistes et tous les auteurs du Nouveau Testament. Il relit l’annonce du Règne comme définitivement advenu en Jésus.
Jésus étant absent, quelle présence nous laisse-t-il ? J. Zumstein répond : le Paraclet (l’Esprit saint) et le disciple bien aimé. Ce dernier est porteur d’un témoignage objectif inscrit dans une « écriture », l’évangile ; le Paraclet est la force à l’œuvre en nous aussi qui permet le re-souvenir et l’actualisation.
Question : le disciple bien-aimé est une figure de l’Eglise johannique. L’est-il de l’Eglise dans son ensemble ? Jean 21 semble montrer qu’il n’en est qu’une dimension, nécessaire mais pas unique.

Pour Jean, Jésus est l’ultime parole de Dieu : en lui, la fin des temps a lieu, le jugement et le salut sont déjà donnés dans son incarnation et son élévation sur la croix.

Nous reviendrons en juin sur le Prologue, que J .Zumstein présente ici trop rapidement ; mais c’est pour affirmer que le salut dans l’évangile de Jean se dit essentiellement dans l’incarnation.
Dieu se fait homme, présence au sein de l’humanité, chair pour transfigurer la chair : il s’offre comme amour de tous et pour tous de façon inconditionnelle.
Mais il faut compléter, à l’autre extrémité de l’évangile, par la croix, qui chez Jean est le lieu de la révélation ultime du Dieu-fait-homme et glorifié. Que signifie l’expression « la croix est le trône du roi glorifié »

Revenant sur ce qu’il en résulte pour les humains, J. Zumstein souligne l’offre de la vie comme éternelle, dans la rencontre même avec le Christ crucifié et glorifié. Plénitude de vie manifestée dans les « Je suis ». Comme dans les différents récits de miracle, nous l’être humain, chacun, passe d’une vie ébauchée et abîmée, parfois défigurée, à une vie en plénitude.

Pour moi, tout cela est trop rapide (j’ai à peine résumé), et je vous propose que nous replongions pour nos trois dernières périodes dans les récits de la passion, des manifestations du Ressuscité, et enfin dans le Prologue (avec un passage rapide par Jean 21)..

Ce mois-ci, nous lisons la passion et je propose de centrer le travail sur le dialogue entre Jésus et Pilate.

 

Jean 18, 1-40 et 19,1- 16

181Ayant ainsi parlé, Jésus s'en alla, avec ses disciples, au-delà du torrent du Cédron ; il y avait là un jardin où il entra avec ses disciples. 2Or Judas, qui le livrait, connaissait l'endroit, car Jésus s'y était maintes fois réuni avec ses disciples. 3Il prit la tête de la cohorte et des gardes fournis par les grands prêtres et les Pharisiens, il gagna le jardin avec torches, lampes et armes. 4Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s'avança et leur dit : « Qui cherchez-vous ? » 5Ils lui répondirent : « Jésus le Nazôréen. » Il leur dit : « C'est moi. » Or, parmi eux, se tenait Judas qui le livrait. 6Dès que Jésus leur eut dit “c'est moi”, ils eurent un mouvement de recul et tombèrent. 7A nouveau, Jésus leur demanda : « Qui cherchez-vous ? » Ils répondirent : « Jésus le Nazôréen. » 8Jésus leur répondit : « Je vous l'ai dit, c'est moi. Si donc c'est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci. » 9C'est ainsi que devait s'accomplir la parole que Jésus avait dite : « Je n'ai perdu aucun de ceux que tu m'as donnés. » 10Alors Simon-Pierre, qui portait un glaive, dégaina et frappa le serviteur du grand prêtre, auquel il trancha l'oreille droite ; le nom de ce serviteur était Malchus. 11Mais Jésus dit à Pierre : « Remets ton glaive au fourreau ! La coupe que le Père m'a donnée, ne la boirai-je pas ? » 12La cohorte avec son commandant et les gardes des autorités juives saisirent donc Jésus, et ils le ligotèrent.

13Ils le conduisirent tout d'abord chez Hanne. Celui-ci était le beau-père de Caïphe, qui était le Grand Prêtre cette année-là ; 14c'est ce même Caïphe qui avait suggéré aux autorités juives : il est avantageux qu'un seul homme meure pour le peuple.

15Simon-Pierre et un autre disciple avaient suivi Jésus. Comme ce disciple était connu du Grand Prêtre, il entra avec Jésus dans le palais du Grand Prêtre. 16Pierre se tenait à l'extérieur, près de la porte ; l'autre disciple, celui qui était connu du Grand Prêtre, sortit, s'adressa à la femme qui gardait la porte et fit entrer Pierre. 17La servante qui gardait la porte lui dit : « N'es-tu pas, toi aussi, un des disciples de cet homme ? » Pierre répondit : « Je n'en suis pas ! » 18Les serviteurs et les gardes avaient fait un feu de braise car il faisait froid et ils se chauffaient ; Pierre se tenait avec eux et se chauffait aussi.

19Le Grand Prêtre se mit à interroger Jésus sur ses disciples et sur son enseignement. 20Jésus lui répondit : « J'ai parlé ouvertement au monde, j'ai toujours enseigné dans les synagogues et dans le temple, là où tous les Juifs se rassemblent, et je n'ai rien dit en secret. 21Pourquoi est-ce moi que tu interroges ? Ce que j'ai dit, demande-le à ceux qui m'ont écouté : ils savent bien ce que j'ai dit. » 22A ces mots, un des gardes qui se trouvait là gifla Jésus en disant : « C'est ainsi que tu réponds au Grand Prêtre ? » 23Jésus lui répondit : « Si j'ai mal parlé, montre en quoi ; si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » 24Là-dessus, Hanne envoya Jésus ligoté à Caïphe, le Grand Prêtre.

25Cependant Simon-Pierre était là qui se chauffait. On lui dit : « N'es-tu pas, toi aussi, l'un de ses disciples ? » Pierre nia en disant : « Je n'en suis pas ! » 26Un des serviteurs du Grand Prêtre, parent de celui auquel Pierre avait tranché l'oreille, lui dit : « Ne t'ai-je pas vu dans le jardin avec lui ? » 27A nouveau Pierre le nia, et au même moment un coq chanta.

8Cependant on avait emmené Jésus de chez Caïphe à la résidence du gouverneur. C'était le point du jour. Ceux qui l'avaient amené n'entrèrent pas dans la résidence pour ne pas se souiller et pouvoir manger la Pâque. 29Pilate vint donc les trouver à l'extérieur et dit : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » 30Ils répondirent : « Si cet individu n'avait pas fait le mal, te l'aurions-nous livré ? » 31Pilate leur dit alors : « Prenez-le et jugez-le vous-mêmes suivant votre loi. » Les autorités juives lui dirent : « Il ne nous est pas permis de mettre quelqu'un à mort ! » 32C'est ainsi que devait s'accomplir la parole par laquelle Jésus avait signifié de quelle mort il devait mourir.

33Pilate rentra donc dans la résidence. Il appela Jésus et lui dit : « Est-ce toi le roi des Juifs ? » 34Jésus lui répondit : « Dis-tu cela de toi-même ou d'autres te l'ont-ils dit de moi ? » 35Pilate lui répondit : « Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta propre nation, les grands prêtres t'ont livré à moi ! Qu'as-tu fait ? » 36Jésus répondit : « Ma royauté n'est pas de ce monde. Si ma royauté était de ce monde, les miens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux mains des autorités juives. Mais ma royauté, maintenant, n'est pas d'ici. » 37Pilate lui dit alors : « Tu es donc roi ? » Jésus lui répondit : « C'est toi qui dis que je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. » 38Pilate lui dit : « Qu'est-ce que la vérité ? »

Sur ce mot, il alla de nouveau trouver les autorités juives au dehors et leur dit : « Pour ma part, je ne trouve contre lui aucun chef d'accusation. 39Mais comme il est d'usage chez vous que je vous relâche quelqu'un au moment de la Pâque, voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ? » 40Alors ils se mirent à crier : « Pas celui-là, mais Barabbas ! » Or ce Barabbas était un brigand.

191Alors Pilate emmena Jésus et le fit fouetter. 2Les soldats, qui avaient tressé une couronne avec des épines, la lui mirent sur la tête et ils jetèrent sur lui un manteau de pourpre. 3Ils s'approchaient de lui et disaient : « Salut, le roi des Juifs ! » et ils se mirent à lui donner des coups. 4Pilate retourna à l'extérieur et dit aux autorités juives : « Voyez, je vais vous l'amener dehors : vous devez savoir que je ne trouve aucun chef d'accusation contre lui. » 5Jésus vint alors à l'extérieur ; il portait la couronne d'épines et le manteau de pourpre. Pilate leur dit : « Voici l'homme ! » 6Mais dès que les grands prêtres et leurs gens le virent, ils se mirent à crier : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Prenez-le vous-mêmes et crucifiez-le ; quant à moi, je ne trouve pas de chef d'accusation contre lui. »

7Les autorités juives lui répliquèrent : « Nous avons une loi, et selon cette loi il doit mourir parce qu'il s'est fait Fils de Dieu ! » 8Lorsque Pilate entendit ce propos, il fut de plus en plus effrayé. 9Il regagna la résidence et dit à Jésus : « D'où es-tu, toi ? » Mais Jésus ne lui fit aucune réponse. 10Pilate lui dit alors : « C'est à moi que tu refuses de parler ! Ne sais-tu pas que j'ai le pouvoir de te relâcher comme j'ai le pouvoir de te faire crucifier ? » 11Mais Jésus lui répondit : « Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir s'il ne t'avait été donné d'en haut ; et c'est bien pourquoi celui qui m'a livré à toi porte un plus grand péché. » 12Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher, mais les autorités juives se mirent à crier et disaient : « Si tu le relâchais, tu ne te conduirais pas comme l'ami de César ! Car quiconque se fait roi, se déclare contre César. »

13Dès qu'il entendit ces paroles, Pilate fit sortir Jésus et le fit asseoir sur l'estrade, à la place qu'on appelle Lithostrôtos – en hébreu Gabbatha. 14C'était le jour de la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure. Pilate dit à ces Juifs : « Voici votre roi ! » 15Mais ils se mirent à crier : « A mort ! A mort ! Crucifie-le ! » Pilate reprit : « Me faut-il crucifier votre roi ? » Les grands prêtres répondirent : « Nous n'avons pas d'autre roi que César. » 16C'est alors qu'il le leur livra pour être crucifié.

 

Quelques mots d’abord de l’arrestation de Jésus :
v.1 Le texte renoue avec la fin du chapitre 14 et le discours qui conclut le dernier repas, voir 14,31 : « relevez-vous (ressuscitez), partons d’ici ! » et 18,1 :« ayant dit cela, Jésus sortit avec ses disciples… »
Un « jardin » que l’on retrouvera en 19,26 et 20,15.
v. 2-9 Ecouter Bach, et lire le texte ! La rencontre avec Judas (constamment appelé : « celui qui le livre »), et par deux fois la parole solennelle de Jésus, à traduire  non pas « c’est moi », mais « Je suis », le nom de Dieu en Isaïe 43-45 (18,5-8).
La parole de Jésus au Père : « je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés », trouve ici une application concrète ; en refusant de répondre par la violence, Jésus protège ses disciples (18,10-11).
NB Je note au passage, avec un clin d’œil, que seul Luc qui aime le merveilleux évoque la guérison de l’oreille coupée !

Le thème de la « coupe » à boire est complexe : il ne s’agit pas d’une passion et d’une mort douloureuse programmée d’avance par Dieu ! La coupe, dans l’Ecriture, c’est d’abord la colère de Dieu qui condamne la violence des humains : Jésus doit d’abord affronter cette violence que Dieu combat et condamne avec lui. En lien avec le Père, il n’agit pas sur ordre, mais par libre décision (voir 17,11. 21.22).

v. 12-27 Sur les deux scènes du reniement de Pierre qui s’entrelacent, avec la comparution de Jésus devant les deux grands-prêtre, je passe rapidement. En notant toutefois l’importance de l’opposition « dedans/dehors », et de la « porte » : voyez les versets 16-17 et le rôle de la servante « portière ».
Si on se souvient de la métaphore de « la porte » (« moi je suis la porte des brebis »), la scène prend une nouvelle profondeur.
Notez enfin l’insistance sur la « ligature » (18,12 et 24), à quoi s’oppose la liberté de parole de Jésus (18, 20 et 23).

18,28 -19,16 Le dialogue avec Pilate.
A nouveau, il me semble important de noter l’opposition dehors/dedans et le franchissement des portes. 
Pour les autorités juives, le prétoire (dedans) est un lieu impur, où ils se souilleraient et ne pourraient manger la Pâque (le primat du rituel). Elles resteront donc dehors.
C’est d’abord Jésus qui est dedans, et Pilate qui fait l’aller-retour, sortant vers les Juifs (18,29 et 38b), et rentrant auprès de Jésus (v. 33 et 19,1), avant de sortir avec lui (19,4-5) ; mais c’est pour rentrer pour un nouveau dialogue (19,9), puis pour faire sortir définitivement Jésus vers la mort (19,13).

Les dialogues se tissent donc entre Pilate et la foule, et entre Pilate et Jésus.

Dialogues entre Pilate et la foule 
v. 33-38 L’accusation portée par Pilate est d’ordre politique : « es-tu le roi des Juifs ? » La responsabilité est reportée sur les accusateurs juifs (ton peuple et tes grands-prêtres), mais la question de Pilate reste la même : « toujours donc tu es roi ? »
Conformément aux récits des synoptiques, Jean présente un Pilate conscient de l’innocence de Jésus, qui, quatre fois, essaie de renvoyer la décision aux autorités juives : 18,31. 38-39 ; 19, 6 ; 19, 12).
Est-ce une façon de réhabiliter Pilate et de charger au contraire les autorités juives ? Probablement, il n’empêche que cela souligne aussi la lâcheté de préfet (et du politique en général), qui cèdera devant la menace : « celui-là s’oppose à César » (19, 12).
Après le choix de la foule qui préfère Barabbas, le brigand, au « roi de Juifs » (18,39-40), c’est encore sur le thème de la royauté de carnaval que Pilate laissera la soldatesque moquer et humilier Jésus (19,1-3) qui ne répond plus.


Mais Pilate, dans un geste à nouveau prophétique dont il ne mesure pas la portée, utilisant le thème royal, présente Jésus couronné en roi humilié avec ces mots : « voici l’être humain » (en grec anthrôpos) : un roi déchu ? ou un misérable élevé au rang royal ?

Jusqu’au bout enfin Pilate présentera Jésus comme « votre roi » (voici votre roi 19,15).
Il faut noter l’admirable ironie du verset 19,13, où le verbe « asseoir » a un double sens. On peut lire : « il conduisit Jésus dehors et s’assit sur l’estrade » (lieu du juge), ou bien « il conduisit Jésus dehors et le fit asseoir sur l’estrade » : le véritable juge, c’est Jésus.
 Et l’écriteau sera maintenue en trois langues : « Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs » (19, 19). Ironie de la part de Pilate ? Et/ou ironie du rédacteur qui fait de Pilate un prophète malgré lui ?

Les autorités et la foule ne varient guère dans leur désir de mort : « s’il n’avait pas mal agi, nous ne te l’aurions pas livré » (18,30) : « il ne nous est pas permis de le tuer » (18,31) ; « pas lui mais Barrabas » (18,40) ; « crucifie-le, crucifie-le » (19,6) «  nous avons une loi…il doit mourir, car il s’est fait fils de Dieu » (19,7) ; « si tu le libères, tu n’es pas ami de César » (19, 12), et enfin le dernier cri « enlève, enlève, crucifie-le » (19,15), « nous n’avons d’autre roi que César » (19, 15), où la foule poussée par les autorités trahit son Dieu.

Dernier jeu de mots extraordinaire de cette scène : La foule crie alors « enlève, enlève, crucifie-le » ; mais le verbe qui peut signifier « enlever, supprimer », et donc « mettre à mort », peut aussi signifie « élever ». Les Juifs demanderaient-ils que Jésus soit élevé ? Il le sera sur la croix.

Dialogues entre Pilate et Jésus.
Un premier dialogue entre Pilate et Jésus porte sur la question de la royauté (18,33-38)
Précision : Jésus ne dit pas que sa royauté n’est pas dans ce monde, comme s’il s’agissait d’une royauté céleste éthérée, ou d’un avenir d’ordre eschatologique selon les catégories temporelles de l’apocalypse. La royauté revendiquée par Jésus se manifeste bien ici et maintenant, dans notre monde, mais elle n’est pas de ce monde, elle n’en est pas issue, elle n’en dépend pas, et ce monde n’a pas la main sur elle. Elle est royauté ici et maintenant d’un autre ordre, celui de la vérité. Et cette vérité éclatera sur la croix (« ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercé » 19,37).

Incapable de comprendre ce que dit Jésus sur la question de la royauté (18,36), Pilate se heurte à celle de la vérité qui le dépasse complètement, même si sa réponse traversera les siècles et taraudera les esprits : « qu’est-ce que la vérité ? » (v. 38).

Un second dialogue en 19,9-11 porte de la même façon sur l’origine de Jésus : d’où vient-il et de qui se revendique-t-il ? Dit autrement : quelle autorité légitime détient-il ? Comme à Nicodème, Jésus répond à Pilate que son autorité vient « d’en haut » (19,11), ce qui signifie « de Dieu », et semble effrayer Pilate !

Les différentes représentations du pouvoir et de l’autorité qui sont ainsi mises en scène méritent qu’on s’y attarde ; elles mettent durement en cause le politique, mais montrent aussi qu’il peut être travaillé par la question de la vérité, et parfois ouvrir une brèche sur la lumière qui vient d’ailleurs.

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