Hier soir nous avons beaucoup parlé de Judas.
L'évangile de "Jean" ayant pour objectif l'affirmation de la divinité de Jésus et de montrer différents types de démarches de croyants (Zumstein chapitre 2), quelle est l'intention de parler de Judas (par exemple en Jn 6,71). Judas est-il un type de croyant ? est-il une personification de "les juifs" (Jésus en parle de façon aussi dure), est-ce une tentative de réponse (donner sens) de la communauté à des "traitres" qui se révèlent en son sein ?...
Ceux qui ont écrit l'évangile ont choisi de parler de lui, pour quelle raison ?
Nous sommes intéressés par des apports, réflexions sur ce sujet.
Créé par : Francois Verges groupe de Castanet
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Vous posez remarquablement…
Vous posez remarquablement la question de Judas, ou plus exactement de la figure de Judas, qui est déjà appelé en 6,71 et 12,4 : « celui qui allait le livrer », et apparaît ensuite au chapitre 13 lors du dernier repas de Jésus (13,1 « afin qu’il le livre », puis 26 et 30) ; il ne reparaîtra qu’au chapitre 18, constamment désigné comme « celui qui le livrait » (18,2.6).
Un des proches de Jésus ? oui et il y a certainement eu un ou des « traîtres » parmi eux…
Mais il porte un nom qui l’assimile très vite à une figure du « Juif » (Ioudas/Ioudaios), ce qui évidemment favorisera la polémique (et déjà un antijudaïsme ?) au moment du conflit avec la synagogue (mais la plupart des membres de la communauté johannique sont des Juifs). Avec déjà aussi une accusation de cupidité ? (6,71).
Chacun des évangélistes traite la figure à sa manière.
Chez Jean il apparaît vite comme l’instrument de Satan, dans la grande mise en scène que l’évangile offre du combat (victorieux) de Jésus contre la puissance du mal.
Au chapitre 13, Judas reçoit de Jésus la bouchée de pain lors du dernier repas qu’il partage avec tous les disciples ;
dès lors il devient celui qui laisse s’installer en lui l’emprise destructrice du Mauvais : « alors Satan entra en lui » (13,27), tandis que lui entre « dans la nuit » (« c’était de nuit » 13,30).
On peut noter qu’au contraire de Matthieu 27,3-10, Jean abandonne Judas après l’arrestation de Jésus. Le lieu du combat est désormais la croix où Jésus sera élevé dans la gloire !
Que dire de Judas ? rien de plus, sinon que la menace de la trahison et de la force du mal reste à notre porte, que le combat reste pour chacun à mener, mais la foi au Ressuscité nous dit que Jésus ayant mené victorieusement ce combat nous offre avec lui le pardon du Père.
Et que nous ne pouvons pas nous condamner nous-même pas plus que nous ne pouvons condamner Judas. Nous ne pouvons que nous remettre, avec lui, entre les mains aimantes de Dieu.