La prière de Jésus
Je suis étonné d'entendre dans la liturgie de ce dimanche, entre l'Ascension et la Pentecôte, l'insertion de ce texte (Jn 17, 1-11) qui ne fait aucune mention de l'envoi de l'Esprit pourtant promis déjà en Jn 14, 15-31 ou même en Jn 16, 13. Si ce n'est la référence en Jn 17, 17 à « l'Esprit de vérité qui procède du Père » (Jn15, 26) : « Consacre-les par la vérité : ta parole est vérité ».
Un commentaire consulté relève qu'on attendrait ici en Jn 17, 11 la mention plus explicite de l'Esprit saint promis.
Curieusement, relève ce commentaire, « alors que c'est Jésus qui parle, il est évoqué par son nom, « celui que tu as envoyé, Jésus Christ ». Sans doute un élément rédactionnel où Jean mêle le discours de la communauté aux paroles de Jésus.
Par ailleurs l'insistance de Jésus sur la « connaissance de Dieu » comme source de vie vient-elle d'une influence gnostique ? Le dit commentaire dément cette interprétation car cette connaissance est transmise pour un événement concret (mort et résurrection de Jésus) et la Vie éternelle est donnée dès maintenant, sur cette terre que la gnose, à l'opposé, pousse à déserter.
Reste à être dans le monde sans être du monde. Vaste programme.
Créé par : Griffaton
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Je comprends très bien votre…
Je comprends très bien votre surprise et votre question : on attend l'Esprit lorsqu'on entend lire la prière de Jésus au chapitre 17 !
Mais cette impression est d'abord liée à la façon dont nous découpons les textes en rondelles dans la liturgie. Or, l'évangile n'est pas d'abord écrit pour être lu par petits morceaux, mais comme un tout, un chemin qui conduit de la première entrée en scène de Jésus jusqu'à sa mort et sa résurrection. Et le discours du chapitre 17 vient couronner les deux discours précédents 13-14 et 15-16 que l'auditeur (ou le lecteur) est censé connaître. Or l'annonce de la venue de l'Esprit, l'autre Paraclet envoyé par le Père a été largement soulignée dans les premiers discours de Jésus.(14,15-17. 25-26 ; 15, 26-27 ). Arrivé au chapitre 17, le lecteur sait ce qui lui est annoncé et promis !
De plus, je dirais volontiers que nous cherchons toujours à trouver dans les textes ce que nous savons ou croyons savoir : une théologie trinitaire en bonne et due forme avec un Esprit, conçu comme une personne divine à part entière ! Mais l'évangile n'en est pas là, et peut-être est-il beaucoup plus subtil : l'Esprit, c'est la relation constante, l'échange permanent entre le Père et le Fils, le lien d'amour qui les lie et qui déborde sur l'humanité comme un flot trop puissant ! A ce titre ces chapitres sont pleins de la présence de l'Esprit qui n'est jamais une réalité figée, une "personne divine", mais la force créatrice (le souffle de Genèse 1,1) et l'amour qui circule entre le Père et le Fils, et qui vient nous inclure ! Lui seul nous permet d'être "dans le monde" sans être "du monde", puisque nous osons croire que "nous sommes né de l'Esprit" ! (3,8)