Aller au contenu principal
Thèmes / Lecture accompagnée de l'Evangile de Jean / Forum Evangile selon Jean Feuille de route n°8

Forum Evangile selon Jean Feuille de route n°8

Année 2025/2026- Forum Jean Jean Zumstein, L’apprentissage de la foi. A la découverte de l’évangile de Jean et de ses lecteurs. Feuille de route n° 8, 30 mai au 25 juin 2026
Période :
30 mai 2026 - 25 juin 2026
Document à télécharger :

Lectures correspondant à la FDR N°8 :


Jean, chapitres 1 et 21, 
J. Zumstein, p 49-51 Un évangile au service de la foi Le programme de l’hymne d’ouverture.
Et p. 36-47 Quand il faut se réintégrer ailleurs. 4 Les épîtres, un enseignement qui continue?

Chers amis,

Nous voici au bout du parcours, et je vous fais faire le grand écart, à tous les sens du terme (ou presque !).
D’abord parce que je vous propose de lire les deux chapitres qui encadrent l’évangile de Jean, le chapitre 1,1-18, et le chapitre 21 en entier, avec dans chaque cas ce qui me semble correspondre dans le petit livre de Zumstein (en ordre inverse).

I- Le prologue, Jean 1, 1-18 , J. Zumstein p.49-51
Commençons par lire les deux ou trois pages très rapides que J. Zumstein consacre à ce prologue.
De façon très intéressante, il prend d’abord le point de vue du canon, les écrits qui commencent à se fixer à la fin du 2ème siècle (Irénée de Lyon vers 175). 
A ce moment, les Eglises reconnaissent dans l’évangile de Jean UNE formulation privilégiée et adéquate de la foi authentique en Jésus Christ ; elles en reconnaissent 3 autres, et déjà aussi les Actes et les lettres de Paul.
Cela correspondait au projet de l’école johannique. Celle-ci avait mis son œuvre sous le patronage du disciple bien-aimé, figure d’autorité et de témoignage fiable, et, avec le chapitre 21, elle reconnaissait l’autorité de Pierre et faisait de son évangile une expression de foi valable pour les autres Eglises aussi.

J. Zumstein observe alors l’ouverture de l’évangile, les 18 versets du Prologue au chapitre 1 et il formule trois remarques :
-D’abord que le prologue n’est pas l’œuvre de l’évangéliste mais représente un hymne existant dans les communautés johanniques, ce qui entraîne des formules en « nous » (v. 14).
-Ensuite que mettre ce texte en tête de l’évangile explicite d’avance la thèse d’ensemble ; nous l’avions bien noté : « le Fils unique, Dieu, qui est dans le sein du Père, l’a dévoilé, ou explicité » (1,18).
-Enfin que cela indique que l’évangile est strictement christologique, répondant à la question de l’identité de Jésus.

Je suis bien d’accord avec les points 2 et 3. Mais je suis mal à l’aise avec la formulation du point 1.
Car, de quel évangéliste J. Zumstein parle-t-il ? Alors même qu’il a considéré que l’évangile était la réunion de plusieurs strates successives. Et de quelles communautés proviendrait cet hymne ? 
Il est clair que le début du Prologue (v.1-13) peut être un hymne, de toute façon tardif, présent dans des groupes à tendances déjà gnostiques semble-t-il. Nous verrons apparaître ces groupes avec les lettres de Jean (J. Zumstein p.37-47). 
Le dernier rédacteur s’en empare, probablement le remanie-t-il, et il le met en place « au commencement » de l’évangile comme une clé de lecture de toute la suite : « au commencement », Jésus le Christ est le Logos, la Parole même de Dieu, telle que le monde juif la connaît déjà comme Parole créatrice (celle-ci prend une certaine autonomie dans les Targums) et en lien avec l’hellénisme comme Logos, Raison structurante du monde, tel que déjà Philon d’Alexandrie l’a évoqué.
Mais il ne s’en tient pas là. Il poursuit sur les versets 14 à 18 ; faisaient-ils partie de l’hymne, en lien avec les versets 6-9 (Jean le Baptiste), à moins que ceux-ci n’aient été ajoutés aussi ?

Ce sont des spéculations, mais ce que je veux souligner, c’est que la Parole (Logos) contemplée dans les premiers versets dans la sphère divine créatrice du monde, entre alors dans l’histoire humaine, (dont elle avait assuré le lancement en Genèse 1).
Et je modifierais volontiers la finale de la page 51 de J. Zumstein en insistant sur le fait que l’évangéliste veut poser d’emblée l’entrée de la Parole dans l’humanité et donc son entrée dans l’histoire humaine, ce qu’on appellera  incarnation d’après le verset 14, en tant qu’il est cet homme, pour lequel Jean le Baptiste a porté témoignage.
La Parole entre dans une histoire qui est celle d’Israël et c’est dans cette histoire (ici représentée par Moïse) que le Père se trouve révélé par le Fils venu dans la chair, dont le texte de l’évangile va raconter la présence parmi « les siens ».
Et je voudrais le relire avec vous maintenant (trop rapidement bien sûr !) :

1Au commencement était la Parole, et la Parole était tourné vers Dieu, et la Parole était Dieu.
2Elle était, au commencement, tournée vers Dieu.
3Tout fut par elle, et rien de ce qui fut, ne fut sans elle.
4En elle était la vie et la vie était la lumière des hommes,
5et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point arrêtée.

6Il y eut un homme, envoyé de Dieu : son nom était Jean.
7Il vint en témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui.
8Il n'était pas la lumière, mais il devait rendre témoignage à la lumière.

9La Parole était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme. 
10Elle était dans le monde, et le monde fut par elle, et le monde ne l'a pas connue.
11Elle est venue dans son propre bien, et les siens ne l'ont pas accueillie.
12Mais à ceux qui l'ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. 13Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu.

14Et la Parole s'est faite chair et elle a demeuré parmi nous et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père.
15Jean lui rend témoignage et proclame : « Voici celui dont j'ai dit : après moi vient un homme qui
m'a devancé, parce que, avant moi, il était. »
16De sa plénitude en effet, tous, nous avons reçu, et grâce sur grâce.
17Si la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
18Personne n'a jamais vu Dieu ; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l'a expliqué.

 

Versets 1-5 Je me suis autorisée à remplacer la traduction de la TOB (elle va être révisée, parution en 2030 !) pour traduire le grec Logos, non pas par le latin Verbum (qui n’a aucun sens pour un profane aujourd’hui), mais par le français Parole. Avec la difficulté que la suite est au masculin (comme logos en grec) et que je suis donc nécessairement passée au féminin (notons que Verbum en latin est neutre). Que le lecteur comprenne !

Lorsque J. Zumstein s’empare de ces 5 premiers versets pour évoquer la préexistence du Fils (p.75-76), il bataille pendant deux pages pour bien affirmer que tout y est tourné vers la suite, le destin historique de Jésus. Que dire quelque chose de Dieu en décortiquant des quelques versets nous conduirait nécessairement à des représentations inadaptées ! Disons le mot : « à des représentations gnostiques » ! Et je crois qu’il a été montré aujourd’hui qu’effectivement des éléments de ces premiers versets sont de source et de type gnostiques, frôlant l’indiscrétion sur ce qui se passe en Dieu et entre Dieu et Dieu, comme aussi entre la lumière et les ténèbres d’un monde déchu !

Peut-être faudrait-il d’abord s’arrêter sur l’expression qui ouvre le texte : en arkhèi en grec, l’expression même qui, dans la Septante, ouvre Genèse 1. On assiste donc, non pas seulement à un nouveau commencement, mais à un commencement qui inclut celui de Genèse 1, tout en ouvrant de la même façon sur l’aventure du monde et l’aventure humaine.

Versets 6-8 Effectivement, l’auteur johannique, après avoir évoqué l’obstacle que les ténèbres offrent à la venue de la lumière, tourne immédiatement le regard vers un humain, Jean, témoin de celui qui vient apporter la lumière. Autrement dit, le combat n’est pas celui de la lumière (monde céleste) contre les ténèbres (monde d’en bas déchu), le combat va se situer chez les êtres humains, dans leurs vies, leurs cœurs et leur histoire. Et il aura pour enjeu de conduire tous les humains à la foi (v. 7).

Versets 9-13 Le combat est annoncé et décrit en termes gnostiques de lumière et d’accueil, mais l’enjeu en est le monde ; et d’emblée apparaît l’ambiguïté du terme « monde « (cosmos) que nous avons déjà rencontré chez Jean : dans le monde, apparaît la possibilité de devenir enfants de Dieu, en accueillant une nouvelle naissance, qui est d’accepter de naître « de Dieu ». D’avance les discussions de Jésus avec Nicodème, avec la femme de Samarie, puis ses paroles à la foule à Jérusalem sont annoncées.

A partir du verset 14, apparaît le vocabulaire de l’incarnation : « la Parole s’est faite chair » (avec le mot « chair » sarx, dans une acception propre à Jean) ; et il est situé dans une histoire où déjà Dieu est venu « demeurer » chez les humains, au milieu de son peuple, dans la tente de la Rencontre, la demeure (qu’est aussi le Temple de Jérusalem), ce qui est évoqué ici par le verbe « demeurer », signifiant en grec « habiter sous une tente ». On pourrait traduire : « il est venu planter sa tente parmi nous », sans oublier que cela renvoie aux sanctuaires du désert et au Temple.
Alors est rappelée aussi la longue histoire de Dieu-avec-son peuple, par le don de la Loi par Moïse.
On comprend mieux le poids de signification de l’expression de Jean Baptiste : « avant moi, il était » : il était dans la présence de Dieu à son peuple, il était « dans le sein du Père », « Dieu né de Dieu »..
Nous avions dès la première feuille de route commenté le verset 18 ; je vous citais la belle lecture qu’Yves Samoëns fait du verbe « expliquer, expliciter » : il nous a fait sortir (de nous) pour nous conduire vers le Père. 
Alors peut commencer la lecture de l’évangile.

Bien sûr vous le relirez, et j’espère, un peu autrement.
Mais avant, il faut aussi aller lire la finale « ecclésiale » de l’évangile, que J. Zumstein considère comme un « échec ». Est-ce si sûr ?

 

II-Le chapitre 21 ; J. Zumstein, p. 37-47

Dans un essai remarquable pour décrire la trajectoire de l’évangile johannique, J. Zumstein entraîne son lecteur au-delà de l’évangile, dans les trois lettres qui viennent creuser le sillon d’une communauté plongée dans l’histoire et donc dans les débats en quête de comprendre toujours davantage qui est Jésus Christ.

1 Jean, un commentaire en temps de crise
Selon J. Zumstein, ce pourrait être au moment où l’évangile est ressenti comme un document complet de référence (après l’adjonction du chapitre 21 ?) que la communauté johannique ressent le besoin de choisir un autre genre littéraire pour communiquer en interne probablement à une pluralité de petites Eglises en réseau : les lettres.
Le « modèle » paulinien était-il connu ? En tout cas, à la même époque (début du 2er siècle), on a aussi deux lettres écrites en référence à Pierre et se réclamant de son « autorité ».
Dès lors on peut comprendre que les lettres soient nécessaires pour traiter de crises se manifestant dans des communautés plus ou moins distantes : on en connaît au 2ème siècle, en Syrie, en Asie mineure et à Rome.
Comme toujours J. Zumstein procède par questions clairement posées ;
1- A l’écoute de la tradition (p.39)
Le caractère de « marquèterie » de 1 Jean, avec des formules bien typées qui se répètent volontiers et un manque d’organisation claire de l’ensemble, oriente JZ vers une pluralité de sources. La lettre s’appuie sur un ensemble de confessions de foi, d’exhortations, voire d’enseignements qui lui servent de trame.
2-Une autre plume (p. 40)
Même si la tradition ancienne attribue les lettres à l’auteur de l’évangile (lui-même relu à plusieurs reprises), il est apparu très tôt que les lettres sont d’une autre main. 
Un « je » se manifeste sans cesse au cours du chapitre 2 dans l’expression « je vous écris » ou « je vous ai écrit » (8 fois, et encore en 5,13), ce qui n’était pas le cas du disciple bien-aimé toujours désigné indirectement. Le vocabulaire est différent, les notions théologiques sont nouvelles.

 

3-Le danger des antichrists (p.41-42)
La première lettre répond clairement à une situation de crise ; des opposants se manifestent et sont désignés brutalement comme des « antichrists ». Or, cette opposition est interne à la communauté, et le conflit porte sur le contenu de la foi. Ou, au moins, sur son interprétation.
A lire attentivement la lettre, on perçoit qu’il s’agit d’un groupe qui nie la pleine humanité de Jésus : « celui qui nie que Jésus est le Christ » (2,23). Ils refusent de voir en Jésus de Nazareth le Fils, la Parole de Vie (1,1-3). Plus clairement, le chapitre 4 montre qu’ils « divisent  le Christ », autrement dit, ils distinguent le Fils éternel de celui qui est venu dans la chair et qui est mort sur la croix, Jésus.
Cette incapacité à admettre la pleine humanité du Fils de Dieu venu dans la chair connaîtra des beaux jours dans l’histoire du christianisme ! Pour l’auteur de la lettre, elle est contraire à la foi chrétienne.

 

Il faut ajouter, me semble-t-il, que ce refus de croire en la pleine humanité du Christ a un corollaire pratique extrêmement important : il implique que Dieu n’aime pas notre humanité comme telle, et que, dans la communauté, certains sont sauvés par leur connaissance spirituelle et d’autres sont laissés au pouvoir de la matière, pécheurs et voués à la mort. Au contraire, l’auteur va insister de façon étonnante sur le fait que Dieu est amour, que Dieu aime les êtres humains, et que cet amour fait de tous des frères à aimer. Il est probable que 1 Jean soit le texte du Nouveau Testament qui dise le plus clairement que Dieu est amour et que l’amour de Dieu est indissociable de l’amour du frère.

4- Jésus en pleine humanité (p.43)
J. Zumstein résume de façon remarquablement nette ce qu’il considère comme le « credo » des communautés johanniques, et qui reste aujourd’hui comme l’essentiel de notre foi, une foi en l’incarnation du Christ mort et ressuscité, et une foi incarnée dans l’amour porté aux êtres humains.

Il montre enfin que la lettre par sa construction même se donne comme un « commentaire » du 4ème évangile, donnant des clés de lecture à une Eglise qui avance dans le temps et dans l’espace et rencontre des problèmes que l’évangéliste ne connaissait pas. Un magnifique exemple de ce qu’est la « tradition », un commentaire pour une époque et un milieu différent des Ecritures transmises par l’Eglise.

 

2-3 Jean : le combat perdu de l’Ancien (p.44-47)
Ces deux petites lettres étonnantes, que nous lisons peu et connaissons mal, révèlent un nouvel auteur dans les Eglises johannique : une figure d’autorité qui tente de régler un problème institutionnel et disciplinaire.
La deuxième lettre montre l’autorité que détient l’Ancien, une autorité disciplinaire qui lui permet d’exclure ceux qui ne confessent pas la foi telle que l’évangile la proposait : « ne les accueillez pas chez vous » (2 Jn 10)
Mais dans la troisième lettre, on voit que l’Ancien a été mis en échec par l’Eglise de Diotréphès, et qu’il doit se tourner vers un autre membre de l’Eglise (Gaïus) pour que ses missionnaires soient accueillis.
Ces faits sont confirmés par la disparition des Eglises johanniques différenciées des autres au cours du 2ème siècle, tandis que certains groupes gnostiques se sont emparés de l’évangile de Jean (qu’ils citent beaucoup mais de façon éclectique et très partielle).
En s’appuyant aussi sur le chapitre 21 de l’évangile, J. Zumstein conclut à un éclatement des Eglises johanniques : tandis que des petits groupes partent vers les courants gnostiques, d’autres rejoignent les courants majoritaires de ce que l’on appellera bientôt « la grande Eglise », celle de Pierre et des autres apôtres.
Faut-il y voir un échec ? J. Zumstein parle d’échec ecclésial en tant que le modèle d’Eglise des communautés johanniques a conduit à de graves séparations, mais n’est-ce pas le cas ailleurs, avec des chrétiens très proches du judaïsme par exemple ? 
En rejoignant d’autres courants ecclésiaux qui accueillent l’évangile de Jean comme une expression fiable de la foi commune, les communautés johanniques n’ont-elles pas aussi joué un rôle important, justement en acceptant de ne pas se refermer sur elle-même dans une attitude qui aurait pu devenir sectaire (et les gnoses forment des « sectes » séparées) ?
Peut-être nous offrent-elles un modèle de renoncement à la forme propre pour que la foi commune puisse gagner en ampleur et en force par l’adjonction de l’évangile de Jean au bien commun des Eglises ?

 

Jean 21

1Après cela, Jésus se manifesta de nouveau aux disciples sur les bords de la mer de Tibériade. Voici comment il se manifesta. 2Simon-Pierre, Thomas qu'on appelle Didyme, Nathanaël de Cana de Galilée, les fils de Zébédée et deux autres disciples se trouvaient ensemble. 3Simon-Pierre leur dit : « Je vais pêcher. » Ils lui dirent : « Nous allons avec toi. » Ils sortirent et montèrent dans la barque, mais cette nuit-là, ils ne prirent rien. 4C'était déjà le matin ; Jésus se tint là sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c'était lui. 5Il leur dit : « Eh, les enfants, n'avez-vous pas un peu de poisson ? » – « Non », lui répondirent-ils. 6Il leur dit : « Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez. » Ils le jetèrent et il y eut tant de poissons qu'ils ne pouvaient plus le ramener. 7Le disciple que Jésus aimait dit alors à Pierre : « C'est le Seigneur ! » Dès qu'il eut entendu que c'était le Seigneur, Simon-Pierre ceignit un vêtement, car il était nu, et il se jeta à la mer. 8Les autres disciples revinrent avec la barque, en tirant le filet plein de poissons : ils n'étaient pas bien loin de la rive, à deux cents coudées environ. 
9Une fois descendus à terre, ils virent un feu de braise sur lequel on avait disposé du poisson et du pain. 10Jésus leur dit : « Apportez donc ces poissons que vous venez de prendre. » 11Simon-Pierre remonta donc dans la barque et il tira à terre le filet que remplissaient cent cinquante-trois gros poissons, et quoiqu'il y en eût tant, le filet ne se déchira pas. 12Jésus leur dit : « Venez déjeuner. » Aucun des disciples n'osait lui poser la question : « Qui es-tu ? » : ils savaient bien que c'était le Seigneur. 13Alors Jésus vient ; il prend le pain et le leur donne ; il fit de même avec le poisson. 14Ce fut la troisième fois que Jésus se manifesta à ses disciples depuis qu'il s'était relevé d'entre les morts.

15Après le repas, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime », et Jésus lui dit alors : « Pais mes agneaux. » 16Une seconde fois, Jésus lui dit : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » Il répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. » Jésus dit : « Sois le berger de mes brebis. » 17Une troisième fois, il dit : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » Pierre fut attristé de ce que Jésus lui avait dit une troisième fois : « M'aimes-tu ? », et il reprit : « Seigneur, toi qui connais toutes choses, tu sais bien que je t'aime. » Et Jésus lui dit : « Pais mes brebis. 18En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu nouais ta ceinture et tu allais où tu voulais ; lorsque tu seras devenu vieux, tu étendras les mains et c'est un autre qui nouera ta ceinture et qui te conduira là où tu ne voudrais pas. » 19Jésus parla ainsi pour indiquer de quelle mort Pierre devait glorifier Dieu ; et après cette parole, il lui dit : « Suis-moi. »

20Pierre, s'étant retourné, vit derrière lui le disciple que Jésus aimait, celui qui, au cours du repas, s'était penché vers sa poitrine et qui avait dit : « Seigneur, qui est celui qui va te livrer ? » 21Quand il le vit, Pierre dit à Jésus : « Et lui, Seigneur, que lui arrivera-t-il ? » 22Jésus lui répondit : « Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ? Toi, suis-moi. » 23C'est à partir de cette parole qu'on a répété parmi les frères que ce disciple ne mourrait pas. En réalité, Jésus ne lui avait pas dit qu'il ne mourrait pas, mais bien : « Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ? »

24C'est ce disciple qui témoigne de ces choses et qui les a écrites, et nous savons que son témoignage est conforme à la vérité.
25Jésus a fait encore bien d'autres choses : si on les écrivait une à une, le monde entier ne pourrait, je pense, contenir les livres qu'on écrirait.

 

Trois remarques successives sur les différentes parties de ce texte

1-Le récit de la pêche, souvent dite dans la tradition chrétienne « pêche miraculeuse ».
C’est un bel exemple de la façon dont chaque évangéliste utilise selon son propos les récits de la tradition de Jésus. Luc situe ce récit au début de son évangile, comme appel des trois premiers disciples et notamment Pierre (voir Luc 5,1-11), Jean en fait une manifestation du Ressuscité.
On avait la même façon de procéder mais à l’envers avec le récit de la « purification du Temple !
On notera la place première du disciple bien-aimé, qui, comme en 20,5-6, s’efface devant Pierre (v. 7). 
Le nombre fabuleux des poissons (153) renvoie probablement à une table des peuples (liste des peuples de la terre habitée) ? Mais au contraire du récit de Luc, le filet ne se déchire pas (v. 11, comme la tunique sans couture 19,24).
Enfin, le verset 13 est une allusion claire au repas du Seigneur (voir aussi 6,13), clairement considéré comme un repas de résurrection (et pas de sacrifice !).

2- Le dialogue avec Pierre est généralement considéré comme une réhabilitation de Pierre après sa trahison. Les trois questions correspondent aux trois reniements de 18,15-17 et 25-27.
Plusieurs auteurs notent le passage d’un verbe « aimer agapaô » dans la bouche de Jésus (v.15 et 16) au verbe « aimer philéô » (v. 17), par lequel Jésus se mettrait ainsi au niveau faible d’une possibilité d’aimer (philéô) pour Pierre (incapable d’agapè). L’argumentation est fascinante, mais je suis personnellement très perplexe. On est aussi en train de passer d’un vocabulaire profane de l’amour (philéô) au vocabulaire proprement chrétien (agapaô) mis dans la bouche de Jésus.
La mission « pastorale » de Pierre renvoie à la parabole du bon berger au chapitre 10 (avec à l’arrière-plan la condamnation des mauvais bergers en Ezéchiel 34), liée à la suivance de Jésus (voir 13,36) jusqu’à la mort sur la croix (v.19). A l’époque où l’auteur écrit, Pierre est mort à Rome crucifié vers 66.

3- La place et le rôle du disciple bien aimé. Ici, il ne dit rien, et l’auteur rapporte son témoignage.
Les communautés johanniques dont il est la figure sont ainsi mises en perspectives avec les Eglises qui se réclament du nom de Pierre. 
Déjà la légende du disciple bien-aimé est en route : « la rumeur qu’il ne mourrait pas », mais c’est aussi la pérennité de l’évangile de Jean qui est assurée, dans un accueil par d’autres Eglises. La vérité en est reconnue (voir aussi 19,35).

Le dernier verset doit être médité (21,25), il ouvre la voie à la relecture et à l’interprétation…dans le monde entier, et au-delà !

Document à télécharger