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Thèmes / Lecture accompagnée de l'Evangile de Jean / Notes à Feuille de route n° 6 (Jean Ch. 18-19)

Notes à Feuille de route n° 6 (Jean Ch. 18-19)

Feuille de route n° 6                                                                                     26 mars au 29 avril 2026

Lectures correspondant à la FDR N°6 
Jean 18,1 à 19,16, notamment le dialogue avec Pilate 18,8 -19,16
J. Zumstein p. 93 à p. 104

 

Période :
26 février 2026 - 29 avril 2026
Document à télécharger :

Notes et remarques relatives à la feuille de route N°6

Chers amis,
Je vous signale quelques fils de discussion très intéressants que vous pouvez aller regarder sur le forum. Lien pour accéder au forum :
 https://baptises.fr/forums/lecture-accompagnee-de-levangile-de-jean/vos-questions-vos-remarques

Il ne s’agit pas de reprendre avec vous tout le déroulé du procès que vous avez lu et relu.
J’ai envie plutôt de nous proposer et de me proposer une brève réflexion autour de la figure de Jésus dans ce chapitre 18 à 19,18.
Le récit commence par l’affirmation inouïe : « Je suis » (« c’est moi ») (18,5. 8) ; aucun lecteur ne peut s’y tromper, Jésus revendique ici le nom même de Dieu se révélant à son peuple : « Moi je suis et il n’y en a pas d’autre «  (Isaïe 43,11. 13 ; 45,5. 7 etc.).
Puis le procès se centre sur une autre révélation : « voici l’homme » (19,5) : anthrôpos en grec : l’être humain, l’humanité, liée à sa dimension « royale ». On sait que, pour toute une partie de la tradition biblique, « Dieu seul est roi ».

C’est donc l’être humain qui va être ici présenté, à la fois dans sa destination divine, et en tant qu’il est confronté aux deux réalités de ce monde que sont la religion et le politique, chacune avec sa conception plus ou moins défigurée du pouvoir.

Ce jeu du religieux et du politique (l’un et l’autre dévoyés) autour de Jésus  se manifeste par la mise en scène dramatique opposant l’intérieur (dialogues Pilate/Jésus) et l’extérieur (dialogues Pilate/les autorités juives).
On se souviendra que du point de vue du judaïsme, l’humanité se divise en deux ensembles : les circoncis (les Juifs), et les non- circoncis (les non-Juifs ou les païens), comme on le lit chez Paul (Ga 3,28). Jésus va faire le va-et -vient entre les deux, et subir des affronts et des outrages des deux côtés vite ligués contre lui.
Jean dénonce avec ironie l’hypocrisie et l’aveuglement des autorités religieuses juives : les adversaires de Jésus ne veulent pas entrer dans le prétoire pour ne pas se souiller, ce qui leur permet de rester «purs » pour célébrer la Pâque le lendemain (18,29 ; 19,14). Alors que, justement, celui qu’ils vont mette à mort va vivre pour tous les humains la Pâque qui les fera passer avec lui de la mort à la vie et entrer dans la gloire de Dieu !
Pilate raisonne en termes de réalisme. Il n’a pas attendu Machiavel pour savoir que ni la vérité ni la morale n’entrent dans la calcul politique ! Comme « roi des Juifs », Jésus est un danger pour l’ordre romain et il peut facilement être mis à mort ; même si Pilate reconnaît qu’il est probablement innocent, la mort de Jésus va se jouer sur ce titre de roi.
Et la lâcheté, elle, fait partie, hélas trop souvent, du jeu politique.

Pour les Juifs, Dieu seul est roi ; mais l’argument religieux de 19,7 (« il s’est fait lui-même fils de Dieu ») est rapidement abandonné, et ils trahissent allègrement leur Dieu pour faire pression sur le préfet romain : « quiconque se fait roi s’oppose à César…nous n’avons d’autre roi que César » (19,12 et 15). Qui « blasphème » dans cette affaire ?
Pour autant, l’écriteau portera le titre « Roi des Juifs », et Pilate, prophète malgré lui, n’en démordra pas (19,22). Malgré lui, il fait émerger une vérité qui le dépasse, comme Caïphe, dont les paroles (11,9) sont rappelées en 19,14.

Si nous revenons alors au verset 19,5, c’est à une compréhension nouvelle de ce qu’est un être humain tel que Dieu l’a voulu que nous sommes conduits. 
La présentation dramatique de Jean met en scène l’humain aux prises avec les puissances du mensonge et de la domination, en fait il s’agit du pouvoir du mal, désigné comme diable ou Satan en 13,2 et 27. 
Jésus est apparemment broyé par la machinerie politico-religieuse des puissants ; voici ce qui arrive à l’être humain lorsqu’il tient debout, en quête de justice et de vérité. Et pourtant, d’un bout à l’autre de la scène du procès comme ensuite de la crucifixion, c’est lui qui domine la scène, et qui, en laissant la parole à ses adversaires, leur laisse dire ce qu’il est véritablement. Il est même présenté (par Pilate !) comme le juge ultime de l’affaire, sinon comme le juge eschatologique (19,13).
Il pourra alors se tourner vers le Père en disant « c’est accompli » (19,20). 

Pour ceux qui croiront en lui, le pouvoir de Satan est détruit. Et l’intimité du Père dans laquelle Jésus a vécu et qu’il rejoint est prête à les accueillir. A eux d’affronter les violences conjuguées ou opposées du religieux et du politique, ils ont été précédés, et ils sont accompagnés.

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