Denis Moreau, Tous hérétiques ? Sur l’actualité de quelques débats chrétiens
Seuil – octobre 2025 –20 p. – 23 €
Tous hérétiques ? Quel titre étrange ! Quelle peut en être la signification ?
Une introduction présente une sorte de « discours de la méthode ». L’ouvrage ne sera pas un développement historique savant sur les hérésies dans l’histoire de l’Église – bien que les notes de bas de page et les références témoignent de la solide culture de l’auteur. Il s’agira de choisir les hérésies les plus significatives, pour lesquelles Denis Moreau repère des résurgences à notre époque, comme l’eau d’une source qui resurgit plus tard, dans un contexte qui n’est pas nécessairement religieux.
Ainsi le novatianisme et le donatisme, à l’époque des persécutions contre les chrétiens dans l’Empire romain. On considérait qu’il n’était pas possible de réintégrer les « lapsi », ceux qui étaient tombés, qui avaient failli en reniant leur foi. L’Église condamna ces positions extrêmes, considérant qu’ils pouvaient être réintégrés après avoir fait pénitence. Donatisme lorsque certains groupes, dans le champ moral, social ou politique, se considèrent comme les seuls purs et s’indignent de la conduite d’autrui, la condamnant sévèrement.
Plus tard, le pélagianisme et l’augustinisme posèrent la question de la grâce et de la liberté, en des débats qui durèrent plusieurs siècles. Pélage insistait sur le libre arbitre, en une anthropologie optimiste. L’augustinisme, au contraire, considérait que l’homme était incapable de choisir le bien sans l’aide de la grâce. L’Église condamna le pélagianisme, comme elle condamna d’ailleurs, plus tard, le jansénisme, qui durcissait la pensée de saint Augustin. N’y aurait-il pas résurgence, lorsqu’on voit aujourd’hui le regain d’intérêt pour les sagesses antiques, et notamment le stoïcisme ? L’homme ne compte que sur lui-même pour mener une vie moralement bonne. Ne parlons pas de tous les livres de développement personnel, qui ne visent pas le bien moral mais l’épanouissement de soi-même ou la réussite. On lira aussi avec intérêt les développements sur d’autres hérésies, comme le gnosticisme et le quiétisme, et les traces qu’on peut en repérer dans d’autres champs d’études.
L’auteur, professeur d’histoire de la philosophie à l’Université de Nantes, se réfère souvent à Pascal. Comme l’auteur des Pensées, il s’adresse à son lecteur, stimule sa réflexion en confrontant le passé au présent, le pousse à réagir, d’un style alerte, familier parfois. Au terme de l’ouvrage, on s’aperçoit que l’Église, en condamnant les hérésies, suit une ligne de crête, en se gardant des extrêmes. Le catholicisme est une religion qui connaît l’homme, d’une manière clairvoyante, reconnaissant sa grandeur mais aussi sa misère. C’est une religion digne d’intérêt, qui donne par ailleurs une place à la raison tout en sauvegardant la prééminence de la foi. À ce titre, le livre de Denis Moreau est aussi une apologétique pour notre temps, très convaincante.