Olivier Catel, Jésus et les rabbins
Le Cerf – février 2026 – 136 p. – 14,90 €
La tradition chrétienne a fait des juifs – et surtout des pharisiens – les ennemis de Jésus. Olivier Catel, dominicain, de l’École biblique et archéologique de Jérusalem, en s’appuyant sur les découvertes de la littérature rabbinique des premiers siècles, rétablit les faits. Il nous révèle que Jésus était non seulement juif, mais qu’il était aussi pharisien ! Comme eux, il enseignait la Loi dans les synagogues.
Comment comprendre alors ces controverses incessantes qui opposent Jésus et les pharisiens ? Olivier Catel fait d’abord remarquer que ces débats à propos de la Loi étaient habituels entre pharisiens ; et Jésus, en tant que pharisien, prend naturellement part à un débat théologique et juridique interne au judaïsme de son temps.
D’ailleurs Jésus ne s’oppose pas systématiquement à la doctrine des pharisiens, il conseille même de suivre leur Loi (Mt 23.2). Il respecte la halakhah (loi qui dicte les comportements), comme celle sur l’impôt des deux drachmes (Mt 17. 24-27). En revanche, il s’oppose aux attitudes figées et rigides qui structurent la vie religieuse et sociale et qui viennent de traditions et non pas de la Loi de Moïse : c’est à propos de telles attitudes qu’il parle de « jougs difficiles à porter ».
Olivier Catel passe en revue un certain nombre de ces débats vigoureux entre Jésus et les pharisiens, et souligne que Jésus n’est pas le seul à critiquer ces lois rigides ; en effet certaines écoles reprochaient aussi aux pharisiens de placer leur propre tradition au-dessus de la loi écrite de la Torah. À propos du shabbat, on est étonné de trouver un midrash du 3e siècle – ensemble de paraboles et histoires pour illustrer la Loi – fondé sur des traditions anciennes, qui affirme : « Le shabbat vous est donné, mais vous n’êtes pas donnés (= remis) au shabbat. » Jésus disait la même chose !
Mais il apporte des éléments nouveaux. Ainsi, à propos de la nourriture impure, Jésus offre une vision nouvelle de la pureté : elle ne vient pas de ce que l’on consomme mais de ce qui sort de la bouche des hommes (Mt 15. 15-20). Jésus renverse donc le système des pharisiens. Comme il le fait pour l’expression « œil pour œil dent pour dent » qu’il fait évoluer vers le conseil de « tendre l’autre joue » (Mt5, 39), exprimant l’amour des ennemis et la miséricorde.
Le plus grand reproche que font les pharisiens à Jésus, c’est qu’il prétende, audace pour eux insupportable, « accomplir » la Loi et qu’il le fasse avec l’autorité de Fils de Dieu.
Les exemples donnés par l’auteur sont percutants car ils replacent Jésus dans le contexte d’une Loi qui présente des variantes selon les groupes et les écoles ; en même temps Jésus en « révolutionne le sens littéral pour en donner la signification la plus profonde […] dans cet appel à l’amour des ennemis ». Dans cette lignée de ceux qui font évoluer la Loi donnée à Moïse, Jésus va jusqu’à l’accomplir, puisque la Loi s’est incarnée en Lui, Verbe de Dieu. Donnée à Moïse sur des tables de pierre, la Loi s’est faite chair dans le Logos incarné. Jésus est venu pour installer sur terre le Royaume des cieux et donc la Loi qui est celle du Royaume. Ce Royaume est déjà là, avec des comportements qui dépassent la Loi, comme Jésus le signifie au jeune homme riche (Mt 19) : « Suis-moi. »
Cette lecture est vraiment bienfaisante car, tout en replaçant l’incarnation de Jésus dans le milieu de son temps, elle révèle avec force sa différence, sa « posture messianique ».