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Le livre du mois : novembre 2025

Vivre au risque de l’autre

La Bible contre l’identitarisme
Recension : Monique Hébrard - au nom du comité de lecture
Parution

Anne Marie Pelletier  Vivre au risque de l’autre. La Bible contre l’identitarisme
Desclée de Brouwer  avril 2025  236 p. 19,90 €


Devant les tendances identitaires d’un catholicisme devenu minoritaire, qui peuvent mener au repli et former un ghetto protecteur, Anne-Marie Pelletier explore la Bible. Elle y découvre que l’autre, l’étranger, le différent, est non seulement au cœur du message de l’Écriture, mais qu’il en est souvent un révélateur. C’est effectivement « dérangeant » mais vivifiant de lire la Bible sous cet angle !

Dès la Création, Dieu prend le risque de l’autre en créant un monde et un humain face à lui et autre que lui. Dès lors « l’histoire sera faite de la composition de deux libertés, celle de Dieu et celle de l’homme ». Un gros risque car tout dérape vite, au point que Dieu se repent d’avoir créé cette altérité. En faisant place à l’homme, « Dieu s’est réduit à l’impuissance ». Il donne une deuxième chance à sa création avec le fidèle Noé au moment du Déluge.

La descendance de Noé montre déjà que l’universalité précède le choix d’Israël (Gen 9, 12).

Mais l’humanité a sans cesse tendance à rejeter l’autre, ainsi Babel succombe à l’identité du même, et à la puissance contre l’autre. Accepter l’autre, c’est accepter une limite à la toute-puissance. Et « la réalité de la limite fait couple fondamentalement avec la relation ». Le Créateur s’est lui-même limité en créant l’humain à son image.

Le pays promis, Canaan, est déjà le pays d’un autre, et s’y dérouleront d’incessants affrontements avec les voisins et les peuples de passage.

Plus étonnant encore ! Sans cesse des étrangers, voire des ennemis, sont des vecteurs du salut du pays (l’aubergiste de Jéricho, Rahab, l’ânesse de Balaam, Nabuchodonosor appelé par Dieu « mon serviteur », Ruth la Moabite, etc.). « L’expérience de l’étranger, conclut l’auteure, est constitutive de l’histoire d’Israël.

Le Nouveau, Testament est enraciné dans tous ces siècles précédents, tout en dépassant les limites de la sacralité de ceux qui sont enfermés dans la religion. Jésus va prendre sans cesse des interlocuteurs – voire en faire des exemples – parmi les pécheurs, les marginaux, les païens, les gens regardés comme impurs par la loi juive (notamment des femmes...). Jésus révèle ainsi la miséricorde du Père pour tous. Cette attitude lui fera des ennemis et le conduira à la condamnation. Le théologien Jean Baptiste Metz recommandait de garder « la mémoire dangereuse de la liberté de Jésus Christ », rappelle Anne-Marie Pelletier.

Qu’est-ce que cette relecture implique pour les chrétiens d’aujourd’hui dans un monde sécularisé ? Une réponse vient du pape François qui a appelé à refonder l’Église sur la miséricorde et la fraternité. Avec tous. Deux paraboles devraient nous éclairer sur l’altérité et la miséricorde. Le Samaritain enseigne l’amour du prochain selon l’évangile. Et le fils prodigue enseigne la miséricorde de Dieu.

Quel visage de l’Église ? Anne-Marie Pelletier répond : « D’une certaine manière, les épreuves du temps présent devraient nous stimuler à repartir du Christ pour penser l’avenir de l’Église. » Une Église, qui s’expose à l’autre, sans exclure et en cherchant ensemble la vérité, prend le chemin vers l’Autre.

Ce livre, écrit au plus près de l’Écriture, accessible, en résonance avec l’actualité brûlante de notre monde, sera une source pour la foi de chacun et le dynamisme de la mission.

En effet, « être chrétien c’est être responsable de la relation d’amour de Dieu avec le monde ».

Vivre au risque de l’autre