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Le livre du mois : octobre 2026

La paix est notre avenir

Un voyage de réconciliation en Terre Sainte
Recension : Nicole Hartje - au nom du comité de lecture
Parution

Aziz Abu Sarah et Maoz Inon, La paix est notre avenir – Un voyage de réconciliation
en Terre Sainte

L’arbre Qui Marche – avril 2026 – 256 p. – 19,90 €

Aziz Abu Sarah est Palestinien, Maoz Inon est Israélien. Le frère d’Aziz est mort après avoir été emprisonné et torturé par l’armée israélienne ; les parents de Maoz ont été tués lors de l’attaque du 7 octobre 2023.
Ils auraient pu ne jamais se rencontrer. Pourtant, de ces deux histoires traversées par le deuil et la violence est née une parole qu’ils portent aujourd’hui ensemble. Une parole qui ne cherche pas à effacer ce qui les sépare, mais qui commence par une conviction presque désarmante : il faut aller vers l’autre.
Dans La paix est notre avenir, ils prennent cette idée au pied de la lettre. Pendant huit jours, Aziz et Maoz traversent Israël et les territoires palestiniens, revenant sur des lieux chargés de souvenirs, de blessures et d’histoires qui ne se racontent pas toujours de la même façon. Le lecteur avance avec eux. Et plus ils avancent, moins le récit devient simple.
Car d’autres voix ne cessent de les rejoindre : médecins, rabbins, agriculteurs, anciens soldats, militants pour la paix, Palestiniens et Israéliens. Chacun ajoute une pièce au puzzle. Jaffa, Jérusalem, Nazareth, Hébron, Gaza, la Cisjordanie, les accords d’Oslo prennent chair à travers ceux qui les ont vécus. L’histoire devient plus complexe à mesure qu’elle devient plus humaine.
Cette rencontre avec l’autre est depuis longtemps au cœur de leur travail. Aziz a développé des voyages permettant de découvrir un même lieu à travers les récits palestinien et israélien ; Maoz a créé un réseau d’auberges de jeunesse et développé des initiatives touristiques favorisant les rencontres entre communautés. Voyager devient alors autre chose que découvrir un lieu : c’est rencontrer celui que l’on croyait déjà connaître.
C’est peut-être le cœur du livre. Les catégories nous permettent de fixer les appartenances : palestinien, israélien, juif, musulman, soldat, réfugié. Mais elles
peuvent aussi nous faire croire que nous savons déjà qui est l’autre. Aziz et Maoz leur opposent le « double récit » : écouter l’histoire de l’autre ne demande pas d’abandonner la sienne ; reconnaître sa souffrance n’efface pas la nôtre. Les mémoires peuvent rester différentes et pourtant commencer à se parler.
Le deuil, la colère, les traumatismes et la tentation de la vengeance traversent ces pages. C’est précisément ce qui rend leur espérance si bouleversante. Elle vient de deux hommes qui connaissent intimement le prix de la haine et qui refusent pourtant de la laisser avoir le dernier mot.

Ils ne nous disent pas que la paix est proche, ni qu’elle sera facile. Ils montrent quelque chose de plus modeste, et peut-être de plus exigeant : qu’au milieu des morts, des frontières et des récits qui s’opposent, il reste possible de se mettre en route vers l’autre.
Et, page après page, ils nous demandent de marcher avec eux.

 

la paix est notre avenir