J’aurais tant voulu – Apprivoiser l’écart entre nos rêves et nos vies
Albin Michel – février 2026 – 208 p. – 18,90 €
Avec J’aurais tant voulu…, Isabelle Le Bourgeois poursuit la veine tracée avec Le Dieu des abîmes (prix de la CCBF en 2020) et Vivre avec l’irréparé (sélectionné comme livre du mois en novembre 2024). La religieuse et psychanalyste, qui a exercé un ministère d’aumônerie de prison et continue une pratique d’écoute, choisit ici comme fil notre manière de vivre avec l’échec. Elle sous-titre son ouvrage « Apprivoiser l’écart entre nos rêves et nos vies ».
Isabelle Le Bourgeois pointe le danger d’une injonction volontariste à la perfection, qui condamnerait à la culpabilisation. Elle explore frustrations, regrets, remords liés aux déceptions, blessures ou trahisons. Elle décrit l’écartèlement entre le réel de nos décisions, ou de notre vécu, et ce que nous souhaitions profondément. Elle présente, selon le format éprouvé de ses ouvrages précédents, des portraits recomposés à partir de situations vécues, sans toutefois qu’aucun ne corresponde exactement à telle personne écoutée.
Isabelle le Bourgeois déroge pourtant à ce principe d’anonymisation pour présenter un texte puissant partagé par une autre femme, aumônier de prison, qui relit son expérience du cancer à travers le livre de l’Exode.
Le livre est toutefois animé par l’espérance. Isabelle Le Bourgeois affirme la valeur de l’écart, qui empêche la fusion, permet la différenciation. Elle montre que le manque crée une tension vers un horizon qui permet d’avancer.
Comme dans ses livres précédents, le propos d’Isabelle Le Bourgeois est profondément incarné, il ne part pas d’un dogme, mais trace un chemin inductif vers la transcendance. Il habite toute la complexité de l’existence humaine pour en faire un lieu de rencontre.
La conclusion invite à élargir l’espace de sa tente, réitérant l’égale dignité de tous les humains, quels qu’ils soient. Si l’on accorde spontanément son assentiment à une telle assertion, il faut savoir qu’elle désigne, ici, aussi bien les victimes que les auteurs d’injustices ou de crimes. « Il en va de la dignité humaine de faire face au mal, quel qu’il soit », écrit Isabelle Le Bourgeois, soulignant l’importance d’un travail de ré-humanisation conjoint. Sans angélisme, elle invite à se mettre, comme Élie, à l’écoute du murmure d’une brise légère, pour rendre audible l’humanité devenue presque imperceptible chez certains.
Voici un livre profond, plus exigeant qu’il n’en a l’air, et vivifiant.