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Le livre du mois : août 2025

Croire, qu’est-ce que ça change ?

Recension : Gabriel Campagne - au nom du Comité de lecture
Parution

Marion MULLER-COLARD  Croire, qu’est-ce que ça change ?
Labor et Fides – avril 2025 – 112 p.  10€ 

Théologienne protestante et écrivaine, directrice des éditions Labor et Fides, Marion Muller-Colard y anime avec Carole Widmaier, la collection « Qu’est-ce que ça change ? » de création récente (2024). Elle présente ses titres comme « de petits livres solides, appétissants, accessibles et originaux, se proposant d’aller à l’essentiel sans s’embourber dans l’abstraction, penser sans tourner en rond ».

Son abondante bibliographie – dont le remarquable L’autre Dieu – tient toujours plus du témoignage de vie que de l’énoncé de concepts ou de grands principes. C’est encore le cas dans ce nouveau livre où elle choisit de s’adresser directement à son fils aîné de vingt ans. Avec son sens aigu de la formule, elle sait toucher juste, toujours dans la délicatesse et le respect de son interlocuteur. N’en sortent cependant pas indemnes oppositions trop faciles entre foi et incroyance, savoir et doute, ou encore joie de croire et angoisse de l’existence.

Elle engage le propos du livre sur les mauvaises raisons trop faciles de rechercher dans la foi des bouche-trous couvrant des impasses, de fausses sécurités qu’on transformerait vite en fausses certitudes. À moins de préférer attribuer à la science une supériorité de principe en prenant trop prématurément pour vérités ce qui n’est qu’hypothèses, même parmi les plus séduisantes.

Devant des points de vue différents, elle éprouve plus de satisfaction à les mettre en débat plutôt qu’en opposition. Distinguer les plans n’oblige en rien à les rendre imperméables les uns aux autres, comme s’ils étaient incapables de s’enrichir de leur dialogue commun.

Marion Muller-Colard nous invite ainsi à tout un parcours. Elle se garde bien de toute façon de l’engager seule, mais se munit de solides compagnons de route. Pour n’évoquer que quelques-unes de ces figures inspirantes, proches de sa sensibilité, citons Paul Tillich, avec « le courage d’être » ; Dietrich Bonhoeffer, Michel de Certeau, Paul Ricoeur ou encore Georges Haldas ou Jacques Ellul…

Loin de la crédulité, elle affirme l’acte de croire comme un espace de liberté et de lucidité, de choix et de prise de responsabilité : « Se savoir en train de croire pour éviter de croire savoir. »

Elle se reconnaît volontiers dans l’affirmation de Georges Haldas : « La confiance est le contraire d’une sécurisation, c’est une prise de risque. » Pour finir, Marion Muller-Colard ose devant son fils clore ainsi son propos : « Croire n’empêche pas l’angoisse, il empêche le désespoir. »

Croire, qu’est-ce que ça change ?