Samedi 30 mars 2024 – Vigile pascale
Le sommet de l’année liturgique est la Vigile pascale, la veillée de prière dans l’attente du Christ ressuscité. Elle se déroule lors d’une liturgie nocturne pour bien marquer les esprits par cette victoire visible de la lumière la plus vive sur les ténèbres les plus opaques. Elle débute à l'extérieur de l'église par la bénédiction d’un foyer, un brasier aussi spectaculaire que possible. Cela rappelle inconsciemment que la maîtrise du feu par les hommes fut une étape décisive de leur évolution, qu’elle permit de cuire les aliments, d’écarter les prédateurs mais aussi et surtout de vaincre la nuit. C’est-à-dire de surmonter la peur, l’ignorance, la bestialité.
Le cierge pascal est allumé à ce foyer primordial. La flamme qui l'anime symbolise l'âme du Christ, réunie à son corps dans la Gloire du Père. Il demeurera allumé tout au long du temps de Pâques, placé sur le chandelier pascal jusqu'au soir de la Pentecôte. Les célébrants, puis les fidèles allument leurs cierges de proche en proche à partir du cierge pascal pour marquer la transmission de le lumière, symbole du message du Christ. On a du reste beau insister sur cette transmission, il y a toujours des distraits ou des rebelles qui utilisent leurs allumettes, car aucune liturgie n’emporte une adhésion unanime.
Le sommet de cette célébration est l’Exultet. Par ce chant durant la veillée pascale, l’Église (catholique, anglicane, luthérienne !) proclame l'irruption de la lumière dans les ténèbres. Après un rappel de tous les hauts-faits de Dieu mentionnés dans l'Écriture, le texte est une explosion de joie, sans doute avec le Magnificat la plus explicite de toute la liturgie, souvent centrée sur des manifestations de repentir, de douleur ou d’imploration : « Vraiment, il est juste et bon de chanter à pleine voix, dans tout l’élan du cœur et de l’esprit, le Père tout-puissant, Dieu invisible, et son Fils unique, Jésus Christ, notre Seigneur. […] Voici la nuit où tu as tiré d’Égypte les enfants d’Israël, nos pères, et leur as fait passer la mer Rouge à pied sec. Voici la nuit où le feu d’une colonne lumineuse a dissipé les ténèbres du péché […]. »
Cette veillée est le moment par excellence d’un appropriation de ce que l’on appelle la résurrection, celle du Christ comme gage de la nôtre. L’iconographie, qui doit représenter du visible et du sensible, nous transmet l’image de corps sortant du tombeau, tombant dans les flammes d’un côté et montant au firmament de l’autre lors d’un vaste Jugement Dernier. Cette vision dans le mode apocalyptique mérite d’être dépassée. Il n’y a plus de temps dans l’éternité. Celle-ci ne s’inscrit pas après notre vie terrestre puisqu’il n’y a pas d’après mais elle doit envahir déjà notre présent. La joie de l’Exultet doit nous saisir instantanément et changer nos vies, les renouveler Pâques après Pâques. « Se relever » dit mieux ce qu’il faut faire : renoncer à nos hargnes et nos grognes, nos mesquineries et nos inimitiés, pour accéder à une vie présente qui vise notre bonheur pour le transmettre aux autres. Le ciel n’est pas notre au-delà parce qu’il se trouve en nous-mêmes.