Dimanche 14 juin 2026– 11 e dimanche du temps ordinaire – Mt 9, 36-10, 8
« Jésus fut saisi de compassion… » Le verbe est concret : « il fut pris aux entrailles », et c’est un terme que Luc applique à la tendresse paternelle de Dieu (Lc 1,78 ; 15,20). Où l’on apprend de Dieu, dont on ne sait rien ou si peu, qu’il a pour notre humanité une tendresse de père, un regard plein de pitié et de miséricorde, tel celui du père qui accueille son fils de retour, ce fils qui s’était « perdu » (Lc 15, 20-24).
Que Jésus reprend à son compte. Et aussitôt, il appelle ; il appelle des disciples, des amis, des gens pour prendre en charge avec lui l’humanité dont ils font partie, telle qu’elle est. Et il les envoie avec un mandat sidérant : « Allez et proclamez que le Règne de Dieu est proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. »
Donner ce que nous avons déjà reçu ! Ce que la longue tradition juive puis chrétienne nous a transmis et offert, ce qui nous fait vivre et nous tient debout, ce que Jésus nous invite à transmettre.
D’abord cette certitude déroutante que Dieu, qui semble si souvent absent ou silencieux, est proche, qu’il aime notre humanité et veut la réconcilier. Et qu’il nous en a confié la tâche immense dans laquelle nous sommes toujours précédés. L’annoncer et en vivre ; ce qui signifie donner sens et réalité chaque jour à ce que Jésus lui-même nous a enseigné en le faisant.
Guérir des malades ? En tout cas, accompagner ceux qui sont éprouvés, en prendre soin ; être attentifs aux souffrances du corps et du cœur, aux angoisses et aux malheurs de ceux que nous rencontrons, mais de ceux aussi à la rencontre desquels nous pouvons aller.
Ressusciter des morts ? Au moins libérer des poids de la société, de ses mépris et de ses écrasements ; des poids d’une religiosité inquiète, d’une culpabilité qui enferme ; faire renaître l’espérance en reconnaissant à chacun une dignité, en ouvrant un avenir. Toujours choisir d’essayer d’accompagner sur un chemin vers la vie et de faire confiance aux forces de vie qui sont en chacun.
Purifier les lépreux ? Lutter contre les mensonges, les fake news, les emprises et les tentatives d’embrigadement des cerveaux et des corps. Dénoncer l’hypocrisie, les promesses fallacieuses et illusoires. Mais aussi aller vers ceux qui sont victimes de ces lèpres de notre époque, ne pas les exclure au nom d’une supposée « pureté » qui serait la nôtre, et tenter de marcher avec eux sur un chemin de liberté.
Chasser les démons ? Refuser la peur de l’autre, le discours haineux, la course à la réussite, à l’argent, l’obsession de soi…
Là où les disciples de Jésus témoignent qu’une autre façon de vivre et d’être est possible, là où ils tentent de libérer les corps et les esprits, là l’Esprit de Dieu leur viendra en aide : c’est au cœur de leur propre faiblesse que la force de l’Esprit vient souffler.