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Le péché, la mort, la Loi, et… ?

Paule Zellitch . 20 juin 2026

Dimanche 21 juin 2026– 12 e dimanche du temps ordinaire – Romains 5,12-15


La lettre aux Romains est l’objet d’innombrables commentaires avec tout ce que cela comporte de contingences culturelles. Un certain nombre d’interprètes soulèvent la question de la disqualification de la Loi/Torah et mettent en exergue le péché, articulé à la mort, pour poser, par contraste, la fonction salvifique du Ressuscité. Comme Paul, ces chercheurs(1) affrontent l’impossibilité d’éluder le rapport entre le judaïsme et la suite du juif Jésus.

Dans le livre de la Genèse, au plus près de l’hébreu, nulle trace de « péché originel » tandis que selon la lecture traditionnelle de Paul par Augustin, « par un seul homme [Adam] le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort ». Son insistance à développer ce motif peut nous conduire à nous demander : à quelle mort Paul se pense-t-il exposé ? Comme persécuteur des chrétiens, il a vécu, concrètement, une forte expérience de culpabilité. Comment tranche-t-il ce nœud gordien ?

Ailleurs, il se dit « serviteur zélé de la Loi » qui, rappelons-le, dans le monde juif sert la vie seulement quand elle est interprétée. Paul opère un glissement entre la fonction « salvatrice » de la Loi, que les hommes se donnent (2) , et la figure du Christ sauveur. Or la Loi, écrite et orale, toujours interprétée, comme la geste de Jésus l’a manifesté, fait advenir de l’infini… dans l’histoire en ouvrant un avenir.

Dans le monde juif, le travail d’interprétation est la clé de voûte de toute lecture pertinente de la Torah. Cette lecture jamais fermée, avec ses adaptations, sert sa transmission. Sur ce point, y aurait-il un écart entre Jésus et Paul, tous deux fils d’Israël, le premier interprétant la Loi, contrairement au second ? L’épisode de la femme adultère est l’exemple par excellence de ce que veut dire interpréter la Loi(3) dans cette tradition.

Dans ce cadre, l’étude de la Loi renforce nos capacités à discerner et agit lentement, mais sûrement, comme antidote aux multiples idolâtries et à la toute-puissance. Ainsi, « le cœur battant de la Loi » réside précisément dans son interprétation, jamais dans sa rigidité. La Loi est au service des personnes et du bien commun, un point de repère qui restitue chacun à sa liberté face au mal, face au péché contre soi et contre les autres.

Le positionnement de Paul à l’égard du péché et de la Loi, pris au pied de la lettre, risque de priver finalement les chrétiens de l‘expérience des « bienfaits de la Torah », telle que Jésus la vivait et l’enseignait : un mouvement en quête de vie, de justice et de liberté.

Plutôt que de se perdre dans les méandres du péché et de ses obscurités, la tradition juive ne soutient-elle pas que sans la Loi, l’amour devient fou, mais que sans l’amour, la Loi finit par être injuste ? Cette subtile affirmation n‘est-elle pas le puissant écho du témoignage du Christ, dans les évangiles ?

1 L’exercice est pour le moins complexe quand on est théologien, moins lorsque l’on est historien ou exégète.
2 Table de la Loi donnée au Sinaï, détruite, réécrite, donnée au peuple qui la refuse pour finalement la faire sienne, avec son lot d’interprétations.
3 Le lecteur éclairé mettra de côté la caricature à vocation hagiographique des interlocuteurs de Jésus, dressée par les auteurs de l’évangile.


 

Crédit photo
Miseria-Pixabay
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