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Un pain pour la vraie vie

Philippe Jarry . 05 juin 2026

Dimanche 7 juin 2026 – Le Saint Sacrement du corps et du sang du Christ – Jn 6, 51-58

Quoi de plus communs que le pain et le vin ? Partagés par tant de cultures à travers le
monde, fruits d’un savoir-faire (faire du pain ou du vin cela s’apprend) qui peut donner lieu à des rites inscrits dans des traditions. Rites et traditions qui se transmettent pour la survie du groupe car le pain est nécessaire à la vie.
Aussi, lorsqu’au milieu d’un peuple en Palestine, un homme obtient qu’un pain abondant soit partagé pour nourrir une foule affamée, cet homme est aussitôt acclamé.
Pour cette foule, héritière d’une odyssée de 40 ans dans le désert après la sortie d’Égypte,
qui marquait son histoire, le pain a d’abord été le pain sans levain, pris en famille, à la hâte, avant une route longue, harassante : une route qui fut une véritable épreuve. Dans un pays désertique où rien ne pousse, comment faire du pain ? La foule humaine n’avait pas douté : c’était la sollicitude de Dieu qui avait donné un aliment en plein désert, un aliment jamais vu auparavant. « Qu’est-ce que c’est ? » (man hou, en hébreu) dirent-ils. D’où le nom de la « manne » donné à cette nourriture que les Hébreux trouvèrent ainsi chaque matin (Ex 16,15).
Longtemps après, en Palestine, à Cana, le vin vint à manquer lors d’un mariage. Peut-on imaginer une fête réussie s’il n’y a plus de vin ? L’homme de Nazareth, lorsque son heure fut venue, fit en sorte que le vin, le meilleur, arrive en abondance. Chacun vit alors sa coupe débor der. Signe montrant que Dieu est avec l’homme de Nazareth, un signe que l’auteur de l’évangile de Jean place au début de son récit (Jn 2,1-10).
Comment ne pas suivre un homme aussi convaincant, aussi attentif aux besoins de ses amis, de son peuple ? Nombreux furent ceux qui décidèrent de le suivre. Il parlait souvent de nourriture, mais faisait aussi comprendre que « l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».
Jusqu’au jour où tout changea. Il dit qu’il n’y avait pas que la Parole pour nourrir une vie : « Ma chair est la vraie nourriture et mon sang est la vraie boisson. » Des mots tellement nouveaux qu’ils furent incompréhensibles, inacceptables. On sait « qu’à partir de ce moment-là, beaucoup cessèrent de le suivre ».
Et nous sommes là, nous aussi aujourd’hui, comme au pied du mur. Nous entendrons ces mots nouveaux si, lors de la célébration de l’eucharistie, le prêtre veut bien dire tout haut les paroles de l’offertoire (pas couvertes par le chant d’une chorale !) : « Tu es béni, Seigneur, Dieu de l’univers, […] le pain que nous te présentons, fruit de la terre et du travail des hommes ; il deviendra pour nous le pain de la vie […]. »
Pain différent de la manne au désert. Il est produit de main d’hommes inscrits dans une société et partagé les uns avec les autres, mais il ouvre sur une vie toute autre. Car, de ce pain Jésus nous dit qu’il est sa chair qu’il nous invite à partager. « Prenez et mangez-en tous : ceci est mon corps livré pour vous. » Dès lors, ce pain est signe que Jésus appelle les êtres de chair nés de la chair et habités du souffle de Dieu que nous sommes à laisser la Parole nourrir et abreuver leur vie personnelle et sociale, pour que les relations que nous avons les uns avec les autres fassent de nous, êtres de chair, un seul corps animé de l’esprit du Christ.
Tout comme nombre de Juifs qui suivaient l’homme de Nazareth n’ont pu accepter ce basculement, aujourd’hui encore, la famille des croyants en Jésus-Christ se trouve divisée. Vérité ou symbole. « Tous » ne sont pas unis dans la même foi. Même s’ils se retrouvent autour de la table et diront que Jésus-Christ les nourrit par sa Parole et par sa Vie. Le Pain et le Vin sont là, sur la table, pour « Tous !»

Crédit photo
Couleur -Pixabay
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