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Actualités

Un langage à renouveler

Robert FAVROU . 21 août 2025

Mais pourquoi ce vocabulaire bien désuet, et souvent inadapté, dans nos célébrations ?

Comme beaucoup de foules rassemblées pour fêter l’Assomption, j’ai chanté ce refrain du psaume prévu dans la célébration : « Debout à la droite du Seigneur se tient la reine toute parée d’or. » À la réflexion, ces mots me sont apparus peu appropriés à Celle qui était fêtée en ce jour. Une « reine » ? Alors qu’elle se définit elle-même comme servante ! « Parée d’or » ? Étonnant pour la femme d’un simple charpentier ! « À la droite du Seigneur » ? Elle serait mise au rang de son Fils désigné comme « assis à la droite du Père » pour signifier sa glorification ? Une sorte de déification de Marie, comme la voient ceux qui l’identifient à une déesse, une sorte de quatrième personne de la Trinité ! Je retiens seulement « debout », l’attitude de Marie au pied de la croix, retenue par l’Évangéliste.

Ainsi ce refrain ne nous aide guère à porter un regard juste sur la première croyante telle que la reconnaît sa cousine lors de sa visite. Il en est de même du langage liturgique qui ne nous semble pas seulement obsolète mais déroutant parfois et inapproprié pour de nombreux croyants. C’est le sentiment exprimé par un ami qui  me faisant part, dans un récent courrier, de ses questions sur le langage liturgique. Partant de la joie quelque peu béate – sinon triomphante – manifestée face au record des baptêmes d’adultes à l’occasion de Pâques, il s’interroge sur le fait que ces baptêmes ne sont pas nécessairement suivis d’une pratique religieuse. Au point que l’expression de « baptêmes blues » – ainsi que l’évoque Charles Delez, un jésuite sociologue, semble avoir été forgée pour qualifier ce phénomène.

Le même estime qu’une des raisons de ce constat réside dans le fait que ces nouveaux baptisés ne trouvent pas, dans les communautés qui les accueillent, des célébrations ou des rencontres qui répondent à leurs attentes, formulées ou non. Se pose alors la question du langage liturgique qui, parfois, chez eux comme chez les enfants et les jeunes, largement absents des assemblées, peut s’apparenter à une langue étrangère.

Les remaniements apportés de temps en temps au Missel officiel par des Commissions spécialisées, chargées de rendre certains textes plus justes et plus accessibles, se révèlent parfois décevants. Ainsi, dans la dernière « mise à jour », avoir remis le mot « consubstantiel » pour l’appliquer à Jésus, le « repas des noces de l’agneau » pour désigner l’Eucharistie, « MON sacrifice » pour souligner que la Messe est d’abord le sacrifice du prêtre, ces exemples ne me semblent pas avoir apporté plus de lumière dans la célébration du rite dont la Tradition chrétienne assure qu’il est le centre de la vie chrétienne.

Les responsables de ces changements se justifient en arguant, outre les rappels des instances « romaines », de la nécessité d’une traduction plus juste des formules latines. La question se pose alors de savoir si une traduction littérale d’une langue à une autre est le plus adaptée. Je me tourne alors vers nos enseignants qui nous recommandaient, pour des versions latines ou grecques, de commencer par une traduction mot-à-mot, à l’aide du dictionnaire, avant de rédiger cette ébauche en langage courant. Il me semble que cette démarche serait la bienvenue pour une meilleure compréhension.

Cette démarche serait toutefois insuffisante. Pour être plus accessible, n’y aurait-il pas lieu d’actualiser davantage ce langage, tenant compte des situations vécues de la culture, ne serait-ce que dans les oraisons qui sont souvent décalées et même peu chrétiennes ? Il en est tant, en effet, qui consistent en une sorte de marchandage, visant à obtenir la récompense de nos efforts, la vie éternelle, ce qui est loin de l’attitude évangélique telle que Jésus la recommande. La prière, selon Lui, ne vise pas à faire changer Dieu, mais à ajuster notre volonté sur ses projets. Trop d’oraisons sont adressées au Dieu Seigneur, Tout-puissant, oubliant de préciser que cette puissance est avant tout celle de son Amour.

Il y a quelques décades, dans l’esprit du Concile, des revues liturgiques proposaient des oraisons et des préfaces nouvelles, incarnées et actualisées, en lien aussi avec les lectures bibliques du jour. Leur disparition vient-elle de recommandations invitant à « rentrer dans le rang » ? C’est ce qui semble s’être réalisé dans notre Pays, tandis que l’Allemagne, dans son Missel officiel, a maintenu ce renouvellement. Sous prétexte d’unité à sauvegarder, l’uniformité est-elle de mise alors que les différences culturelles pourraient entrer en ligne de compte en vue d’un langage plus accessible ?

N’ayant évidemment aucun titre pour donner des consignes en ce domaine et ne me revendiquant pas spécialiste, je pense toutefois exprimer des attentes partagées par nombre de chrétiens, présents ou absents de nos assemblées. Et je garde ce double objectif qui me paraît comme une bonne règle de conduite : « Ce n’est pas parce qu’une coutume a toujours existé qu’il faut la maintenir s’il est des raisons de ne pas la suivre. Et ce n’est pas parce qu’une nouveauté n’a pas encore existé qu’il ne faut pas l’envisager s’il est des raisons de la créer. »

 

Le 17 août 2025

Crédit photo
Image par Pedro Ivo Pereira Vieira Pedin de Pixabay
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