Paris, 6 avril 2026
Lors de la dernière assemblée de la CEF (Conférence des évêques de France) de mars
2026, les évêques ont adopté un nouveau dispositif, « Renaître », qui se substitue à
l'Instance d'indemnisation pour la reconnaissance et la réparation des victimes des
abus sexuels dans l'Église (INIRR) ; ils l’avaient mise en place à la suite de la publication
du rapport de la CIASE (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église) en
2021. La CCBF (Conférence catholique des baptisé·e·s francophones) ne peut que réagir
à cette manœuvre de l'épiscopat, dont la visée n’est pas claire et les modalités très
contestables.
Ce dispositif, qui se veut pérenne, est-il réellement à même de répondre aux attentes
des victimes d'abus sexuels dans l'Église ? À l'évidence, ce n'est pas le cas.
Les mesures présentées ne répondent en rien aux exigences de réparation des crimes
et délits qui sont dues aux victimes et que toutes sont en droit de les réclamer. Pis
encore, ce processus vise principalement à évacuer toute notion de responsabilité de la
hiérarchie catholique dans les actes commis, en invitant les victimes à repartir de zéro
et en prétendant les aider.
Ce nouveau dispositif :
- Est-il restauratif ? Pas pour les victimes pour lesquelles il ne s'agit pas de débuter
une nouvelle vie, mais de continuer difficilement une vie brisée par les abus. Leur
demande de justice n'est ni entendue, ni prise en compte.
-Est-il indépendant du système ecclésial ? Non, puisque l'indépendance proclamée
est, une fois de plus, battue en brèche par la procédure adoptée. Les décisions
d'indemnisation seront prises dans le cadre de cellules locales d’écoute, « en
association » avec les évêques et sous leur autorité.
- Est-il juste ? Le montant des indemnisations n’est plus du tout proportionnel aux
préjudices subis par les victimes. Il ne s'agit plus de réparer, mais d'aider. Aide bien
limitée, puisque les indemnisations ne seront que potentielles et conditionnées à
l'appréciation subjective des commissions nationales et locales, contrôlées par les
évêques qui les financeront. Ces indemnisations qui, étant donné les difficultés
budgétaires de la plupart des diocèses, seront, directement ou indirectement,assumées par les fidèles et au-delà pour peu que les dispositions d’exemptions fiscales
soient à nouveau mobilisées par l’institution ecclésiale.
Cette initiative de la CEF, inadaptée aux attentes des victimes, imprécise quant aux
modalités de son financement, dépendante en réalité du bon vouloir des évêques,
semble n’avoir pour objectif que de supprimer toute référence à la responsabilité
directe des abuseurs, à l'inaction coupable des évêques vis à vis des abuseurs, à faire
oublier que les préconisations de la CIASE ne seront pas prises en compte.
N’est-ce pas une façon de tourner la page des abus ?
Peut-on affirmer : « la CEF a parlé, le débat est clos » ? Rien de moins sûr, pour les
victimes, pour ceux qui les soutiennent, pour toute personne pour laquelle l’éthique la
plus élémentaire importe. Le déni et l'hypocrisie ne changent en rien la réalité cruelle…
des faits.