Dimanche 1er mars 2026 – 2e dimanche de Carême – Mt 17, 1-9
« Le visage de Jésus devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. » Sur la montagne où Jésus a emmené Pierre, Jacques et Jean, les trois disciples vivent un temps d’émerveillement. Là où nos yeux de contemporains du XXIe siècle peuvent ne voir qu’une mise en scène surréaliste, faite d’effets spéciaux plus ou moins spectaculaires, ceux de Simon-Pierre observent une vision céleste et y lisent un signe divin. Pierre pris d’enthousiasme n’a qu’une attente : suspendre le temps, le prolonger, identique, pour le goûter plus intensément : « Si tu le veux Seigneur, je vais dresser ici trois tentes. »
Ce récit de transfiguration fait appel à toute une suite d’images et de personnages de l’Ancien Testament qui éclaire, enrichit sa signification et concourent à révéler l’identité de Jésus. Le lieu n’est pas anodin : la montagne, c’est le lieu symbolique de la présence de Dieu, c’est donc à une expérience spirituelle édifiante que Jésus convie les disciples. Jésus transfiguré apparait lumineux comme « ce soleil de justice qui se lèvera, apportant la guérison dans son rayonnement » que le prophète Malachie annonçait (Mal 3, 20).
Deux figures majeures de l’Ancien Testament s’entretiennent avec Jésus quasiment d’égal à égal : Moïse qui a reçu la Loi dictée par le Seigneur au Mont Sinaï et Élie le prophète qui a restauré le respect de la Loi, lui dont le Seigneur s’est approché au Mont Horeb dans la douceur d’une brise légère. Mais seul Jésus brille. Désormais c’est Jésus qui va accomplir cette Loi, où compassion et don de soi auront la première place.
« Une nuée lumineuse les couvrit de son ombre » : belle métaphore pour parler de la présence mystérieuse de Dieu auprès de son peuple, la nuée qui accompagnait Israël dans la marche au désert. Une voix venue du ciel résonne ; Dieu parle : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. » Elle sonne comme une conclusion à la question posée peu de temps auparavant par Jésus à ses disciples : « Pour vous qui suis-je ? » (Mt 16, 15)
Voilà le titre de Jésus : Fils de Dieu, il est son héritier et son royaume est entraperçu à travers cette apparition glorieuse du Christ, comme une trouée momentanée dans le ciel. Elle n’a pas vocation, pour l’instant, à durer. Elle n’est que préfiguration de ce royaume des cieux. « Écoutez-le ! » résonne en écho à la première parole de la loi rapportée par Moïse : « Ecoute Israël, l’éternel ton Dieu est un. » (Dt 6,4. Désormais Jésus est celui que l’on doit écouter comme la Parole même de Dieu.
Cette vision est sans doute nécessaire à Pierre et aux disciples à qui Jésus vient d’annoncer sa passion et sa mise à mort, insupportable issue pour ceux qui le suivent et croient en sa royauté ici-bas. Pour les communautés naissantes de croyants auxquelles Matthieu s’adresse, c’est évidemment aussi le visage défiguré du Christ en croix qui est inacceptable. Comment alors concilier gloire et abaissement ?La passion ne prend sens qu’avec la résurrection. Préfigurée ici, elle se révèle déjà comme le projet de Dieu pour notre humanité, mystère divin qui nous dépasse, nous précède, nous donne à espérer.
Voilà tout un programme de méditation pour la marche vers Pâques que nous offre le temps de Carême : regarder le Christ glorieux transfiguré dans l’homme défiguré sur la croix, le roi des cieux dans l’humain déchu. Y reconnaître le même Seigneur, qui nous dit : « Relevez- vous ! », nous associant déjà à sa résurrection.