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Dimanche 31 décembre 2023 – La Sainte Famille – Luc 2, 22-40

On le sait : Jésus de Nazareth ne fut de loin pas un résident modèle de la Palestine occupée par les Romains, au point qu’il paya de sa vie sa position face aux pouvoirs établis, politique et religieux. Or, la famille de Jésus ne fut pas davantage un modèle de respectabilité : un projet de rupture de fiançailles ; un père nourricier qui n’est pas le père biologique ; un accouchement dans la précarité d’un voyage ; un fils unique ; un enfant qui fait une fugue ; en fin de compte le fils condamné et exécuté. Telle est, sinon la réalité historique des origines, du moins le tableau que peint Luc selon la règle de composition des biographies dans l’Antiquité : l’enfance est contée et imaginée de façon à prédire le destin exceptionnel du héros.

Dans la tradition catholique, cette famille est minimale, avec un seul enfant. C’est effacer plusieurs passages des évangile synoptiques qui font référence à quatre frères plus des sœurs. Selon la lecture protestante au contraire, Marie aurait eu après Jésus des enfants avec Joseph. Cette dernière hypothèse s’oppose au dogme catholique de la virginité perpétuelle. Ce n’est pas le lieu d’entrer dans une controverse stérile. Même si Jésus fut probablement l’aîné d’une famille nombreuse, il n’en serait en rien diminué. Une famille n’est pas davantage sainte parce qu’elle serait réduite à sa plus simple expression.

Là n’est pas l’objet de l’évangile du jour. Nous ne pouvons devenir images de Dieu qu’en établissant des relations selon l’image de la Trinité. Les rapports essentiels sont depuis toujours la conjugalité, la paternité, la maternité, la filiation. Les autres liens en découlent. Lorsque Jésus dit qu’il faut quitter père et mère pour le suivre, cela ne signifie pas que ces liens familiaux soient négligeables. Au contraire la comparaison souligne que nous sommes baptisés dans une seconde naissance, aussi englobante que la première.

Une famille (sainte) se construit dans la liberté du choix des parents qui, du moins à notre époque, ne sont plus en rien contraints comme ils le furent trop longtemps. Dans l’imagerie de Luc, Dieu n’est pas un seigneur aux arrêts arbitraires, mais l’énergie intelligente et amoureuse qui nous fait exister et nous élève vers notre plénitude : l’ange demande l’acquiescement de Marie toute seule quand elle dit "oui". Jésus, Marie et Joseph sont libres parce qu’ils coïncident avec leur propre authenticité, qui est divine. Cette autonomie de chacun est totalement respectée par les autres.

Dans cette famille comme dans toutes, personne n’appartient et ne doit appartenir à personne. Chacun reste au seuil du mystère de l’autre. Jésus n’est pas possédé par ses parents, mais il est destiné aux affaires de son Père. Toutes les familles peuvent et doivent imiter celle de Jésus. L’amour commence et se fonde dans le respect de l’autre en sa différence.

Crédit photo
Dorothée QUENNESSON de Pixabay
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