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Dimanche 7 janvier 2024 – Épiphanie du Seigneur - Matthieu 2, 1-12

L’homme d’aujourd’hui a été largement handicapé dans sa capacité à découvrir Dieu. Ce n’est pas qu’il soit athée. C’est qu’il est devenu « incapable de Dieu ». Lorsqu’un homme ou une femme ne recherche ou ne connaît l’amour que sous des formes décadentes, lorsque sa vie est exclusivement guidée par des intérêts égoïstes de profit ou de gain, quelque chose se dessèche dans son cœur.

Beaucoup mènent aujourd’hui un genre de vie qui les accable et les appauvrit. Vieillis prématurément, endurcis de l’intérieur, incapables de s’ouvrir à Dieu par la moindre fissure dans leur existence, ils traversent la vie sans la compagnie intérieure de personne.

Le théologien Alfred Delp, exécuté par les nazis, voyait dans ce « durcissement intérieur » le plus grand danger pour l’homme moderne : « Ainsi, l’homme cesse de lever les mains de son être vers les étoiles. L’incapacité de l’homme moderne à adorer, aimer et vénérer trouve sa cause dans son ambition démesurée et dans l’endurcissement de son existence. »

Cette incapacité à adorer Dieu s’est également emparée de nombreux croyants, qui ne cherchent qu’un « Dieu utile ». Ils ne s’intéressent qu’à un Dieu qui sert leurs projets individualistes. Dieu devient ainsi une « marchandise » dont on peut disposer au gré de ses convenances et de ses intérêts. Mais Dieu est autre chose. Dieu est l’Amour infini, incarné dans notre propre existence. Et devant ce Dieu, la première chose est l’adoration, la réjouissance, l’action de grâce.

Quand on l’oublie, le christianisme risque de devenir un gigantesque effort d’humanisation, et l’Église une institution toujours tendue, toujours accablée, toujours avec le sentiment de ne pas atteindre le succès moral pour lequel elle lutte et se bat.

Mais la foi chrétienne est avant tout une découverte de la bonté de Dieu, une expérience reconnaissante que lui seul sauve : le geste des mages devant l’Enfant de Bethléem exprime la première attitude de tout croyant devant Dieu fait homme.

Dieu existe. Il est là, au plus profond de nos vies. Il nous accueille. Nous ne sommes pas perdus au milieu de l’univers. Nous pouvons vivre dans la confiance. Devant un Dieu dont nous savons seulement qu’il est Amour, il ne peut y avoir que de la joie, de l’adoration et de l’action de grâce. C’est pourquoi, « quand un chrétien pense qu’il n’est même plus capable de prier, il doit au moins avoir de la joie ». (Ladislao Boros).
 

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

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