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Depuis deux chapitres, dans l’évangile de Marc, l’atmosphère est tendue. Jésus a annoncé par trois fois qu’il devait souffrir et mourir,

Dimanche 20 octobre 2024 – 29e dimanche du temps ordinaire –Mc 10, 35-45

Depuis deux chapitres, dans l’évangile de Marc, l’atmosphère est tendue. Jésus a annoncé par trois fois qu’il devait souffrir et mourir, et le chemin qu’il propose pour le suivre est tout bonnement impossible à l’homme. L’incompréhension, la peur et la rivalité règnent dans le groupe.

C’est dans cette ambiance que Jacques et Jean s’adressent à Jésus. Il faut savoir qu’en hébreu, la « Gloire de l’Éternel » est une expression consacrée pour parler de la présence de Dieu auprès de son peuple pour lui donner la vie. Jacques et Jean, particulièrement proches de Jésus et témoins de la Transfiguration, comprenaient bien cette notion qui n’a rien à voir avec les honneurs terrestres. Mais un peu comme Pierre qui voulait dresser trois tentes, Jacques et Jean veulent dès maintenant « réserver leur place ». Souhaitent-ils accompagner Jésus dans un au-delà saint et sacré, dans une position privilégiée au risque qu’elle les sépare de leurs compagnons ?

Le maître n'est pas choqué par leur demande et les plonge dans le bain des questions, sans jugement ni reproche. Le dialogue qui s'installe, si mystérieux soit-il, conduit Jacques et Jean à l'acceptation du chemin, incompréhensible, que Jésus leur a tracé pour le suivre.

La réaction des autres apôtres ramène brutalement chacun à une réalité humaine. La rivalité est perceptible, et nous lecteurs sommes piégés autant que les indignés par ce que nous percevons comme une audace abusive qui conduirait au favoritisme.

La reprise de parole de Jésus va révéler l’impasse de cette indignation. En considérant la demande de leurs amis selon les normes du monde, les apôtres pérennisent les rapports de domination existants dont découlent souffrance, perversion, tyrannie, et ils se mettent eux-mêmes en situation d'être abusés par leurs pairs. C’est cette perception des choses dont Jésus voudrait les délivrer.

Alors, Jésus apaise tout le monde en réorientant les regards qui s’étaient figés. Il bouleverse totalement la vision des uns et des autres, ainsi que la nôtre.

À partir de l’attente d'une place réservée dans le domaine séparé, intangible et inviolable du religieux, Jésus, en attirant leur attention sur des situations de l’expérience humaine, suscite le discernement de la juste place.

À partir d'une conception construite sur les rapports de pouvoir, Jésus renverse les représentations en donnant à voir lui-même une humanité au service les uns des autres.

 

Par la question « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » qu’il a posée à Jacques et Jean, et qu’il répète dans l’épisode suivant à l’aveugle Bartimée à qui il rétablit la vue, Jésus nous met face à notre liberté. Il nous ouvre les yeux sur des relations choisies d’humilité et de service, les seules capables de susciter la vie.

À qui nous interpelle, dans sa fragilité, saurons-nous aussi murmurer dans un souffle : « Que veux-tu que je fasse pour toi » ?

Crédit photo
Image par Sabine van Erp de Pixabay
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