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Dimanche 10 décembre 2023 – 2e dimanche de l’Avent – Marc 1, 1-8

Le début de l’évangile de Marc relate le baptême de Jésus, qui est sans doute un événement historique, puisque les quatre évangélistes et les Actes en parlent. Cela atteste qu’avant d’entreprendre sa prédication Jésus fut disciple de Jean, peut-être dans la mouvance essénienne adepte des ablutions rituelles. Évènement donc plutôt embarrassant pour les premières communautés chrétiennes, car Jésus semble subordonné à Jean. Dès lors, aussitôt le baptême réalisé, le récit devient symbolique : les Cieux s’ouvrent, une voix en descend et Jésus reçoit l’Esprit de Dieu.

Il s’agit du genre littéraire judaïque appelé midrash, c’est-à-dire une réécriture de textes bibliques auxquels le rédacteur donne une nouvelle signification par l’assemblage de citations qui étaient à l’époque familières aux lecteurs. C’est l’instant où Jésus devient conscient de sa vocation, annoncée par tout le Premier Testament. En acceptant d’être baptisé pour la « rémission des péchés », Jésus se situe dans le monde de la Chute et la clôt.

Tel fut le sens original de ce texte qui pose plusieurs problèmes à un auditoire actuel et qui se doit d’être éclairé lors de l’homélie. Au-delà de la critique exégétique, c’est surtout l’occasion de réfléchir au baptême chrétien dans la vision de celui de Jésus.

Pendant longtemps le sacrement du Baptême fut envisagé comme la libération des conséquences du péché originel, ce que celui de Jésus n’est manifestement pas. Il fallait baptiser d’urgence dès les premiers jours un nourrisson inconscient et transmettre à la famille le soin d’assumer la charge de l’éducation religieuse. Or le mythe du péché originel est de moins en moins compréhensible et compris : notre Droit civil bannit la responsabilité collective et la vendetta afin de limiter à chacun la responsabilité de ses actes. Dès lors, on aurait plutôt tendance aujourd’hui à conférer le baptême plus tard, à l’entrée de l’âge adulte, et de le comprendre comme le rite d’entrée dans une Église chrétienne (catholique, réformée ou orthodoxe) par un catéchumène conscient et libre.

Cependant cette nouvelle vision du rite peut sembler encore trop étroite. Le plus important pour un chrétien n’est pas son adhésion à une confession plutôt qu’une autre, car elle reproduit une tradition familiale à l’égard de laquelle le baptisé n’exerce guère de liberté. Puisque le même rite est commun aux trois confessions, il pourrait devenir, comme celui de Jésus, l’ouverture œcuménique à une réalité transcendant les Églises.

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