Aller au contenu principal

Actualités

La Samaritaine : imparfaite mais indispensable intermédiaire.

Christine TASSET . 05 mars 2026

Dimanche 8 mars 2026 – 3e dimanche de Carême – Jn 4, 5-42

Une des singularités de l’enseignement de Jésus par rapport au judaïsme de son époque est l’ouverture du salut du Seigneur aux non-Juifs. La première personne étrangère touchée par cette Bonne Nouvelle est la Samaritaine que Jésus a rencontrée près du puits de Jacob. 

L’Évangile de Jean propose cette ouverture universelle, à partir d’une mise en situation concrète qui ne passe pas par le truchement d’un homme particulièrement sage, pieux ou généreux, mais par la rencontre de Jésus avec une femme, samaritaine qui cumule bien des « handicaps » par rapport à sa place pour la diffusion de la Bonne nouvelle :

C’est une femme… Il était inconvenant pour un homme de s’adresser à une femme en l’absence de son mari. C’est une étrangère, une Samaritaine… Les Samaritains étaient particulièrement méprisés, voire honnis par les Juifs car ils avaient quelque peu oublié la Loi de Dieu et s’étaient mélangés avec d’autres populations (2 Rois 17,29-41). Elle va puiser de l’eau à l’heure la plus chaude de la journée alors que c’est le matin, ou le soir que les femmes se retrouvent autour des puits : c’est donc une marginale dans sa propre communauté… Sa marginalisation vient probablement de sa situation conjugale puisqu’elle a multiplié les maris. 

Ces handicaps ne sont pas une question pour Jésus qui entre en relation avec cette femme étrangère en lui demandant un service : « donne-moi à boire ».

Un dialogue s’en suit, le récit progresse. C’est maintenant au tour de la Samaritaine de demander de l’eau vive, jaillissante, donneuse de vie éternelle. Cette eau qui étanche la soif pour toujours.

Vient une interrogation sur le lieu où adorer Dieu, sur le mont Garizim (tradition des Samaritains) ou à Jérusalem (tradition juive) ?

On peut comprendre la phrase de Jésus « les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité » (v. 24) comme un dépassement des limites géographiques : le lieu de l’adoration que le Père souhaite est le cœur de chaque croyant, où qu’il se trouve.

Lorsque Jésus dit « Je le suis [le Messie], moi qui te parle », la réponse de la femme n’est pas en parole, mais en action. La Samaritaine retourne en ville et, toute crainte envolée, réussit à convaincre de nombreux habitants de venir, à leur tour, rencontrer Jésus. Certes, elle met en avant un élément qui la concerne personnellement, son statut marital, mais elle pose la question principale : « Ne serait-il pas le Messie ? » 

C’est bien la femme qui est l’intermédiaire de la première rencontre entre les Samaritains et Jésus. La rencontre a porté du fruit puisque le dernier verset met dans la bouche des Samaritains la confession selon laquelle Jésus est le sauveur du monde.

Il n’est pas indifférent que nous lisions ce récit de la Samaritaine aujourd’hui, le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, l’occasion de prier pour les femmes qui sont encore victimes de discriminations et de violences de par le monde. 

Dans ce passage de l’Évangile de Jean on voit que Jésus dépasse bien des frontières habituellement partagées dont celles d’hostilité entre peuples, de discrimination de genre et de morale sociale. Un appel inspirant à la liberté intérieure. Un véritable chemin pour marcher fermement vers Pâques.

 

Crédit photo
Détail du vitrail de la Samaritaine de la Cathédrale de Strasbourg
Image