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Quand Poutine affiche sa religion, renouant avec la vieille alliance du sabre et du goupillon…

Le Magnificat le proclame : « Le Seigneur renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. » Or les puissants se réclament trop souvent du Seigneur et occupent bien longtemps leurs trônes. Le journal Le Monde vient de publier une double page surprenante sur la religion ostentatoire de Vladimir Poutine. Distinguons bien sa « religion » de son éventuelle foi, un secret personnel, qui doit être respecté et dont on ne peut rien savoir. En revanche, il affiche très visiblement sa religion orthodoxe et entretient une relation étroite avec le patriarche de Moscou, qui le soutient en toute occasion au point d’approuver la guerre avec l’Ukraine.

Cette religion du pouvoir est un amalgame entre des rites, des déclarations, des réminiscences historiques, un panslavisme récurrent, un mépris de l’Occident qui aurait abandonné toute religion et toute morale. La guerre d’Ukraine a des relents de croisade qui aspire à s’étendre vers le reste de l’Europe considérée comme perdue pour la religion, qui est identifiée à une morale traditionnelle avec une fibre homophobe.

On rejoint avec Poutine la vieille alliance entre le sabre et le goupillon, la croix et la bannière, qui fut jadis la règle dans tous les pays, dits chrétiens. Dans cette configuration, les Églises sont réduites à des composantes de la culture nationale. Quand le pays était engagé dans un conflit, elles n’auraient pu le condamner sans abandonner leur fonction essentielle, sacraliser le pouvoir. Il descendait du Ciel et ne montait pas du peuple. Ce fut et c’est encore le propre d’une autocratie. La religion devient sa justification indispensable.

Il semble que Poutine s’adonne à la lecture de la Bible. Par malheur il y trouve ce qu’il faut pour favoriser sa surprenante religion. Le Livre de Josué raconte la conquête de la Palestine par Israël, avec l’impératif de purifier cette terre, en y supprimant toute vie, humaine et animale, par suite d’un commandement explicite du « Dieu » exprimé dans le Deutéronome. Cette justification des massacres et des destructions est incompatible avec le Nouveau Testament, qui prohibe la violence et qui fait une distinction radicale entre César et Dieu. Les esprits belliqueux opèrent une lecture sélective de la Bible en y cherchant ce qui justifie leurs penchants les plus violents. Il en est du reste de même du Coran et des islamistes.

Un esprit religieux n’est donc pas nécessairement pacifique. Non seulement la religion et la violence ne sont pas contradictoires, mais elles peuvent s’épauler et se justifier mutuellement. Il suffit qu’une confession se tourne vers ce qu’elle a de plus originel et apparemment de plus authentique pour justifier une régression dans la barbarie.

Cette religion devient la justification du nationalisme qui est sacralisé. Il existe une tentation permanente de condamner en apparence les atrocités, mais de démontrer ensuite qu’elles sont autant le fait de l’Ukraine que de la Russie. Pour voiler la responsabilité de l’agresseur, démontrer que l’agressé méritait bien de l’être.

La religion de Poutine est celle de la plupart des dirigeants du passé et de beaucoup de contemporains. Elle n’a rien à voir avec la foi qui incite à se préoccuper des pauvres, des affligés, des malades, des réprouvés. Elle en est non seulement une caricature mais une subversion totale. Elle sacralise la violence, la xénophobie, l’intolérance. Elle fut celle des Croisés, des guerres de religion, plus récemment des tortionnaires des camps de concentration, qui furent tous de soi-disant chrétiens persuadés que le massacre des Juifs était une œuvre pie. Sous nos yeux, l’Histoire non seulement se répète, mais elle bégaie.


Jacques Neirynck

Crédit photo
Moscou © aghyadnajjar @ Pixabay - Domaine public
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