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Actualités

Jacques Neirynck – La CCBF a perdu un ami 

Geneviève LE HIR . 01 août 2025


Jacques Neirynck est mort le 24 juillet, à l’âge de 93 ans. Chacun ici se souvient de son engagement fidèle à la CCBF, au bureau, et des articles et commentaires du dimanche qu’il nous adressait pour le site. Il nous faisait activement part de ses positions et il a contribué au renouvellement des célébrations, travaillant activement au lectionnaire de textes pour le Credo.

Difficile de retracer en quelques lignes le parcours de vie de Jacques Neirynck ! Faut-il parler de sa carrière d’enseignant à l’EPFL ?  de ses années comme conseiller national pour le Parti démocrate-chrétien (PDC) vaudois ? de ses romans ? Jacques Neirynck était doué d’un savoir qui embrassait presque toutes les branches de l’intelligence. Il imposait son charisme sur les sujets les plus divers concernant, la science, la mondialisation, le capitalisme, la défense des consommateurs, la foi, l’Église ou le dialogue interreligieux. Il plaidait pour la réconciliation de la foi et de la science et pour leur enrichissement mutuel. Presque tous les articles qu’il faisait paraître sur notre site embrassaient ces deux domaines, qu’il éclairait souvent avec son regard de citoyen suisse. 
En février 2023, il nous avait donné un texte au titre étonnant :  Si le pape était suisse. En voici quelques extraits :
Les meilleures organisations contemporaines jouissent d’une certaine dose de démocratie. L’institution vaticane se caractérise par une absence totale de démocratie. Il serait tout de même étonnant que les hommes aient fini par comprendre les vertus pratiques de l’État de droit, de la représentation parlementaire et de l’égalité des citoyens, quand l’Église devrait, par définition, se complaire dans une forme de gouvernement archaïque. […]

Si le pape était d’origine suisse, il ne serait ni meilleur, ni pire qu’un autre, mais il se comporterait sur un point bien précis, le respect de la démocratie autrement qu’un Argentin, un Allemand ou un Polonais, qui ont passé leur jeunesse dans des dictatures. Il ne suffit pas de se proclamer démocrate, il ne suffit pas de respecter en paroles les droits de l’homme, il faut encore en avoir expérimenté toutes les difficultés et tous les bénéfices. Sinon, on se croit démocrate et on se comporte en autocrate. La pratique de la démocratie requiert des réflexes qui résultent d’un long apprentissage. […]
Un pape suisse constitue donc une hypothèse de travail intéressante. Une façon crédible d’imaginer un pape qui aurait une culture profonde de la démocratie. Que ferait-il de surprenant ? Rien pour commencer. Un démocrate commence par se méfier de lui-même et par respecter l’ordre établi. Un démocrate se méfie des gesticulations de toute nature. Il ne tient surtout pas à attirer l’attention sur sa propre personne. Il exerce un service à la communauté, il ne se met pas en scène, il ne se prend pas au sérieux, il ne se croit pas omniscient. […]

En 2023 toujours, il invitait l’Église à élaborer une authentique mythologie en prise avec la planète mondialisée :

Est-ce que la mythologie d’inspiration chrétienne est encore instrumentale pour le millénaire qui vient ? On n’évoque jamais cette question mais on ne peut douter de la réponse. L’incapacité actuelle d’élaborer une authentique mythologie en prise avec la planète mondialisée pèse dans la déréliction des Églises chrétiennes, prisonnières d’une mythologie dépassée. 
C’est sans doute son mythe central qui est le plus mal ressenti : le Fils de Dieu sacrifié pour apaiser la colère du Père, irrité par le péché originel, un autre mythe fondateur devenu totalement incompréhensible. Dans un État de Droit contemporain, il n’existe ni vendetta séculaire, ni culpabilité collective, ni réparation par substitution. René Girard a définitivement démystifié le rite sacrificiel. La messe n’est plus compréhensible selon cette conception. […]

Paroles à méditer aujourd’hui encore par les baptisés francophones…

Crédit photo
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Neirynck
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