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Dimanche 5 mai 2024 – 6e dimanche de Pâques – Jn 15, 9-17

« L’amour d’Élohim s’est manifesté pour nous en ceci : Élohim a envoyé son fils unique dans l’univers, afin que nous vivions par lui.[1] » (I Jn 4,9). Message que porte également le récit johannique de la dernière soirée de Jésus avec les siens (littéralement : ceux qui lui sont particulièrement attachés), avant qu’il soit livré.

Jésus utilise la « vigne de Dieu » (cf. par exemple Is. 5, 1-10) comme métaphore des relations entre lui, le Père et les siens – ses disciples et nous, lecteurs ici et maintenant : il est la vigne, le Père est le vigneron et les siens sont les sarments. Tel le vigneron qui soigne les sarments de sa vigne, le Père prend soin des disciples qui demeurent en Jésus, pour qu’ils portent plus de fruit (Jn 15, 1-9). 

Jésus nous invite ainsi à partager sa joie pour que la nôtre soit en plénitude, à demeurer dans son agapé[2] en gardant ses commandements[3], comme il demeure lui-même dans l’agapé de son Père en gardant les commandements du Père. « Ceci est mon commandement afin que vous agapiez les uns les autres, comme je vous ai agapés[4]. » Il n’enjoint pas aux siens de faire telle ou telle chose, en l’occurrence de s’agaper les uns les autres. Mais, d’ailleurs, peut-on enjoindre cela dans le respect de l’autre ? Il les invite au contraire à se mettre en chemin vers un objectif eschatologique : l’agapé, qui rend perceptible la présence divine au plus intime de l’homme. À chacun de découvrir ce chemin en travaillant personnellement les écritures avec d’autres ! 

Et il précise : « Personne n’a une agapé plus grande que celle telle que quelqu’un pose son souffle de vie pour ses amis.4 » Poser et non pas donner, livrer[5], comme on le lit dans nombre de traductions. Le vocabulaire grec est clair. Ce verset ne valorise absolument pas une spiritualité tournée vers le sacrifice de soi pour l’autre. Au contraire, il souligne la fécondité d’une spiritualité tournée vers l’épanouissement mutuel que permet le partage avec l’autre de son souffle de vie. 

En prolongeant la métaphore développée pour la vigne, Jésus, la vigne, transmet par son enseignement sa joie – métaphore de la vie divine, de son agapé pour le Père – à ceux qui demeurent dans son agapé, les sarments. Invitation pour nous, lecteurs des évangiles, à laisser son enseignement, paroles et actes, irriguer notre vie et à contribuer à cette irrigation chez les autres. Le lavement des pieds (Jn 13, 4-12), placé par Jean durant cette dernière soirée de Jésus avec les siens, est signe du lien étroit entre vie sociale et vie spirituelle : celui qui le refuse n’aura pas part avec Jésus. Les chemins vers des relations nourries par les évangiles sont ainsi les chemins vers l’accomplissement, ensemble, de notre humanité en nourrissant la présence, au plus intime de chacun de nous, du souffle de vie insufflé par Adonaï dans les narines d’Adam (Gn 2, 7). 


 

[1] Traduction Chouraqui.

[2] Le grec dispose de quatre mots pour désigner des nuances de l’amour. agapé est utilisé par Jean pour désigner l’amour que Jésus porte à son Père et à ses disciples ; il désigne un sentiment différent de l’amour entre époux, de la passion et de l’amitié.

[3] Le mot grec est celui utilisé dans la traduction grecque dite des Septantes du Premier Testament, lorsqu’il est question des commandements d’Adonaï (cf. p. ex. Dt 4, 2).

[4] Traduction au plus près du grec.

[5]Le verbe grec utilisé ici (tithémi) porte le sens de poser, et pas ceux de donner, livrer exprimés en grec par d’autres mots.

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