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Du mais vu !

Monique Gourdy . 12 mars 2026

Dimanche 15 mars 2026 – 4 e dimanche de Carême – Jn 9, 1-41

Voilà une histoire haute en couleurs et riche en controverses que nous pouvons facilement nous représenter. C’est un événement extraordinaire que chacun cherche à comprendre et auquel tous vont être mêlés, de plus ou moins bon gré : Jésus et l’aveugle, ses parents, les disciples, les voisins et les autorités religieuses.

Mais voilà aussi un récit trop bien construit pour qu’il retranscrive avec exactitude des faits historiques. C’est une parabole. D’ailleurs l’aveugle n’a pas de nom. C’est le mot grec « anthropos », être humain, qui est employé pour le désigner. Cet homme est donc peut-être une femme et ce récit nous invite à nous identifier à lui, qui que nous soyons. 

Cet être est en manque d’autonomie et de liberté, donc en manque de pleine humanité, parce qu’en manque de lumière. Il n’a pas besoin de réparation, comme le suggère cette histoire de péché qui subsiste encore dans toutes les mentalités de l’époque (voire d’aujourd’hui), mais d’un supplément de création.

Dans cette culture pétrie de récits bibliques, tous les lecteurs de ce passage d’évangile reconnaissent les références au récit de la Genèse. Jésus se sert de terre, l’humus fertile, et de salive, c’est-à dire de ce qui sort de sa bouche, Parole et Souffle, pour en faire la boue qui fera advenir l’aveugle à sa pleine humanité.

Mais l’extraordinaire ne fait que commencer, car de cette boue, Jésus littéralement « oint » l’aveugle – c’est le verbe grec « khriô » qui est caché derrière la traduction « appliqua ». Puis Jésus l’envoie se laver. À l’aveugle de faire sa part pour enfin accéder à la lumière, c’est-à-dire à son humanité totale d’être vivant habité du souffle divin (Gn 2,7) et aimé par Dieu.

La suite de l’histoire fait intervenir toutes sortes de personnes avec leurs interrogations, mais aucune de leurs réponses n’est satisfaisante. Les voisins, par manque d’émerveillement, ne veulent pas le reconnaître. Les parents, par peur des autorités, se défaussent. Quant aux pharisiens, dont le rôle social était de savoir, leurs certitudes figées les enferment dans une cécité spirituelle.

Il n’y a que l’ancien aveugle, devenu pleinement homme, illuminé par l’onction reçue, dont les réponses sont magnifiques. La première : « C’est bien moi ! » qui traduit l’original grec « ego eimi », « je suis », est immense. Ce « Je suis » fait écho au nom de Dieu, que Dieu révèle lui-même à Moïse au buisson ardent. Seul Jésus l’avait employé auparavant pour se définir lui-même. Et sa dernière réponse, de pleine liberté : « Je crois Seigneur ! », face à Jésus qu’il voit maintenant, est tout aussi splendide.

Ce n’est rien moins que cela que nous propose cette parabole : accepter de Dieu le don de notre pleine humanité et lui répondre en pleine confiance pour accomplir notre mission d’apôtre.

Crédit photo
William Blake, Centre Yale d’Art britannique, New Haven
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