Dimanche 18 octobre 2026 – 29 e dimanche du temps ordinaire – Mt 22, 15-21
Les foules reconnaissent en Jésus, fils de David, un prophète qui vient au nom du Seigneur (Mt 21, 9-10). Au contraire, les chefs des prêtres et les anciens du peuple lui ont demandé, tandis qu’il enseignait dans le Temple : « Par quelle autorité fais-tu cela ? Et qui t’a donné cette autorité ? » Mais quand Jésus leur propose trois paraboles, ils les comprennent comme autant de métaphores de leur comportement (Mt 21, 45). Les Pharisiens cherchent alors à le prendre au piège en parole, et envoient vers lui leurs disciples, avec des partisans d’Hérode.
Les envoyés des Pharisiens disent à Jésus qu’il est un maître qui « enseigne en vérité le chemin de Dieu ». Le mot grec qu’ils utilisent (didaskalos) désigne celui qui enseigne et transmet un savoir, celui dont on reconnaît le savoir mais pas nécessairement l’autorité. Puis ils lui posent une question sous une forme impersonnelle : « Est-il permis de donner le cens(1) à César, ou non ? » Ce qui concerne le chemin de Dieu serait-il, pour eux, un savoir normatif qui permet de décider ce qu’il faut faire dans telle ou telle situation ?
Jésus ne se laisse pas enfermer dans le rôle que lui proposent ses interlocuteurs, celui du maître qui répond de façon normative et impersonnelle. Au contraire, il part de la réalité quotidienne de ses interlocuteurs, et leur fait constater que la pièce utilisée pour payer le cens est à l’effigie de César ;
puis il les invite à un discernement personnel et collectif : « Rendez à César les [choses] de César et à Dieu les [choses] de Dieu. »
À chacun de discerner personnellement et pour sa part entre ce qui concerne César, le pouvoir temporel, et ce qui est de l’ordre du divin, la vie spirituelle, mais aussi de veiller à ce qui les relie nécessairement. Discernement certes crucial dans le contexte des années 70 à 90, lorsque ce texte a été rédigé peu après la révolte juive contre les Romains et la destruction du Second Temple Jérusalem. Mais discernement qui reste fondamental, et que chacun de nous, lecteurs de l’évangile ici et maintenant, est invité à faire dans sa vie personnelle.
À travers ce bref dialogue entre Jésus et les envoyés des Pharisiens, l’évangéliste nous rappelle que l’enseignement de Jésus n’est pas une réponse « prête à l’emploi » que l’on appliquerait en obéissant sans réfléchir, mais au contraire une parole qui nous accompagne, une parole qui éclaire nos choix au cas par cas. D’ailleurs, le mot grec(2) utilisé pour caractériser la démarche des interlocuteurs de Jésus (« me mettre à l’épreuve ») est celui qui caractérisait le diable lors de la tentation au désert (Mt 4, 1-3). Signe que, au-delà de la polémique entre Jésus et les chefs des prêtres, rechercher dans l’enseignement de Jésus – et plus généralement dans les Écritures – une réponse « prête à l’emploi » est une mise à l’épreuve de la parole divine, comme le fit le Tentateur au désert. N’en est-il d’ailleurs pas de même lorsque nous demandons à l’Église une réponse « prête à l’emploi » ?
Au contraire, travailler, méditer, prier les Écritures, seul et avec d’autres, nous permet de discerner, au cas par cas, comment agir pour donner sa place au divin qui est au plus intime de chacun (Gn 2, 7), et répondre ainsi à l’invitation de choisir la Vie (Dt 30, 19).
1 Le cens est un impôt romain
2 peirazô : « éprouver, tenter » (v. 18)