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Royaume des Cieux, le grand remplacement

Vianney DANET . 08 octobre 2026

Dimanche 11 octobre 2026 – 28 e dimanche du temps ordinaire – Mt 22, 1-14

Depuis plusieurs semaines, les passages de l’évangile de Matthieu lus durant les célébrations dominicales nous annoncent le Royaume des Cieux. Une telle annonce est l’objet des paraboles que Jésus a utilisées pour suggérer ce que cette expression peut évoquer, notamment en s’adressant aux grands prêtres et aux Pharisiens.

Aujourd’hui il s’agit d’une noce et des invités. Comment remplir les places du banquet ? En toute logique les invités aux noces devraient être heureux de s’y rendre, mais ici l’histoire s’inverse. Ceux qui ont le carton d’invitation, avec le bon de soupe, refusent de participer à la fête. Matthieu, qui adresse son évangile aux autorités juives, cible ces hommes sceptiques, englués dans leurs rites, incapables de voir « la libération » que Jésus apporte au peuple d’Israël… et bien au-delà.
Chez Luc (14, 15-24), le maître « courroucé » envoie aussitôt son serviteur « par les places et les rues » chercher de nouveaux convives. Matthieu, dans sa radicalité, nous décrit des invités cruels, allant jusqu’à maltraiter et tuer les serviteurs, et, en réponse à cela, un roi qui fait périr les meurtriers et incendier leur ville. Voilà ce qu’il adviendra à ceux qui refusent de répondre à l’invitation du Seigneur !
Une description bien terrifiante où Matthieu ne craint pas les images violentes qui peuvent secouer son auditoire !
L’évangile de Matthieu apparaît dans la deuxième moitié du 1er  siècle et l’espérance du Royaume de Dieu peut se rapprocher de l’attente du retour de Jésus. Les paraboles qui relatent ou s’appuient sur des scènes de la vie courante nous rapprochent du Royaume et le rendent présent. Cette proximité invite à la conversion, ici et maintenant, pour participer à la venue de ce Royaume en vivant ainsi que les béatitudes nous y invitent (Mt 5, 1-11). Riche enseignement et profonde interrogation, aujourd’hui, pour ceux qui veulent voir un ciel qui nous est promis pour plus tard et sous conditions. Exigences tout aussi fortes pour ceux qui veulent voir advenir maintenant ce Royaume, comme Jésus au milieu de nous lorsque nous sommes réunis en son nom.
Royaume proche, mais constitué de quel peuple ? Puisque les invités refusent de venir, ce seront les « mauvais comme les bons » qui rempliront la salle. Nous pourrions dire, aujourd’hui, toutes et tous, toute l’humanité ainsi rassemblée, et donc les mendiants, les migrants, les traders, les victimes de tous les abus, les homosexuels comme les hétérosexuels, les éclopés, les isolés, les fêtards, les riches à milliards, et les petites mains qui travaillent dans l’ombre comme les stars qui sont sous le feu des projecteurs… Matthieu martèle ainsi que Jésus est là pour tous sans exclusive, « tous appelés ».
Mais voilà un rebondissement dans cette histoire que l’on pensait achevée. Elle se termine sur l’intransigeance du roi qui ordonne : « jetez-le, pieds et poings liés... » pour ce malheureux qui n’a pas revêtu « le vêtement de noce ». Dans la tradition juive ce vêtement est offert par le maître, ici par le Seigneur lui-même, et « ne pas le porter est signe du refus de la grâce » (Jésus selon Matthieu de Colette et Jean Paul Deremble). Cette fin de la parabole peut nous paraître extrêmement dure : « Là il y aura des pleurs et des grincements de dents. Car beaucoup sont appelés mais peu sont élus. » La tentation peut être de devenir fataliste : nous ne serions que le jouet de Dieu, à sa merci sans choix personnel. Je pense au contraire – et c’est ce que Matthieu appelle la « justice » – que le Seigneur nous laisse libres et responsables de nous ajuster ou non à son invitation. Quelle que soit notre condition, nous sommes
finalement tous invités au banquet. Invités, nous pouvons répondre par notre présence ou notre absence. Nous ne pouvons être exclus du Royaume que si nous faisons tout pour ne pas être de la fête, jusqu’à offenser les bras ouverts du maître. Dans tous les cas nous sommes responsables de nos choix et devons en assumer les conséquences.
Ainsi, ensemble réunis autour de la Table nous pouvons participer au Royaume, participer à la vie de l’Église, à travers la synodalité que le Vatican nous a expressément invités à pratiquer et que l’Église de France est bien timorée à promouvoir. En suivant Matthieu, nous comprenons que c’est à nous, baptisés
dans le Christ, de mettre en œuvre la synodalité, si nécessaire à notre Église pour participer au banquet et rejoindre le Royaume annoncé.

 

Crédit photo
StockSnap - Pixabay
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