Dimanche 4 octobre 2026 – 27e dimanche du temps ordinaire – Mt 21, 33-43
Est-il possible qu’un charpentier de province comme Jésus de Nazareth fasse la leçon aux esprits les plus éminents d’une nation, anciens reconnus et grands prêtres du Temple ? C’est pourtant ce que nous rapporte le rédacteur de ce texte d’évangile. Et quelle leçon !
Le décryptage de la parabole est limpide : le Seigneur de la propriété viticole, c’est le Dieu d’Israël. Les vignerons qui cultivent et récoltent, ce sont les responsables du peuple juif. Les hommes de Dieu, les « serviteurs » du propriétaire, ce sont les prophètes. Ils sont depuis toujours, et encore aujourd’hui, écartés violemment par les hommes au pouvoir qui ne cherchent que leur profit. « Vignerons malhonnêtes et criminels », voilà comment Jésus traite les autorités de son peuple. Et encore, « bâtisseurs incompétents qui écartent la pièce essentielle pour la tenue de leur construction ». Et ceux à qui Jésus s’adresse le comprennent immédiatement (v. 45)
Jésus a beaucoup utilisé le langage imagé des paraboles pour proposer à ses amis et ses interlocuteurs des clés de compréhension de sa pensée. Les évangélistes en ont gardé la mémoire et il est probable que plusieurs de ces paraboles portent le sceau de paroles authentiques de Jésus. Elles puisent dans les images de son temps, son pays, ses objets et ses coutumes. Elles correspondent aussi à un style rhétorique d’une époque qui n’est pas la nôtre mais nous sommes toujours capables d’en apprécier pleinement la saveur.
En tous cas, bien que la parabole en polisse un peu les aspérités, la pensée de Jésus à l’égard des hommes de pouvoir d’Israël est claire : ils sont incompétents et corrompus. L’enjeu est clairement affirmé à la fin du texte : « Le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. » Et, de fait, il provoque leur violence quand il révèle ainsi leur inaptitude à exercer un magistère à la hauteur des défis politiques, culturels et spirituels de leur temps (v .46). Dans un pays occupé par la puissance militaire de Rome, divisé par des courants politiques et religieux divergents, dans une société qui attend l’accomplissement d’une promesse particulière qui est celle du secours de son Dieu par un Envoyé, les paraboles du Galiléen agissent comme un révélateur puissant de ce qui est juste et de ce qui est inadmissible. Elles le situent immédiatement dans la lignée prophétique d’Israël, dont beaucoup se demandaient alors si elle n’était pas éteinte.
Le Royaume de Dieu est d’ailleurs une expression singulière de Jésus, qui désigne une réalité à la fois virtuelle et pourtant déjà présente. Le Royaume n’est pas l’espace où s’exerce un pouvoir particulier. Il est le lieu d’accomplissement de la promesse, l’espace de la justice (la justesse) des relations entre Dieu et l’humanité. Une humanité réconciliée avec tout le créé. Dans le Royaume, les béatitudes jouent pleinement. Et les jeux de pouvoirs, l’exercice des convoitises, les illusions de la renommée n’y ont plus de sens. Il n’est donc pas étonnant que les maîtres de ce monde n’en aient pas les clés : aucune puissance, politique, intellectuelle, économique, religieuse ne peut en être un chemin d’accès.
Jésus, homme juste qui a mis l’entièreté de sa personne dans l’annonce du Royaume, voyait clairement ce que pouvaient recouvrir les comportements calculateurs de ceux qu’il rencontrait, tant au niveau individuel qu’au niveau des groupes de leurs semblables. Les évangiles laissent transparaître qu’il montrait une connaissance de l’humain qui est bien au-delà d’une sagesse. Mais jamais il n’en fait un instrument de pouvoir ou de séduction. La liberté intérieure de ses amis et de ses interlocuteurs n’est jamais menacée. Si quelque puissance de retournement ou de guérison semble l’habiter, il renvoie toujours à celui qu’il appelle Père et qui est le Dieu auquel Israël a toujours en dernier ressort accordé sa foi, un Dieu qui vient relever les accablés et les rejetés.
À la fois Fils de Dieu et Fils de l’homme, nous le reconnaissons comme Christ et Messie, lui qui ne cesse de révéler le Père. Mais c’est toujours dans son humanité aboutie qu’il nous rejoint et nous interpelle.