Dimanche 20 septembre 2026 – 25e dimanche du temps ordinaire – Mt 20, 1-16
Le texte de l’Évangile d’aujourd’hui est placé entre la demande de Pierre concernant l’avenir : « quelle sera notre part dans le Royaume ? » (Mt 19,27) et celle de la mère de Jacques et Jean : « que mes fils siègent à ta gauche et ta droite… » (Mt 20, 21). Après la question de Pierre, Jésus propose une parabole : « Le Royaume des Cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne… »
Au premier abord, cette parabole semble correspondre à une pratique habituelle à cette époque, l’embauche à la journée d’ouvriers pour travailler sur un domaine, en convenant d’un salaire pour la journée en cours. Le maître sort plusieurs fois dans la journée pour différentes embauches, lors desquelles il prend en compte non seulement la tâche à effectuer mais aussi la dignité et les besoins de chacun des ouvriers qu’il rencontre. Et le soir venu, il donne à chacun le salaire convenu, qui se trouve être le même pour chacun, quelle que soit l’heure à laquelle il a été embauché.
Passage d’une conception de la justice, telle que celle décrite dans notre code du travail, à une autre, basée sur le respect de la parole donnée. Une parole qui s’inscrit dans une relation entre personnes égales en humanité !
L’attitude du maître du domaine est invitation à une autre manière de penser le Royaume de Dieu, invitation à cheminer vers une véritable conversion !
Bien sûr, nous comprenons bien que derrière cette parabole imagée, ce sont certains propriétaires qui sont mis en question, mais aussi des disciples qui se croyaient les meilleurs, cherchant à réserver leur place puisqu’ils étaient avec Jésus. Beaucoup avaient du mal à admettre que l’amour de Dieu était offert aussi aux païens ou aux publicains, ou même au « bon larron » (Lc 23,35-43) au même titre qu’à eux, les fidèles.
On comprend quelle conversion des mentalités et des comportements nous – disciples d’alors et de maintenant – sommes invités à réaliser pour nous ajuster le plus possible à la bonté de Dieu.
À travers les récits qui précèdent le troisième avertissement de la passion de Jésus, on peut voir le grand souci qu’a Jésus de changer le regard de ses disciples. Il part de situations de son époque comme « le débiteur impitoyable », ou cet envoi à la vigne du Maître…Encore une fois, il n’explique rien mais essaie de montrer que la logique humaine n’est pas celle de l’amour du Père !
Une seule chose compte : la confiance totale en son amour, comme cette confiance totale qu’ont eu les serviteurs appelés à la dernière heure en se rendant à la vigne avec la promesse d’une parole donnée, et non dans l’attente d’une récompense évaluée en fonction de la quantité de travail accompli !
Et nous, dans tout ça ?
Comment nous parle cette image du maître du domaine qui a besoin d’ouvriers… d’ouvriers nombreux pour sa vigne… d’ouvriers à toute heure ? À nous qui essayons d’être chrétiens dans le monde d’aujourd’hui ? Sommes-nous très différents de tous ces disciples qui attendaient une juste rétribution pour leur travail et posent la question à Jésus ?
Que signifie d’ailleurs une juste rétribution pour Jésus ? C’est peut-être une justice qui n’oublie pas l’humain, et qui s’appuie sur la générosité infinie du Père : « Alors le prochain n'est pas seulement un être humain avec ses droits et son égalité fondamentale à l'égard de tous, mais il devient l'image vivante de Dieu le Père, rachetée par le sang du Christ et objet de l'action constante de l'Esprit Saint […].[1] »
Et si nous ne comprenons pas tout, laissons-nous guider par la confiance en cette Parole qui nous est donnée et qui nous pousse à cheminer vers le Royaume !
[1] Compendium doctrine sociale de l’Église, ch. 6 Principe de solidarité §196