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Dieu aurait-il une maison ?

Bernard Contraires . 07 novembre 2025

Dimanche 9 novembre 2025 – Dédicace de la Basilique du Latran – Jean 2,13-22

Dans ce fragment de l’évangile de Jean, Jésus défend avec force l’intégrité de la « maison de son Père ». Dieu aurait-il une maison ? 

Les disciples du Baptiste qui suivent Jésus pour la première fois lui demandent : « Où demeures-tu ? » Jésus leur répond : « Venez et vous verrez. » Mais l’évangéliste ne fournit aucune information sur la maison de Jésus. Les évangiles synoptiques, de leur côté, font quelques allusions à la « maison » où Jésus rentre, plutôt la maison de Simon-Pierre… Ce qui est le plus probable, c’est que Jésus a vécu quelques années d’itinérance en étant accueilli ici et là, avec ses disciples, dans des maisons amies comme celle de Marthe et Marie. Mais s’il ne parle jamais de « sa maison », par contre il va faire un geste fort dans la « maison de Dieu », le Temple de Jérusalem.

Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus emmène ses disciples au Temple de Jérusalem qui est alors un foyer de convergence magnifique pour tous les Juifs du Moyen Orient. On y croise les étals des marchands d’animaux destinés aux sacrifices, selon les pratiques rituelles très anciennes. Et en même temps des changeurs qui permettent de vendre ou d’acheter ces animaux avec un argent « pur ». 
Jésus, pris d’une colère violente, renverse tout ce dispositif : faire de la « maison de son Père » une maison de commerce lui paraît blasphématoire ! Mais le Temple de Jérusalem est-il vraiment pour lui la maison de Dieu ? Comme souvent, son entourage ne comprend pas la source ni le sens de ses actes et de ses paroles. À ceux qui lui demandent le pourquoi de son geste, il désigne le véritable lieu sacré de la présence divine : pour lui, aucune maison élevée par les hommes ne peut prétendre être le lieu essentiel de la rencontre avec le Père. Surtout quand elle devient le lieu de commerces douteux. Le Temple de la présence divine n’est pas ce monument prestigieux vers qui tous convergent avec admiration et dévotion. Les professionnels de la religion, les gardiens du Temple qui surveillent ce Galiléen et ses amis ont enfin trouvé matière à le condamner et à le faire disparaître de façon éclatante et définitive. Jésus ne peut l’ignorer. Il sait que sa vie va basculer et il proclame sa confiance que le Père, qui n’est lié à aucune maison ni aucune pratique religieuse, ne peut l’abandonner.

Alors, si nous devions concevoir aujourd’hui une théologie selon le Christ de l’évangile, elle renverserait toujours les tables de nos objets sacrés et notre prétention de pouvoir trouver enfin le lieu assuré de nos saluts. Dans la confiance que son esprit nous a transmis, nous pouvons un peu lever le voile : c’est au-delà de nos vies que se joue le cœur de notre foi. La voie du Christ passe par l’abandon de nos assurances, de nos certitudes, de nos abris. 
Et quand bien même il ne resterait pierre sur pierre de nos constructions humaines, nous serons relevés avec lui. Car Jésus poursuit son enseignement à mots à peine couverts : « Détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le relèverai ! » Disciples d’après Pâques, n’avons-nous pas compris que le seul véritable sanctuaire, la maison du Père, c’est le corps du Crucifié-Ressuscité, le corps qui nous rassemble en lui, le corps qui veut rassembler tous nos frères humains ?

Crédit photo
https://www.flickr.com Jean-Pierre Dalbéra
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