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Dimanche 17 décembre 2023 – 3e dimanche de l’Avent – Jean 1, 6-8. 19-28

« À l’endroit où Jean baptisait », nous sommes sur une terre de contraste, entre Jourdain et désert, entre eau et sable, entre eau vive et mer morte, entre chaleur lumineuse et fraîcheur nocturne. Dans un lieu plus près de Qumran que de Jérusalem, plus proche des Esséniens, que des chefs religieux juifs. Des contrastes propices à une conversion.

L’évangile de Jean débute par ce baptême de Jean le Baptiste à « Béthanie au-delà du Jourdain » en Cisjordanie. Jean ne décrit pas ce baptême comme les autres évangélistes. Les événements de la vie de Jésus n’ont d’intérêt pour lui que par les signes et le sens qu’ils apportent aux disciples et aux premières communautés. Il est centré sur le témoignage de Jean le Baptiste qui, sans doute par l’affluence qu’il draine, interroge et inquiète les prêtres et lévites envoyés de Jérusalem. À cette simple question « qui es-tu », vient en réponse une identité, une destinée, une nouvelle naissance, portées par une voix.

L’évangile de ce dimanche saute les versets 9 à 18 où Jean nous parle du « Verbe », parole de Dieu qui donne vie, et qui s’est faite chair par Jésus. Ainsi Jésus est déjà désigné dans son lien à Dieu et marqué par sa divinité. Le verbe, parole de Dieu, parole de vie, est en contraste avec la voix qui n’est qu’annonce de celui qui donne vie. Le baptême par l’eau devient une étape certes revigorante, mais qui ne vaut qu’en emmenant au baptême par l’Esprit source de vie. Ainsi Jean le Baptiste s’exprime en témoin, venant annoncer celui qui vient derrière lui, mais plus grand que lui. Le premier disciple est d’abord un témoin, à la différence des disciples qui vont suivre Jésus.

Pour nous aujourd’hui, qui sommes-nous, de qui témoignons nous, pouvons-nous entendre une voix qui crie dans le désert ? Au milieu du vacarme des armes, des haines, des atrocités, des souffrances qui parcourent notre humanité avec une force et une vitesse vertigineuse, nous sommes évidemment désemparés, désorientés. En cette approche de Noël deux faits me viennent en mémoire. D’abord le Noël 1914 où dans les tranchées des soldats allemands, français, anglais, se sont levés, se sont rapprochés les uns des autres, se sont écoutés. Ceci sans ordre, dans une conversion de la haine en fraternité. Devenant ainsi témoins de la paix qui pourrait advenir, et à laquelle ils aspiraient, sans doute, sachant combien la vie vaut mieux que la haine. C’est une lumière lointaine et si proche. Lumière éteinte par les états-majors des deux camps qui ont tout fait pour qu’une telle fraternité ne puisse se renouveler en 2015.

L’autre fait, plus personnel, est l’expression d’un petit fils qui dit à sa grand-mère : « Jésus est mon ami. » Sur ce, son cousin non baptisé lui chante : « Tu es devenu enfant de Dieu et frère de Jésus. » Le premier, qui a trois frères, dit : « Non pas frère, Jésus n’a pas de frère, c’est mon ami. » Quand on a deux frères aînés, on fait bien la différence entre frères et ami. L’ami qui vient derrière, et devant qui on veut bien s’effacer en toute confiance.

« Aplanissez le chemin » est ainsi un acte personnel et collectif. Découvrons que celui ou celle qui est plus grand que nous, et nous fait grandir, peut venir derrière nous. N’ayons pas crainte d’en annoncer les bienfaits, malgré l’immersion dans l’eau qui, aujourd’hui, pourrait nous glacer. 

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