Dimanche 3 mai 2026– 5e dimanche de Pâques – Jn14, 1-12
Un journaliste demande un jour à Madame Mc Enroe, mère du grand champion de tennis : « Qu’est-ce que cela vous fait d’être la maman d’un dieu du tennis ? Réponse : « Un dieu du tennis ?? Alors vous savez, en tous cas chez moi, c’est dieu qui descend les poubelles ! »
Diviniser un sportif, un astre de la littérature, de la finance, de la mode ou de tout autre activité humaine qui suscite l’admiration est courant dans le langage des médias. Cela implique que nous pensons savoir ce qu’est un « dieu » : un personnage tellement fortiche que n’importe qui aimerait lui ressembler ou devenir son dévot, on dira son « follower ».
Mais les disciples de Jésus sont certainement des Juifs pieux et ils ont une conception de la divinité moins triviale. Ils savent que Dieu est le tout Autre, qu’on ne peut l’approcher sans se voiler la face, que son Nom ne peut être prononcé ni même précisément écrit. Et que le fossé entre humanité et divinité est un espace infranchissable par tout être humain vivant.
Ce dimanche, on voit Jésus aux prises avec les siens qui s’interrogent sur sa vraie nature, l’étendue de son pouvoir, ses projets, sa trajectoire. C’est bien sûr un texte profondément théologique longuement médité par ses rédacteurs (la communauté johannique), et qui ouvre bien des espaces de réflexions. Pourtant, Thomas et Philippe sont comme nous, et se posent les questions qui souvent nous assaillent.
Thomas : « Mais Jésus enfin, où vas-tu ? Dans quel chemin allons-nous te suivre ? » Jésus : « Je suis le chemin. » Nous connaissons ce poème de Machado : « Caminante, no hay camino… » « Toi qui chemines, il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant... »
Jésus ajoute : éJje suis la Vérité, je suis la Vie. » Le chemin n’est pas une trajectoire balisée comme un corpus de prescriptions, un catéchisme bien appliqué, une liturgie réussie. Le chemin est intensément lié à la Vie, la Vie est toujours création, nouveauté, et sa Vérité se découvre chemin faisant. Qu’on se rappelle ici un autre passage de l’évangile de Jean : « Lève-toi, prend ton brancard et marche ! » Même si c’est un jour de sabbat ! (Jn 4,43-54). La voie du Christ est à vivre dans la profondeur de notre vérité, et c’est un chemin de libération, toujours à reprendre, de nos grabats, de nos brancards, de nos grands biens, de tout ce qui nous englue.
Philippe : « Montre-nous le Père ! Cela nous suffit. »
Jésus : « Je suis dans le Père et le Père est en moi ! Qui me voit, voit le Père. »
À Pauline, une correspondante qui lui demandait « comment voir Dieu ? » Augustin d’Hippone répond d’abord en la renvoyant à un passage de Matthieu (5, 8) « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu », tout en lui proposant de prendre cette parole au sérieux. Un cœur pur, peut-être pouvons-nous aujourd’hui traduire cela par un cœur simple. Jésus n’était pas un théologien spéculatif et ne s’était pas entouré de savants. Jésus était certainement un homme très cultivé, capable de discuter avec les docteurs pharisiens, mais il confondait davantage ses interlocuteurs par sa simplicité que par des complications. C’est pourquoi la question de Philippe (et de Pauline) le surprend : « Tu ne crois donc pas que le Père demeure en moi et fait ses propres œuvres ! »
Il nous renvoie donc simplement à ce qu’il a réalisé : le relèvement de ceux qui étaient à terre, la joie de ceux qui étaient affligés, la guérison des exclus, l’espérance pour les pauvres.
Alors finalement nous voilà provoqués à voir Dieu agissant par nous, dans une société et un monde où la possibilité de grandes œuvres s’offre à chacun.
Car Jésus nous a laissé la plénitude de l’esprit de son Père en nous quittant. Afin que nous soyons libres, et toujours à même d’inventer notre chemin de Vie et le partager avec un cœur simple.