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Veillez à semer aux bons endroits

Philippe Jarry . 11 juillet 2026

Dimanche 12 juillet 2026 – 15e dimanche du temps ordinaire – Mt 13, 1-23

Ainsi, le semeur est sorti pour semer. Quoi de plus naturel puisque c’est son travail. On l’imagine, jetant la semence avec ce geste large et magnifique. Mais, voilà ! Il est à la fois désinvolte, malhabile et ne se préoccupe guère du résultat. Aussi, gaspille-t-il régulièrement des semences ! Exemple d’un travail pour le moins approximatif, même si l’on peut l’admirer pour son obstination à sortir.

On nous explique le plus souvent cette parabole en mettant à l’œuvre le Seigneur lui-même, la semence étant sa Parole. Et, ce qui est curieux, celui qui nous donne cette histoire à méditer confirme que le travail n’est pas vraiment couronné de succès !

Ce n’est pourtant pas comme cela que j’entends ce récit. Car Celui qui est sorti pour semer a passé son temps dans les pierriers, les ronciers et les chemins. Il a plus rarement arpenté ‘la bonne terre’, après qu’elle a été soigneusement travaillée. Telle est la réalité de ce qui nous est rapporté dans l’évangile. C’est ce qu’Il a fait constamment.

Sur les chemins de Galilée, Judée, Samarie, dans les territoires de Nephtali et de Zabulon, de Tyr et de Sidon, et vers Emmaüs… Dans les ronciers : à commencer par la synagogue de Capharnaüm (au point qu’on a voulu le faire périr sans retard), devant le Sanhédrin à Jérusalem, dans le palais d’Hérode et celui de Pilate, sur le Golgotha… Ou sur un terrain jonché de pierres, commode pour la lapidation d’une pauvre femme…

Et pourtant, si ‘les bonnes terres’ produisent du fruit en abondance, les chemins, les pierriers et les ronciers parcourus par ce Semeur ont vu apparaître des fruits magnifiques.

Il fallait semer sur un chemin de l’impie Samarie pour qu’une femme qui se rendait au puits puisse entendre la Parole. Il fallait semer sur la route de Damas pour faire éclore le grand apôtre Paul. Il fallait marcher sur la route d’Emmaüs pour faire surgir la lumière au milieu du désespoir et de textes obscurs.

Il fallait approcher les ronciers du Pouvoir pour faire parler Nicodème, pour éveiller l’épouse de Pilate et une servante d’Hérode… Il fallait pénétrer dans les ronciers pour aller à la rencontre des scribes et des pharisiens, pour que l’un d’eux révèle qu’il avait compris le premier de tous les Commandements : celui de l’amour. Il fallait enfin aller jusqu’au roncier du Golgotha pour entendre un criminel et un centurion dire leur foi dans le Fils de Dieu…

Pour désarmer des hommes près à lapider une femme, seule, sans défense, avec les pierres ramassées dans un pierrier, il fallait jeter la Parole sur les pierres.

En fait, ce Semeur-là sait ce qu’il fait : il étend son geste pour qu’aucune parcelle du sol ne soit privée de semence. Il sait aussi que, pour assurer cette tâche immense, il faut bien plus qu’un semeur. Il faut des semeurs et des semeuses dont les poches sont pleines de la vraie semence qui leur est donnée en abondance dès qu’ils le demandent à leur Père : « Donne-nous les poignées de semences dont nous avons besoin aujourd’hui pour les envoyer sur les chemins, les pierriers et les ronciers. Sans retenir notre geste. Et nous serons prêts à sortir à notre tour ! »

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