Dimanche 9 août 2026 – 19 e dimanche du temps ordinaire – Mt 14, 22-33
Jean-Baptiste, celui qui le précédait, vient de mourir. Jésus avait besoin de se retrouver seul et de prier. Il a demandé à ses disciples de le précéder sur l’autre rive pendant qu’il renvoyait les foules après qu’elles ont mangé. Mais ils n’y arrivent pas. Ils se battent depuis le début de la nuit contre un vent fort et contraire. Ils fatiguent. Leur discernement s’altère, la peur s’installe, et lorsqu’une silhouette inconnue apparaît, c’est la panique !
Mais voilà qu’ils entendent une voix familière, et des mots qu’ils reconnaissent instantanément : « egô eimi » en grec, traduit ici par « c’est moi », ne peut qu’évoquer pour eux la révélation de Dieu à Moïse : « moi, je suis » (Dt 32, 39, voir aussi Is 41, 4 etc.) 1 . Voilà que Jésus se désigne dans les termes
mêmes de Dieu !
Alors le fantôme devient fantasme. Pierre projette sur Jésus ce qu’il croit de Dieu : une toute puissance. Rien de plus tentant dès lors que de mettre ce Dieu-là au défi, à la manière du diable dans le désert. Mais contrairement à l’épisode du désert, Jésus acquiesce d’un seul mot : « Viens ! » Jésus invite Pierre à le rejoindre, tout comme il invite encore chacun de nous à le rejoindre, quels que soient notre situation et notre état d’esprit. Car c’est de la réponse de Pierre comme de la nôtre que tout dépend.
Pierre, à son habitude, fonce, et il marche lui aussi sur l’eau… jusqu’à ce qu’il regarde les choses en face : la tempête ne s’est pas calmée. Jésus, seul, n’a pas ce pouvoir. Le fantasme est rattrapé par la réalité, et il disparaît, englouti par l’eau dans laquelle Pierre s’enfonce.
« Seigneur, sauve-moi ! » Le ton de Pierre a bien changé ! L’homme entier a complètement changé, qui vient de plonger dans l’eau, comme pour un baptême de renaissance. Alors Jésus peut agir : il tend la main et il interroge.
Jésus ne demande pas à Pierre pourquoi il a douté. La traduction n’est pas assez précise par rapport à l’original grec, et le doute n’est pas contraire à la foi, mais son compagnon humain. Jésus demande plutôt à Pierre pourquoi il a « hésité » (« distazô » signifie « se tenir entre deux »). Pour rejoindre Jésus, il nous faut choisir. Choisir entre, d’un côté, les images que nous nous faisons de Dieu, ce que nous projetons sur lui, les marchandages auxquels nous le soumettons, et puis, de l’autre côté, sa parole qui rassure « N’ayez pas peur ! » et la confiance qu’avec lui, en acceptant son aide, tout devient possible.
Dieu, tout seul, ne peut rien sur les éléments effrayants et destructeurs qui nous entourent. Le mal existera toujours sur cette terre. Et nous, ballotés que nous sommes au milieu, nous ne pouvons rien non plus si nous restons seuls. Mais si notre foi nous fait choisir Jésus comme notre sauveur, alors, avec lui, en tenant sa main, et avec ceux qui nous accompagnent dans cette démarche, nous pourrons trouver la paix dans ce monde, dès maintenant : « Quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. »
1 Les auteurs Juifs du NT lisaient la Bible grecque, la Septante, et raisonnent le plus souvent à partir d'elle plutôt
qu’à partir de l'hébreu. Dans la Septante « egô eimi » renvoie très clairement à la révélation de Dieu.