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À propos de la déclaration du dicastère pour la Doctrine de la foi Fiducia supplicans ouvre la possibilité de bénédictions simples aux couples irréguliers.

En octobre, le pape François a signé la déclaration doctrinale Fiducia Supplicans, qui autorise la bénédiction de ménages en situations irrégulières, homosexuels ou divorcés remariés. Cependant cette permission est encadrée par de sérieuses réserves : « sans valider leur statut, ni modifier…l’enseignement pérenne de l’Église sur le mariage ».

Une bénédiction signifie « dire du bien » d’une situation conjugale que l’on interdit par ailleurs, qui serait le mal. Dans Fiducia Supplicans, il ne s’agit donc pas de bénir un couple, mais deux personnes. Ce n’est en rien un sacrement : plutôt ce que l’on appelle un sacramental, un rite qui sert par ailleurs à bénir des objets, une maison, une médaille, un chapelet, voir une moto. Ce fut et c’est encore une concession à la piété populaire, héritée des plus anciennes traditions religieuses, plus orientée vers le sacré que le saint.

Ce grand écart entre deux positions apparemment incompatibles s’est avéré prémonitoire. En effet, la plupart des évêques africains viennent d’annoncer qu’ils n’étendraient pas cette autorisation à leur clergé local, ordonné de s’abstenir de ce genre de bénédiction.

En Afrique, 27 pays répriment l'homosexualité. Quatre pays condamnent à la peine de mort des homosexuels. Quarante pays n'offrent pas de protection juridique pour les personnes LGBT. Dès lors les Églises africaines ne pouvaient pas s’inscrire en opposition à leur législation civile. Le pape François a justement prévu cette réaction au prix d’un artifice rhétorique : bénir ce qui est encore dans le Catéchisme considéré comme une relation intrinsèquement désordonnée.

Certains apercevront dans cette déclaration doctrinale l’espoir que ce premier petit pas en profile de distincts, par exemple le mariage pour tous. D’autres n’y verront qu’un enfermement dans une impasse. Tant il est inévitable que l’on en fasse toujours trop peu pour les uns et trop pour d’autres. Fiducia Supplicans répond à une situation de fait : comme en Allemagne et au Pays-Bas, des membres du clergé ont déjà pris sur eux de bénir sans aucune autorisation, il fallait la leur accorder ; comme ailleurs cette autorisation sera mal accueillie, il fallait le prévoir.

La réaction africaine n’est donc pas le signe d’un schisme dont il faudrait s’alarmer. L’unité de l’Église catholique est préservée au seul prix d’accepter sa diversité. Les Allemands vivent leur foi autrement que les Congolais sans qu’aucune des deux façons ne puisse se prétendre supérieure à l’autre, la danse naturelle chez les derniers dans une liturgie serait inacceptable chez les premiers. Le pape François vient de dispenser l’enseignement de ce qui est l’essence même du christianisme : les autres sont autres ; qui suis-je pour les juger ? Puisque j’ai appris que les prostituées et les collaborateurs de l’occupant entreront au Ciel avant moi. Telle est la véritable portée de cette déclaration.

Des législations des pays les plus avancés franchissent le pas du mariage civil pour tous. C’est l’application d’une éthique qui empêche les interdits de l’État en matière de sexualité entre les adultes, qui respecte la dignité des personnes indépendamment de leur nature, qui non seulement se refuse à toute condamnation mais au contraire sanctionne l’homophobie. Comme le mariage civil a des effets légaux en matière de fiscalité et de succession, il fallait y arriver pour respecter l’égalité des citoyens.

Cette égalité trouve sa plus lointaine origine dans la vie de Jésus de Nazareth qui fréquentait tous les milieux et qui inscrivait sa prédication dans le refus des castes, des classes sociales, de la respectabilité bourgeoise. À l’époque de l’empire romain, tous les hommes étaient inégaux, de l’empereur divin aux esclaves sans droits. C’est encore le cas dans les dictatures actuelles où les LGTB sont pourchassés. Le pape François se prononce en faveur des démocraties, des États de Droit en reconnaissant qu’ils se conforment à l’essence du christianisme.

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