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Une parabole écrite à deux

Philippe Jarry . 15 août 2026

Dimanche 16 août 2026 – 20 e dimanche du temps ordinaire – Mt 15, 21-28

Pourquoi aller marcher sur des terres étrangères, le pays de Tyr et de Sidon par exemple, si ce n’est pour y faire entendre la Parole de Dieu et y manifester sa bonté ? Comment, alors, Jésus de Nazareth peut-il répondre durement à une femme de ce pays qui demande que sa souffrance (en l’occurrence celle dont est affectée sa fille) soit prise en pitié ? Durement, c’est-à-dire d’abord par le silence, ensuite par une sorte de remontrance.
La prière de cette femme était pourtant bien ciblée : adressée à l’homme qu’elle désigne comme ‘le fils de David’ ! Cet homme qui vient d’ailleurs est précédé d’une solide réputation de guérisseur : les guérisons ont été nombreuses, variées, parfois individuelles, parfois collectives. Alors, pourquoi, aujourd’hui, sa fille ne pourrait-elle pas en bénéficier à son tour ?
Il y a peut-être un décalage entre l’heure de l’homme et l’heure de Dieu. Comme un hiatus que l’on avait déjà constaté lors du premier miracle de Jésus lorsque, interpelé par sa propre mère, il avait répondu : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » (Jn, 2, 1-11) Que faut-il donc pour que la demande d’un homme, d’une femme, soit entendue, reçue avec compassion, et trouve sa réponse dans une guérison ? Une concordance des temps ou autre chose ? Que manque-t-il donc à la demande formulée aujourd’hui ? La forme ? Certainement pas : la souffrance d’une mère s’exprime dans toute
sa vérité. La vie tourmentée de sa fille est insupportable, pour elle et pour les siens. Tout le monde peut le comprendre.
La prière, car c’est une prière contenant une demande, est une conversation avec Dieu qui ouvre à une rencontre. La foi nous fait dire que Dieu est à l’écoute. Une foi mise à l’épreuve chaque fois que le silence est perçu comme la réponse qui nous est destinée. Le silence qui semble être la réponse à la douleur de cette mère est inadmissible, humainement. Mais nous savons d’expérience que le silence n’est pas nécessairement absence d’écoute ; au contraire il peut marquer un temps d’entrée dans l’échange, un temps de passage, pour le demandeur comme pour celui qui est à l’écoute. Ainsi, il donne le temps d’entrer véritablement dans la conversation avec Dieu.
Même si la réponse prend la forme d’une courte parabole à peine ébauchée, celle des enfants qui mangent à table tandis que les chiens sont évidemment ignorés…
Les disciples, pourtant habitués à cette forme de langage, se sont trouvés souvent décontenancés par les paraboles de Jésus au point de lui demander : « Que signifie cette parabole ? » Et Jésus leur expliquait.
Dans ce pays de Tyr et de Sidon, Il faut alors se mettre au diapason de la parabole, prendre au vol la réponse de Jésus et travailler dessus : des miettes vont bien tomber de la table et les chiens seront, eux aussi, rassasiés ! Mais qui va l’expliquer ? Grâce soit rendue à cette femme du pays de Canaan : elle est la première à en avoir tiré elle-même le sens, écrivant, sans crainte devant ce Maître, la suite de la parabole : « les petits chiens aussi… » Et à cette étrangère admirable de courage et de ténacité, Jésus répond enfin : « Femme ta foi est grande, qu’il en soit comme tu le veux ! »
 

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