Dimanche 23 août 2026 – 21 e dimanche du temps ordinaire – Mt 16, 13-20
L’interrogation sur l’identité de Jésus parcourt les Évangiles et continue de nous tarauder à travers les siècles. L’épisode relaté aujourd’hui dans l’évangile de Matthieu se retrouve, dans des termes un peu différents, chez Luc (9,18-21) et chez Marc (8,27-31). Matthieu met particulièrement en relief la succession d’interactions entre Jésus et Simon-Pierre, apportant ainsi de précieux enseignements.
Tout commence par une interrogation générale des disciples par Jésus : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » Les réponses sont multiples : « pour certains tu es Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes » ; mais toutes font
référence à un passé connu par des témoins qui ont porté la parole du Seigneur, une tradition dont Jésus dira : elle vient « de la chair et le sang » 1
Mais Jésus va plus avant dans sa question « Pour vous, qui suis-je ? ».
« Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant. »
Le cri de foi de Simon-Pierre va beaucoup plus loin que les réponses précédentes, parce qu’il dépasse le niveau de la chair et du sang, c’est-à-dire un jugement selon les critères habituels dans les sociétés humaines et jusque dans leurs traditions spirituelles. « La chair et le sang », c’est l’humain enfermé dans ses limites, peu apte spontanément aux nouveautés de Dieu.
Devant Jésus, l’Envoyé de Dieu, c’est tout cela dont il faut s’extraire pour pouvoir lui dire : « Tu es le Christ. » Non seulement le Christ nous rappelle les grands croyants du passé, les forces prophétiques du passé, mais il est lui-même le Messie attendu qui nous ouvre un avenir inouï.
Simon-Pierre confesse ici beaucoup plus qu’aucun contemporain de Jésus n’a pu le faire : il est porteur de la foi de la première Église qui parle par sa bouche en reconnaissant en Jésus mort et ressuscité le Christ fils du Dieu vivant !
Il va alors vivre un moment de grâce extraordinaire. D’abord Jésus fait de lui l’objet d’une béatitude : « Bienheureux es-tu, Simon fils de Yonas ! » C’est la béatitude – c’est-à-dire le bonheur annoncé – de ceux et de celles qui, enseigné·es par un fécond compagnonnage avec la parole du Christ, acceptent de faire et refaire le saut de la foi, et qui osent tout miser sur la parole et l’enseignement de l’Ami.
Parce qu’il est le modèle de ceux qui reconnaissent Jésus en vérité, Simon reçoit un nom nouveau, qui sera programme de vie pour lui et pour les communautés chrétiennes : « Tu es Petros, tu es la Pierre, le Rocher. » C’est une parole créatrice, qui ouvre un avenir à construire et à vivre.
Nous pouvons alors oser poser cette question à Dieu, chaque jour dans notre prière : Pour toi, Seigneur, qui suis-je ?
Il nous faut entrer dans la béatitude de Simon le Rocher, dans le bonheur de ceux qui tentent de confesser Jésus comme le Christ fils du Dieu vivant, qui ne rougissent pas du Christ, et qui acceptent une fois pour toutes de fonder leur vie sur Jésus sauveur.
Il nous faut enfin – et cet effort-là réservera un jour à chacun joie et douceur – tendre l’oreille filialement pour percevoir le nom nouveau que la bouche du Seigneur prononcera, le nom d’amitié et de grâce que Jésus a trouvé pour nous et qui dit notre mission : « On t’appellera d’un nom nouveau que la bouche du Seigneur désignera. » (Is 62,2)
1 Une tradition à laquelle Jésus appartient aussi « par la chair et le sang ».