Dimanche 16 mars 2025 – 2e dimanche de Carême – Lc 9, 28b-36
« Et c’est environ huit jours après ces paroles, ayant pris avec lui Pierre, Jean et Jacques, il monta dans la montagne pour prier. » Luc, tout comme Matthieu et Marc, relie cette prière sur la montagne avec ses trois intimes à la réponse de Pierre, « le Messie de Dieu », lorsque Jésus, priant à l’écart de la foule avec ses disciples près de lui, leur demande : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » (9, 18-21)
Pendant que Jésus priait, les disciples vécurent une expérience mystique, dont le déroulement est clairement scandé dans le texte grec : l’aspect de son visage devint autre et son vêtement d’un blanc d’éclair ; Moïse et Élie s’entretinrent avec lui et furent vus en gloire par les disciples veillant bien qu’alourdis de sommeil ; Pierre, dépassé par l’évènement, voulut éterniser l’instant ; la théophanie dans une nuée (cf. Ex 40, 35) et une voix à partir de la nuée : « Celui-ci est mon fils, l’élu. Écoutez-le ! » Ils retrouvèrent alors Jésus seul. Le lendemain, ils descendirent de la montagne.
Après le baptême de Jésus (Lc 3, 21-22) cette théophanie est la deuxième dans l’Évangile de Luc et elle précède le récit de la montée à Jérusalem (Lc 9, 51–19, 28). Moïse et Élie parlent avec lui de « son exode, qu’il doit accomplir à Jérusalem » (v. 31). J’y vois le signe que ce moment de prière a également été une expérience mystique pour Jésus, expérience qui va le soutenir lorsqu’il lui faut « affermir sa face pour aller à Jérusalem » (v. 51) car il a compris que « le fils de l’homme sera livré aux mains des hommes » (v. 44).
Lors du baptême, la voix s’adresse à Jésus ; ici, la voix qui vient de la nuée s’adresse à Pierre, Jean et Jacques. Elle les invite à écouter Jésus et leur révèle son lien avec Adonaï, qui se manifeste dans la nuée. La construction de l’Évangile de Luc suggère que ce qu’ils ont vu sur cette montagne les a aidés à affronter ce qu’ils ont vécu ensuite, jusqu’à la mort de Jésus sur la croix.
Et moi, lecteur ici et maintenant ?
Je suis sensible à l’humanité des trois disciples : Pierre souhaite pouvoir demeurer dans cet évènement hors du temps et de l’espace ; tous les trois expérimentent qu’il faut du temps pour revenir dans le quotidien après une telle expérience indicible, impossible à partager avec qui n’en a pas vécu d’analogue (v. 36).
Jésus a conscience de ce qui se trame contre lui à Jérusalem. Il se prépare, et prépare ses disciples à traverser une telle terrible épreuve sans que leur être soit détruit. Ce qu’ils vivent sur la montagne est, d’une façon différente pour chacun d’eux, un ressourcement dans l’haleine de Vie insufflée par Adonaï Élohim dans les narines de l’Adam (Gn 2, 7). Invitation pour chacun de nous à se ressourcer dans la prière et la méditation pour faire face aux épreuves de la vie.
De façon plus intime, l’utilisation par Luc de la métaphore de l’exode à propos de la mort me parle. Les Hébreux ont quitté l’Égypte en croyant, en faisant confiance à la promesse d’Adonaï annoncée par Moïse, alors qu’ils ne savaient pas où ils allaient, ni même comment franchir la mer qui leur barrait le chemin… Tout comme chacun de nous face à la mort : nous ne savons pas ce qu’il y a après ce que Christiane Singer nomme le « passage ». Nous avons seulement des messages transmis par sages et prophètes, qui nous invitent à faire confiance à la promesse de Vie qu’ils nous annoncent ainsi. Dans ce récit, Luc nous dit que prière et méditation sont chemins vers cette confiance.