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Tu choisiras la vie, afin que tu vives

Michel MENVIELLE . 21 novembre 2025

Dimanche 23 novembre 2025 – 34e dimanche du temps ordinaire – Lc 23, 35-43

Une grande multitude suit Jésus qui marche vers le lieu du supplice, des femmes sanglotent. Il est mis en croix avec deux malfaiteurs, un à sa droite, l’autre à sa gauche (v. 27-33).

La mort est au centre en ce « lieu du Crâne », où Jésus et les deux malfaiteurs sont suppliciés. Et cette confrontation avec le supplice d’un innocent qui partage le sort épouvantable des criminels agit comme un révélateur de ce qui habite chacun des témoins de ce moment-là. 

Mépris de Dieu par les autorités religieuses qui ont demandé sa mort (v. 18, 21 & 23). Ils choisissent de se moquer en mettant à l’épreuve Dieu qui semble incapable d’intervenir, et en tournant en dérision Jésus, son envoyé, incapable aussi d’arrêter la machine à tuer : « Il en a sauvé d’autres, qu’il se sauve lui-même puisqu’il est le messie de Dieu, l’élu. » Mépris de la ‘dignité humaine’ par Hérode et ses troupes (v. 11) ainsi que par les soldats présents sur le lieu du Crâne (v. 36-37) qui, forts de leurs armes, bafouent et humilient Jésus. Mais aussi désarroi absolu des femmes qui sanglotent. Et reconnaissance par le centurion, en service sur le lieu du Crâne, que Jésus « était en réalité un juste » (v. 47). Reconnaissance aussi de la « dignité humaine » de Jésus par Joseph d’Arimathie, un conseiller, un juste qui attendait le royaume de Dieu, qui donne à Jésus une sépulture avant le sabbat (v. 51-53), ainsi que par les femmes venues avec Jésus depuis la Galilée qui préparent aromates et parfums avec lesquels elles iront au tombeau dès que possible après le sabbat (Lc 23, 56-24, 1). 

Dans ce récit, ceux qui respectent la « dignité humaine » de Jésus, ceux qui reconnaissent qu’il est un juste, craignent Dieu, le glorifient, attendent son royaume. N’est-ce pas leur rapport au divin qui leur donne la force, en ces moments ultimes, de rester du côté de la Vie, de choisir– parfois contre toute évidence « matérielle » – la Vie quand les circonstances les confrontent à la mort ?

Même contraste entre les réactions de chacun des malfaiteurs (v. 40-42). Le cri de désespoir de celui qui crie « sauve-toi, sauve-nous » me fait penser à la tentative désespérée pour rester en vie de celui pour qui la mort physique est la fin de tout. Le salut ? C’est alors échapper à la mort physique et continuer à vivre. L’autre le rabroue : « Tu ne crains pas Dieu ? », puis il se tourne lui aussi vers Jésus, mais autrement. Il reconnaît d’abord l’injustice dont Jésus est victime avant de lui demander : « Souviens-toi de moi quand tu viendras pour ton règne. ». Il reconnaît ainsi à Jésus une royauté qui ne s’arrête pas avec la mort toute proche pour les trois suppliciés. Et il pense qu’il lui est possible d’être invité à y participer. Il ne demande pas d’être sauvé, mais de participer après sa mort à la royauté de Jésus. Jésus lui répond, alors qu’il n’a pas répondu à ceux qui l’ont bafoué et humilié. Et je lis sa réponse comme un constat : « Amen, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. » Un constat qui porte l’affirmation qu’il est possible à un homme d’être avec lui au-delà de la mort, après ce que Christiane Singer nomme le « passage ».

Mais je ne sais pas, nous ne savons pas ce qu’il y a après le « passage ». Nous avons seulement des messages, transmis par sages et prophètes et ici par Luc, qui nous invitent à faire confiance à la promesse de Vie qu’ils nous annoncent. Et qui nous invitent aussi à mettre notre désir dans la Loi du Seigneur (Ps 1), à travailler les Écritures et à mettre en pratique ses enseignements. Or, c’est à un malfaiteur que Jésus dit qu’il sera avec lui dans le paradis ! Un homme qui a exprimé juste avant de mourir sa confiance en la Vie mais qui reconnaît en même temps que le châtiment qu’il reçoit est digne de ce qu’il a fait. Paradoxe qui chamboule une certaine conception de la justice divine. Et qui nous invite à ne pas juger les autres et à prendre comme boussole pour soi-même l’invitation « Tu choisiras la vie afin que tu vives. » (Dt 30 19)

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Image par JacLou-DL de Pixabay
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