Aller au contenu principal

Actualités

Suivre Jésus, et grandir en humanité

Michel MENVIELLE . 28 août 2026

Dimanche 30 août 2026 – 22e dimanche du temps ordinaire – Jr 20, 7-9 ; Ps 62, 2-9 ; Mt 16, 21-27

Alors que Pierre vient de lui dire qu’il est « le Christ le fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16), Jésus révèle à ses disciples « qu’il lui faut s’en aller à Jérusalem, beaucoup souffrir du fait des anciens, des grand-prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter » (v. 21). Pierre réagit et prend Jésus à part. Le bref dialogue entre eux reflète leur différence radicale d’attitude face à ce que Jésus vient d’annoncer : Jésus fait face et assume, alors que Pierre, qui ne peut imaginer qu’un Messie terrestre ne soit pas victorieux dans l’ordre politique, pense que Dieu ne le permettra pas. Jésus dit à Pierre qu’il est comme un piège placé sur son chemin, comme un obstacle destiné à le faire chuter[1] ; il le nomme « Satan », comme il avait nommé au désert le tentateur (Mt 4, 10). Obstacle que rencontre également le prophète Jérémie, pour qui la parole du Seigneur devient une telle cause d'opprobre, de risées et d'avanies que, parfois, il ne veut plus penser au Seigneur ni parler en son nom ! En contrepoint, le psalmiste chante que le Seigneur nourrit la Vie de celui qui le cherche, qu’il abreuve celui qui a soif de lui comme une terre aride et sèche, qu’il soutient celui qui médite en lui durant les veilles de la nuit.

Jésus s’adresse ensuite à ses disciples – témoins de la scène –, et à nous, lecteurs aujourd’hui : « Si quelqu’un veut venir derrière moi, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix, et qu’il me suive. » Ce verset sert trop souvent de justification à une spiritualité qui, au nom de Jésus, rabaisse l’humain et glorifie la souffrance. Cela m’est insupportable. 

Je suis donc revenu au grec. La polysémie des mots grecs rend possible une traduction qui fait écho à ce que disent le prophète et le psalmiste : « … qu’il repousse[2] lui-même, et qu’il enlève son poteau de palissade (ou lève son poteau de croix)[3], et qu’il fasse route avec moi. »

  • « repousser soi-même » : se mettre à sa juste place vis-à-vis des hommes et du Seigneur, sans pour autant renier son être ;
  • « enlever son poteau » : ne pas rester immobile et abrité derrière sa palissade, ne pas se mettre derrière le Seigneur comme pour y chercher abri et sécurité. Invitation à accueillir l’autre sans chercher à se protéger, avec discernement et en faisant face aux conséquences dans notre vie et notre situation sociale de nos convictions. Même si celles-ci deviennent causes d’opprobre, de risées et d’avanies. Même si le ‘poteau de palissade’ devient ‘poteau de croix’ qu’il faut alors accepter de lever. 

Jésus nous invite à venir derrière lui, à travailler et méditer les Écritures et son enseignement et à nous laisser ainsi guider... Choix toujours à refaire, car le combat intérieur n’est jamais terminé. Nous sommes obstacles au divin lorsque, comme Pierre qui prend Jésus à part sur le chemin de Césarée, nous attendons du Seigneur qu’il soit comme une palissade qui nous protège du monde tel qu’il est, qu’il protège le juste contre ceux qu’il dérange. Au contraire, lorsque tels le prophète ou le psalmiste nous nous laissons ainsi guider quoiqu’il advienne, nous cheminons, ensemble, vers l’accomplissement de notre humanité, en témoignant de la royauté des cieux et en contribuant à l’accueillir en son sein (Mt 5, 3-10).

 

[1] Ce sont les sens propres du mot grec dont le sens figuré est « scandale ». Le « scandale » est toujours la perte de la foi/confiance en Dieu.

[2] Le verbe grec habituellement traduit par « renier » a pour sens « refuser, repousser, nier ».

[3] Le verbe grec habituellement traduit par « porter » a également pour sens « lever, enlever, ôter ».
Le mot grec traduit par « croix » a pour sens « pieu pour palissade, palissade ; instrument de supplice, particulièrement poteau avec une traverse, d’où croix »

Crédit photo
Chil Vera de Pixabay
Image