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En débattant sur ce que l’on pourrait faire en étant assuré de ne pas y arriver, l’Église catholique témoigne de son incapacité à se réformer.

Du 17 au 19 février 2022, s’est tenu à Rome un symposium sur le sacerdoce, consacré à la théologie fondamentale. La question implicite était l’obligation du célibat, dont ont librement débattu quelque cinq cents personnes, recrutées par une agence spécialisée étrangère au Vatican. Il n’y a pas eu de conclusion pour cet échange informel.

Or, cette même question fit déjà l’objet du synode des évêques sur l’Amazonie tenu en 2019. Dans cette vaste étendue sont dispersées de multiples communautés pratiquant autant de langues différentes. En pratique, il est impossible de former des missionnaires les maîtrisant toutes. La solution pragmatique consisterait à ordonner un homme marié dans chaque communauté. Bien que le synode se soit prononcé en faveur de cette solution de bon sens, aucune suite n’a été donnée à cette recommandation.

Le refus vint d’en haut. Le pape François manifesta sa réticence, qui fut souvent interprétée comme le souci de l’unité de l’Église face à une menace de schisme. Il avait cependant dès 2019 précisé sa position personnelle de refus d’un célibat optionnel : « C’est personnel mais je ne le ferai pas, c’est clair. Suis-je quelqu’un de fermé ? Peut-être. Mais je ne me sens pas de me présenter devant Dieu avec cette décision. »

La dernière phrase de cette déclaration datant 2019 n’a pas été suffisamment perçue. Elle signale une contradiction entre la dénonciation publique du cléricalisme par le pontife, plusieurs fois réitérée, et, néanmoins, son attachement personnel au statut sacerdotal lors d’une prise de décision. Le pape semble considérer qu’un abandon du célibat obligatoire pour l’Église romaine serait une sorte de faute morale de sa part.

Or, le célibat ecclésiastique résulte historiquement d’une décision humaine, adoptée au fil des siècles de façon de plus en plus impérative. Cette règle de discipline n'est d’ailleurs pas un dogme qui serait appliqué de façon absolue. En effet, les Églises catholiques orientales ordonnent des hommes mariés. Même au sein de l'Église latine, des exceptions sont possibles, dans le cas d'ecclésiastiques protestants ou anglicans convertis au catholicisme.

Par ailleurs, les Églises séparées, luthérienne, anglicanes, réformées et orthodoxes ne pratiquent pas cette règle. Nous ne pouvons de ce seul fait prétendre que leurs clergés seraient moins disponibles ou moins dévoués.

L’abandon de la règle n’a rien à voir avec une faute personnelle du pontife, qui lui serait imputée lors d’un Jugement Dernier, comme il l’évoque. C’est une décision humaine sur une règle d’origine humaine, qui ne viole aucune règle de morale naturelle et aucun dogme.

Nous en sommes donc au point où seul le débat est autorisé, pourvu qu’il ne débouche sur aucune décision et que les participants en soient conscients dès le départ. Dès lors, les participants à un synode ou un symposium parlent pour parler, sans aucune perspective de convaincre le véritable décideur. Ils s’imaginent cependant que cela vaut la peine de prendre la parole, comme si cela servait à quelque chose. Dans ce contexte, parler constitue un substitut d’agir, où il s’agit de se convaincre soi-même d’avoir fait tout ce qu’on pouvait.

Face à un consensus de la majorité des fidèles, la réticence du pape exprime foncièrement un attachement à la sacralisation du prêtre. Celui-ci représente Jésus de Nazareth, dans la seule mesure où il est masculin et célibataire. Son ordination lui confère des prérogatives exclusives dans la dispense des sacrements. Son ascèse impressionne les laïcs et lui confère une aura d’exception. Puisque le pontife ressent avec crainte et tremblement cette manifestation du sacré, il redoute de la supprimer. Nous n’irons donc pas plus loin durant ce pontificat, il faut en être conscient.

Or les défis à l’Église catholique romaine sont multiples et certains bien plus fondamentaux : ordination des femmes ; accueil des divorcés remariés ; situation des homosexuels ; intercommunion avec les autres Églises chrétiennes ; autorisation d’utiliser les contraceptifs ; installation de synodes permanents dotés de pouvoirs réels ; liberté académique des chercheurs en théologie, etc. Sur tous ces sujets on sait d’ores et déjà ce qu’il faudrait faire. Si l’on bute sur le célibat optionnel des prêtres, a fortiori ces autres objets resteront en l’état. L’Église catholique témoigne de son incapacité à se réformer, remplacée par d’innombrables débats sur ce que l’on pourrait faire en étant assuré de ne pas y arriver.
 

Jacques Neirynck

Crédit photo
symposium © CIAT @ flickr.com - CC BY-NC-SA 2.0
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