Vendredi 15 août 2025 – Assomption de Marie – Ap 11, 19a et 12, 1-6a.10ab ; Lc 11, 39-56
« Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! » : ainsi commence une des prières les plus célèbres, celle de Marie, enceinte de Jésus, lors de sa visite à sa cousine Élisabeth enceinte de Jean le Baptiste. Le récit évangélique met en scène la rencontre de deux femmes, entre premier et second Testament naissant. Pour nous chrétiens, ce n’est pas la fin d’une Alliance ancienne, mais sa continuité et sa complétude, inscrite au cœur du Nouveau Testament.
Si on parle très peu de Marie dans les Évangiles, au point que celui de Jean ne la nomme jamais, très tôt ces premiers théologiens que sont les Pères de l’Église ont pensé le destin exceptionnel de cette fille de Galilée et ont émis l’idée qu’elle avait pu être élevée au ciel, aussitôt après sa mort, pour participer à la gloire de son Fils Jésus.
En Orient on appelle cela la Dormition : « Marie s’est endormie dans la mort avant d’être élevée au ciel » ; chez nous, en Occident, c’est la fête de l’Assomption, décrétée par le pape Pie XII en 1950[1]. Ce dogme souvent mal interprété ne précise pas que Marie ne mourut pas ; elle est réellement passée par la mort, comme son Fils Jésus ; pouvait-elle avoir plus de prérogatives que lui ?
Comment vivons-nous cela dans notre XXIe siècle si agité ? Certainement en rendant à Marie sa vraie place : elle n’est pas la quatrième personne de la Trinité (qui, au demeurant, recevrait une autre dénomination).
J’aime beaucoup ce texte d’Anne Lécu, cette religieuse dominicaine, philosophe et médecin en milieu carcéral : « Aussi, à l’heure de ta propre mort, tu es là. Tout entière recueillie dans la mort, sans partage ; tout entière recueillie dans l’amour de ton Dieu qui te ravit d’un coup de son amour éblouissant pour te faire partager sa gloire. À l’heure de notre mort, donne-nous d’être là, comme toi Marie tu le fus. » Elle rejoint la figure de Marie, celle des prières populaires à « La Bonne Mère », comme celle dont Bernadette a entendu la parole à Lourdes.
Dans cette prière du Magnificat, au cœur des évangiles, comme dans tous les lieux où on l’honore, Marie nous montre son Fils. Même si l’Église des premiers siècles l’a pourvue du titre de Theotokos, celle « qui a enfanté Dieu », elle a, comme nous tous, dû son salut à Jésus. Et si dans le Livre de l’Apocalypse – première lecture de ce jour – une « femme vêtue de soleil » a écrasé le Dragon, elle n’a été assimilée à la Vierge Marie que tardivement.
Marie, finalement, n’est pas une superhéroïne dotée de superpouvoirs ; elle se tient à côté de son Fils où à la demande des hommes et des femmes, elle intercède. La petite Marie de Galilée, mère de Jésus de Nazareth, mort et ressuscité, est tout simplement « la première ressuscitée[2] », celle qui nous attend sur son chemin.
[1] Cf. Le dogme de l’Assomption promulgué le 1er novembre 1950 par Pie XII dans la Constitution apostolique Munificentissimus Deus :« En l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul, et par Notre propre autorité, Nous prononçons, déclarons, et définissons comme un dogme divinement révélé que l'Immaculée Mère de Dieu, la Vierge Marie, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire céleste. C’est pourquoi, si quelqu’un (ce qu’à Dieu ne plaise) osait volontairement nier ou mettre en doute ce que Nous avons défini, qu’il sache qu’il a fait complètement défection dans la foi divine et catholique. » Munificentissimus Deus, DzS 3903.
[2]Jean-Paul II, catéchèse générale du 25 juin, 1997