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Le Synode de la diversité

Jacques NEIRYNCK . 28 novembre 2024

Le 27 octobre le Synode romain a terminé ses travaux, consacrés aux débats actuels au sein de l’institution : prévu à l’origine pour traiter des abus, il s’est finalement orienté principalement sur la position des femmes. Le document final comporte 51 pages. Le seul fait de cette dimension devrait susciter une réflexion sur cette façon de communiquer : seuls des spécialistes, engagés dans le problème, prendront le temps de le lire et d’en déchiffrer le résultat : cette réunion de 368 personnes n’a pas atteint son objectif attendu et espéré. On doit noter en passant que les clercs et les hommes y constituent une double majorité, puisqu’il n’y avait que 54 femmes, une dose homéopathique.

Car le sujet central ne comporte pas d’ouvertures. On constate que : « Les femmes continuent à rencontrer des obstacles pour obtenir une plus grande reconnaissance », ce qui ressort de l’évidence et ne nécessite pas de rassembler 368 personnes pour être découvert.

Un pas plus loin, le document souhaite que : « aucune raison ni aucun obstacle ne puisse empêcher les femmes d’exercer des rôles de direction dans l’Église. » C’est fort bien dit. Mais il ne va pas plus loin dans l’application normale de ce principe, en proposant par exemple que les femmes puissent accéder au diaconat. Malgré un vote favorable à 72%, il semble que cette avancée se soit heurtée à l’opposition des prélats conservateurs, en particulier africains. Le Synode fut donc divisé au point de pas atteindre son objectif de changer la place des femmes dans l’Église catholique. 

Il ne s’agir pas de stigmatiser ses protagonistes. Il faut plutôt en tirer deux conclusions. 

La première est la diversité des mœurs et coutumes auxquelles s’adresse une Église qui se veut universelle, « catholique ». Ne serait-ce que par pragmatisme, toutes les cultures doivent être prises en considération, même celles qui diffèrent de la nôtre. En Europe il est évident que les femmes, qui accèdent à tous les postes dans la société civile, ne peuvent plus être écartées de l’ordination, voire de l’épiscopat comme chez les Anglicans et les Luthériens. L’évidence contraire semble s’imposer en Afrique, qui rechigne par réflexe à s’aligner sur les positions des anciens colonisateurs. 

Refuser indéfiniment le diaconat des femmes pour la Terre entière n’est pas pour autant une solution. Cette inertie déconsidère l’Église catholique. Le christianisme inspire davantage la société civile que la société cléricale, l’égalité des sexes progresse dans la première et stagne dans la seconde. Une évidence s’impose : un unique patriarcat d’Occident, centralisé sur l’ancienne capitale d’un empire disparu, tirant son identité et sa légitimité de cet héritage, ne peut plus prescrire une règle uniforme qui vaille et convienne aussi bien aux Pays-Bas qu’au Congo. Pourquoi ne pas installer un patriarche africain à Kinshasa avec juridiction sur le continent ? Dans cette culture africaine, la bénédiction des couples de même sexe ou le sacerdoce des femmes sont des mesures inappropriées alors qu’en Europe elles s’imposent.

La seconde conclusion est plus délicate. Le pape François affirme que le cléricalisme est une perversion de l’Église. Le Synode ne peut en sortir que par l’action de l’Esprit-Saint. C’est en quelque sorte reconnaître que Celui-ci n’a pas réussi à agir en amont. Cela signifie qu’il ne suffit pas d’attendre d’un miracle ce qui devrait résulter du labeur, du discernement, du courage des hommes. En tant qu’institution, l’Église catholique constitue une entreprise humaine avec sa grandeur et sa faiblesse. Comme toutes les entreprises, comme une multinationale ou un parti politique, elle doit perpétuellement se pencher sur son propre comportement et le rectifier, sans attendre qu’une sorte de consultant spirituel le réalise à sa place. « Dieu a besoin des hommes » pour s’incarner et ceux-ci ne peuvent l’invoquer pour s’abstenir d’agir. 

Il ne sert à rien de réunir un Synode si celui-ci ne déclare pas clairement qu’il faut d’urgence réformer : la place des femmes dans la vie et les ministères en Église ; le statut des prêtres latins alors que dans les Églises catholiques d’Orient, ils peuvent être mariés ou célibataires. Il ne sert à rien de publier 51 pages pour dissimuler que le Synode n’a pas atteint cet objectif. En revanche le pouvoir de fait des évêques s’est manifesté et donc affirmé. On pouvait prévoir cette issue en convoquant un Synode où le clergé est majoritaire.

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