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La vie, l’amour, la mort, et un verre d’eau fraîche

Bernard Contraires . 27 juin 2026

Dimanche 28 juin 2026– 13e dimanche du temps ordinaire – 2 R 4, 8-11.14-16a ; Rm 6, 3b-4.8-11 ; Mt 10, 37-42 

Des trois fragments de lectures bibliques que la liturgie du jour propose, on est tenté de retenir celui qui nous paraît immédiatement accessible. Et c’est dans le premier testament, au livre des Rois, que le Dieu de tendresse nous semble le plus proche. Élisée est reconnu comme un homme de Dieu par une riche personne qui se propose, en accord avec son mari, de le loger sur sa terrasse lorsqu’il passera dans leur ville, Sunam : un lit, une table, une chaise, une lampe sont à sa disposition. Reconnaissant, le prophète itinérant priera le Seigneur de lui accorder la joie d’enfanter alors que son mari est âgé. Il a été touché par la bonté simple de ce couple qui sera assurément capable d’accueillir une progéniture comme un don gratuit. Quelle belle histoire !

 

En revanche Matthieu prête à Jésus dans le passage d’évangile des propos beaucoup plus durs à recevoir. Nous voilà invités à ne pas aimer père ou mère, fils ou fille plus que Jésus. Invités à mettre en premier l’amour de Jésus et inscrire amour filial et amour conjugal dans une vie selon son enseignement. Mais ce n’est pas le seul moment des évangiles où Jésus bouscule et remet ainsi en perspective les valeurs familiales qui, à la suite du judaïsme, sont tellement mises en exergue dans l’enseignement de nos Églises. Ainsi en Matthieu 12 46 ,50 « Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ? », Jésus semble bien faire passer au second rang les liens familiaux.

On se demande souvent si les rédacteurs des évangiles ont rapporté avec fidélité les paroles même de Jésus. Mais il est clair que Jésus a plusieurs fois insisté auprès de ses amis sur la nécessaire liberté à acquérir pour mettre en premier les valeurs du Royaume. Et nous savons bien depuis Freud combien il est possible de s’engluer dans les nœuds d’attachement familiaux. Le salut que Jésus propose est tout autre que la satisfaction affective des liens d’amour et d’amitié humaine. Ainsi à Pierre qui veut le préserver du danger physique qu’il pressent et dont il lui fait part, Jésus répond vertement : « passe derrière moi Satan ! » Jésus le Christ ne peut pas nous laisser dans l’illusion que la vérité du salut qu’il propose peut se réduire à un sentiment d’accomplissement affectif, même le plus noble.

 

C’est pourquoi Paul qui est mû par l’énergie du Big Bang de sa conversion, et dont toutes les fiertés humaines et religieuses ont été proprement retournées, nous invite à suivre Jésus dans sa mort. Inévitablement aussi dans sa résurrection. « Par le baptême nous avons été mis au tombeau avec lui pour que nous menions une vie nouvelle. » Ce n’est pas un appel à l’héroïsme d’un changement radical visible de façon de vivre. Mais à un renversement radical de perspective de ce que ‒ avec le monde ‒ nous tenons souvent pour essentiel. Pour être aspirés dans la résurrection du Christ il nous faut abandonner au tombeau nos illusions de grandeur, de vertu, de confort affectif, de charité bien ordonnée, d’estime de soi justifiée, etc.

 

Pour cela, parfois peu de choses suffisent comme le dit Jésus : offrir un simple verre d’eau fraîche à celui qui a soif. Proposer un lit, une table, une chaise, une lampe au voyageur de passage. 

Crédit photo
Image par Engin Akyurt de Pixabay
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