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La Loi renouvelée ou « accomplie » selon l’Évangile est une heureuse nouvelle

Bernard Contraires . 14 février 2026

Dimanche 15 Février 2026 – 6e dimanche du temps ordinaire – Mt 5, 17-37

Jésus faisait-il la morale ? Bien sûr que oui, sommes-nous tentés de dire ! Il suffit de lire l’évangile proposé ce dimanche. Pour lui tout serait dans la Loi, et même dans un accomplissement parfait et sourcilleux des commandements de cette loi. Jésus ici semble faire comme Dupond qui renchérit sur Dupont : « Je dirais même plus... »

Mais Jésus n’est pas un moraliste ordinaire. Comme tous les Juifs fervents, il respecte et même chérit la Torah, ce corpus de récits et de prescriptions, dont le titre signifie « orientation, instruction », que l’on peut traduire par le mot Loi, et qui constitue le cœur et l’identité de ce peuple singulier. On voit bien d’ailleurs au fil des évangiles que la discussion sur l’observance de la Loi était le centre des préoccupations des Juifs pharisiens que Jésus fréquentait de près. 

Bien sûr, nous aussi chrétiens, héritiers fraternels du judaïsme, nous sommes préoccupés par les questions de morale ou d’éthique (c’est le même mot), et nous cherchons très souvent à en faire le critère de notre « différence » ou de notre identité. Dans notre enfance, la liste des péchés véniels et mortels définissait les infractions à la loi divine, et, si les accommodements avec ces notions sont aujourd’hui la règle, elles n’en demeurent pas moins encore l’objet de maintes prescriptions et sermons dans les Églises. Le christianisme, comme le judaïsme, seraient-ils donc surtout une morale ? D’où pourraient découler d’une part un rejet de la religion par les modernes et d’autre part une culpabilisation chronique pour les croyants. 

Pour sortir de cette impasse, il faut suivre les faits et gestes du Galiléen qui n’était en rien un moraliste intransigeant : il faut le voir refuser de jeter la pierre à celle qui doit être lapidée selon la loi et confondre les hommes vertueux qui s’apprêtaient à l’assassiner. Il faut aussi le voir manger avec les pécheurs, ce qui le rend impur aux yeux de la loi. Pire : il n’observe pas rigoureusement le sabbat, ce qui est un comble pour un Juif qui prétend « accomplir » cette loi.

Dans ce texte du jour, Jésus ne fait certainement pas simplement de la pédagogie pour ses disciples. Ne pouvons-nous pas considérer plutôt que comme il est le « juste » (au sens de justesse), il nous tourne toujours vers les conséquences réelles de nos actes et de nos paroles. Il nous questionne : pouvons-nous prier le Dieu infiniment juste alors que la haine, la violence, l’indifférence persistent en nos cœurs ? Pouvons-nous prétendre être justes selon la loi alors que nos querelles ne sont pas résolues, et que nos bouches sont pleines d’invectives ? Une femme peut-elle être abandonnée sans qu’on se soucie de son avenir ? Voilà des observations qui resituent toutes les prescriptions légales ou morales dans le souci premier de leurs visées : toujours désamorcer les violences et faire justice aux plus vulnérables.

Jésus dit encore aux pharisiens et aux scribes : votre justice n’est pas la clé du Royaume des Cieux. C’est un comble, car ce sont les personnages les plus légalistes de la société de l’époque ! Mais nous avons, nous aussi, nos scribes et nos pharisiens et parfois nous empruntons nous-mêmes à leurs attitudes pour faire peser nos jugements sur les autres. Pourtant le non-jugement constitue une prescription évangélique lapidaire mais essentielle (Lc 6, 37).

Il y a donc toujours plus que la loi écrite : Jésus qui accomplit la promesse d’une alliance nouvelle veut mettre la Loi dans nos esprits et dans nos cœurs ainsi que l’annonçait le prophète Jérémie (Jr 34,33). La Loi renouvelée ou « accomplie » selon l’Évangile est une heureuse nouvelle et non un ensemble de prescriptions. Elle est cette force d’aimer qui habite potentiellement le cœur et l’esprit de tout humain. Elle lui inspire ses choix et ses décisions dans les dilemmes que les réalités de la vie suscitent inévitablement. Et elle est toujours portée par le refus de la violence, autant qu’il se peut, le choix de la compassion et la porte ouverte au pardon. 

Ce sont de simples choses, toujours possibles, qui constituent finalement la marque du chrétien renvoyé aux béatitudes : cette pauvreté du cœur qui ouvre à la Royauté des Cieux.

Crédit photo
Image par falco de Pixabay
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